Je pars en terrain connu avec B., mon premier co-voitureur voir une ville que je connais, retrouver une nouvelle amie qui se découvre.
La route se passe tranquillement en causant avec les autres co-voitureurs en échangeant des avis sur les formules, en regardant un paysage de nuit qui se devine à peine dans le début de soirée.
J’arrive en gare de Limoges pour que B. puisse charger mon remplaçant dans la voiture pendant qu’ils continuent sur Toulouse.
Je la cherche du regard quand sa petite voiture blanche surgit d’un stop, une main se lève, je devine un sourire dans la pénombre. Retrouvailles, avec la vague sensation de ne pas être partie.
Retour chez elle, prise de marques, dîner et causeries.
La nuit se passe dans nos chaos respectifs, c’est une des choses que j’aime chez elle, nos rythmes de sommeil concordant, aussi insignifiant pour l’une que pour l’autre. Le lit ressemble à un champs de bataille où chacune de nous livre la sienne toutes les nuits. Avec tous nos fantômes, je me demande combien nous étions dans ce lit, finalement.
Éveil tranquille d’une journée de labeur, petit déjeuner, discussion autour de la musique et d’une play-list.
Je n’ai pas vraiment d’avis, je n’utilise pas la musique pour partir dans les cordes. Le rythme de l’encordeur se suffit à lui-même. Je crois que c’est plus important pour elle ou pour l’histoire que l’on veut raconter pendant le show.
Elle propose dix milles choses et rien n’est franchement rédhibitoire alors je botte en touche.
Elle établit une première play-list, me ré-explique ce qu’elle souhaite et nous voilà, parties pour la première de nos répétitions.
Elle en profite pour essayer une tenue pour elle, avec des grosses rangeos.
La musique démarre, je sais plus précisément ce qu’elle veut et essaye d’anticiper ses mouvements pour l’aider au mieux à gagner cette course contre le temps qui se joue.
Les deux premières poses se passent assez facilement, sa concentration pulse autour de nous et me focalise sur elle. Je sens sa volonté, je sens son obstination tangiblement, physiquement, le rythme qu’elle s’impose, m’efface et s’impose à moi.
La troisième pose me stresse un peu et la lutte que je mène sur mon vertige est loin d’être gagnée. Elle ressent ma tension aussi parfaitement que je ressens la sienne et sort de sa concentration pour me soutenir et m’encourager.
Présente là où il faut, quand il faut, comme en lisière de moi, une présence certaine qui me tend son appui.
Une morsure dans la cheville abrège la suspension et le retrait des cordes.
Je rigole intérieurement d’avoir souri et tiré la langue sur une photo où la douleur pulsait tellement en moi.
Et pour une fois, j’ai très envie de la voir cette photo où la douleur n’apparaît pas.
Retour sur terre, débriefing, repas et pause promenade dans Limoges.
Une promenade calme où elle me guide comme elle explique ses cordes en décrivant tout par anticipation, cela appartient à sa prévenance et j’aime cela chez elle, cette façon de toujours penser aux autres, même si je reconnais bien cette façon de s’oublier.
On s’arrête en haut des remparts, l’air est doux, les gens sont sur les bords de la Vienne, à profiter d’un hiver qui n’en est pas un. Elle jette un regard en bas et m’explique d’une voix posée mais résignée ce qu’elle voit, la façon dont elle le voit avec le filtre de sa propre histoire.
Je trouve ça douloureux, pour elle, je le vois dans son regard comme un frémissement de pétillements qui brille comme l’éclat d’une larme, pour la 3° fois, ce jour-là.
Toujours cet élan de cueillir la larme qui perle et ma pudeur qui rejoint sa pudeur pour n’en souffler mot.
Il n’y a rien à répondre à ce petit bout d’elle qu’elle vient de me donner, juste le prendre comme un petit trésor, une des épines de sa douleur.
Lui donner un petit sourire, parce que moi aussi, je vis la réalité à travers le calque de ma propre histoire, parce que moi aussi, je pense rationnellement à des choses auxquels les autres ne penseront jamais.
Et que moi aussi, ça me fatigue de filtrer la réalité, ainsi que j’aimerais bien ne pas y penser ou simplement ne pas penser.
Sœur de douleur, on s’est bien trouvées.
Elle s’accroche à moi pour marcher avec ses talons, j’aime bien lui servir d’ancrage, j’aime bien le faire pour elle. Parce que son énergie à survivre ressemble tellement à la mienne, d’une autre façon.
La ballade se termine, un petit goûter et nouvel essai en tenant compte de mes remarques précédentes, nous testons d’autres combinaisons de positions.
Je sens toujours physiquement sa concentration et je me fais la remarque que c’est aussi ce que j’aime en elle, elle m’emmène dans ses cordes, vraiment, et pas seulement dans les liens physiques qu’elle place sur moi. Elle m’emmène dans son voyage des cordes et je crois que c’est le seul encordeur qui m’ait emmené comme elle.
Je repense à cette fois où j’ai compris que je pouvais emmener l’encordeur par/dans mon voyage et j’ai la vague sensation d’avoir été utilisée, ainsi, par les autres.
D’avoir donné sans finalement vraiment recevoir.
Avec elle, il y a comme une sorte de puissance dans ce qu’elle donne, une force douce mais ferme qui emmène, emporte, dérive.
Avec les cordes, elle devient pour moi une sorte de colosse capable de tout, je peux me lover dans sa main, je sais que sa bienveillance me portera, me poussera, m’arrachera le meilleur de moi parce qu’en face, elle me donne le meilleur d’elle et que cela ne souffre aucune ambiguïté.
La journée se termine en visionnant des vidéos, en cherchant de nouveaux enchaînements en s’adaptant de nouveau aux constatations des essais précédents.
Et là, encore, je ressens le voyage où elle m’invite en m’y donnant ma propre place pour suggérer musique, tenue, scénographie, l’échange véritable qu’elle instaure. En me donnant une place à part entière,elle me plie de manière encore plus évidente à ce qu’elle souhaite.
C’est sa générosité qui me submerge à ce moment-là et je crois qu’on ne donne de soi que lorsqu’on a trop perdu.
Le dimanche sera de la même rigueur.
Sauf une petite pause pour passer voir J. et se faire une tranche de rigolade entre filles.
Elle s’excusera cent fois de ne pas être plus proche et cent fois, je lui dirais que je comprends sans réussir à lui expliquer que sa présence est d’une telle force pour moi que je la ressens même dans sa concentration.
Les essais se succèdent, les play-lists aussi, temps de repos, sur ma chaise les mains se joignent par habitude pour détendre des trapèzes toujours trop ankylosés.
Elle lance qu’elle va m’attacher à la chaise et me suspendre. Et la voilà, en train d’attacher mes pieds à la chaise, encore à se concentrer pour construire son jeu de cordes en temps réel devant moi.
Insaisissable, toujours à se construire un nouveau défi comme une façon d’avancer, un impératif de vie, de survie. Toujours cette image en miroir qu’elle me renvoie de moi-même.
Et me voilà, suspendue sur ma chaise, j’adore les liens sur mes chevilles et sur mes mains, j’aime cette sensation de totalité avec la chaise qui me fait seulement oublier que je devrais avoir des mains à bouger. Et d’un coup, je comprends pourquoi c’est plus facile, pour moi d’être attachée à un objet plutôt qu’à moi-même. Et elle m’inspire ma solution, ce n’est pas à moi que je suis attachée c’est à l’Autre, à l’encordeur.
La journée file et défile, le temps se rétrécit, je suis, de nouveau, à la gare.
Un coup de fil et je trouve mon co-voitureur du jour C.
Le retour se fait dans un semi-coma après avoir réussi à faire des efforts de convivialité minimum avec mon co-voitureur.
Le samedi, un pétale de diamant avait perlé dans son regard pétillant quand elle avait dit qu’elle attendait avec impatience de lire mes mots sur ce 2° épisode.
Plus tard, elle avait dit qu’elle aimerait savoir ce que je ressens dans ses cordes.
Ce que je ressens dans les cordes du plus pétillant des champagnes Serbe ?
Sa présence entière et globale, qu’elle m’attache en haut d’un château d’eau, au-dessus d’une rivière dans le froid de l’hiver, dans la chaleur de son appartement ou dans la rigueur d’un entraînement, sa présence reste un élément totalisant qui s’exprime de cent milles façons.
Quand elle serre ses cordes, quand elle me parle en permanence pour maintenir le lien, quand elle se focalise sur moi avec une telle intensité que je ressens physiquement sa concentration, quand elle me donne une place centrale qui me tire vers elle.
Quand elle prend une corde, qu’elle glisse sous mon nez et que mon oreille entend ce que mes yeux ne voient pas : sa bouche qui mord la corde pour la délier et la déplier d’un geste dont le bruit m’est désormais si familier.
J’ai toujours aimé que les encordeurs n’usent pas que de leurs mains pour manier la corde, je trouve que c’est émouvant.
Mais je ne crois pas, avant elle, avoir rencontré d’encordeur qui y met autant de lui-même.
Et tout ce qu’elle donne d’elle-même, donne envie de lui rendre au centuple.
Crédits : cordes & photos : Ludmila Metresa/Ropes ( http://ludmila.kabook.fr/ )
vendredi 17 janvier 2014
vendredi 13 décembre 2013
Limoges, décembre 2013
Un rendez-vous sur la place devant La Poste dans le petit bourg d’à côté, un co-voitureur qui fait les mêmes trajets que moi aux mêmes dates et dont le profil s’écroule sous les bons avis.
Route de nuit, dans voiture pleine, trajet hypnotique dans ces nuits avant noël où tout clignote partout de milles couleurs.
Je repense aux photos que j’ai vu de son travail, j’aime l’inconscience qui s’en dégage, j’aime la prise de risque et j’aime voir les schémas préparatoires, les backstages qui ne me racontent pas encore d’histoires mais qui parle d’elle, de sa façon de procéder, d’être attentionnée.
Je repense à l’image qui m’a décidée : celle d’un modèle avec encore des cordes mais déjà des couvertures (ou l’inverse). Il y a une précaution qui m’émeut dans cette image, plus encore que dans le résultat. C’est à cette émotion que je veux participer en allant la retrouver.
Finalement, la banlieue de Limoges et enfin l’hôtel de ville où j’ai rendez-vous. Elle me dit qu’elle prendra des photos sauf qu’en cette nuit de pré-noël, tout le monde prend des photos des illuminations…
J’allume une clope et je vois une allure qui lui ressemble avec un appareil, je m’approche, on se reconnaît, elle me lance le feu d’artifice de ses yeux pour la première fois et je tombe foudroyée.
Elle m’agrippe et me ramène chez elle, elle tisse un cocon autour de moi, elle amortit le monde, elle me nourrit, on se parle un peu, puis on file au lit.
Nuit de plomb, on s’éveille presque ensemble, sitôt levée, elle distille son énergie, parle de faire une équipe, pianote sur ses engins modernes de communication.
Fin de matinée, une équipe est montée et nous partons sur un lieu dont je ne sais que peu de choses. Rencontre d’un rayon de soleil roux, elle lui montre les photos qu’elle a fait de ce soleil orangé, les photos sont belles.
Elle me regarde : “c’est comme ça que je vous vois !”.
Et j’ai envie de ne vivre que sous ses yeux à elle : rend-moi belle !
Le départ sonne, rencontre sur un parking avec le reste de l’équipe, elle me parle de L. en disant “il écoute la même musique que toi”.
C’est beau, c’est maladroit, c’est vrai, c’est attentionné, c’est elle.
Un jalon d’un monde connu, un teufeur qui me parlera LSD, free-party, un frère de cause, de ceux avec qui on se reconnait comme étant de la même ethnie urbaine.
Je trouve que c’est précautionneux, doux, que ça lui ressemble cette façon de penser plus aux autres qu’à elle, pour s’oublier, pour oublier. J’ai envie de lui dire que je sais mais je crois qu’elle le sait aussi, on sent nos douleurs mutuelles, c’est ce qui nous lie plus que le reste. La douleur d’être, celle d’être là quand tant des nôtres n’y sont plus.
Les voitures se garent, marche d’accès en forêt au bord de la Vienne avec de la brume, tout est onirique, féerique, magique. Un petit pont improvisé avec une porte métallique, quiconque a déjà fait de l’Urbex reconnaît les signes, c’est le point d’accès, plus loin se devine les bâtiments, passage en dérobé dans les restes de production de l’usine…
Tous les spots d’Urbex sont les mêmes, les points d’entrées sont ensevelis sous les vestiges de ce qui s’y produisaient avant que l’homme ne déserte les lieux. On enfile une ou deux allées dans le lieu pour déboucher sur une sorte d’atelier ouvert sur la Vienne, le soleil commence à percer la brume. Elle parle de lumière, elle dit que c’est là.
La caravane s’arrête, les rôles se répartissent, le point de suspension se met en place.
Elle me donne des instructions pour les vêtements, me demande de m’échauffer, dans le fond, je l’entends leur donner des instructions sur la façon de procéder quand je serais descendue. Elle est ferme dans ses mots et grave, elle leur met une pression de fou et je sais que c’est pour moi, à cause de moi, elle me fait fondre dans sa façon de maîtriser le monde même si je sais l’énergie que ça lui coûte, je suis heureuse qu’elle le fasse pour moi, heureuse de le mériter de sa part.
Il n’y a rien d’imperméable où me placer, le sol est froid et mouillé, c’est le plus difficile et je sais déjà que ici, là et maintenant, mon ennemi sera celui-là, ma douleur sera celle-là. Je suis prête, elle aussi, eux aussi, les cordes vont danser.
Et pendant que je sens sur ma peau, les cordes de cette femme que je ne connaissais pas la veille, dans une usine abandonnée, presque nue par un froid matin de décembre, sa chaleur me guérit déjà du froid.
Elle me tire contre elle en attachant d’une manière un peu brutale, un peu animal, elle me mord dans le cou, j’aime qu’elle soit sauvage, j’aime qu’elle ne me ménage pas en apparence quand je sais déjà les précautions qu’elle a prise pour moi.
Elle sert ses cordes, cela ne m’étonne pas, cela va avec son énergie, quelque part, elle me fait penser à A.S., elle me manipule comme lui mais laisse passer une animalité qu’il a toujours contenue. Les cordes sont en place, je viens de traverser une éternité de banquise réchauffée par son souffle, je m’avance vers le point de suspension, on m’aide à monter sur la rambarde qui nous sert d’appui. La situation est terriblement sérieuse et tellement acrobatique en même temps, il y a une tension, une sorte de gravité dans tout nos gestes. Elle me donne des instructions précises et m’explique pas à pas ce qu’il se passe, toujours son cocon de prévenance, toujours à amortir le monde pour les autres, toujours tellement Elle.
Sans bien comprendre comment ni pourquoi, les cordes se mettent en place, les gens se reculent, les photos se prennent. Le soleil me réchauffe, les cordes sont dans une harmonie qui correspond à ce que je suis, le temps se paralyse et c’est dans une sorte de tourbillon que je saisis mal que je suis finalement redescendue sur le parapet.
Le monde est douleur, mon corps reprend vie et le froid devient un feu glacé qui m’incendie, me dévore. Les superbes grands yeux verts de J. me regarde, son regard se tatoue en moi, l’émotion qui s’y devine m’attache définitivement à elle et me réchauffe d’une chaleur humaine qui se multiplie avec les mains amis qui se tendent pour me donner boisson chaude, couverture ou de quoi fumer.
Le monde est noyé d’une douceur qui est d’un tel contraste avec la dureté de ce que je viens de vivre, que ce moment restera gravé en moi avec la conviction qu’ils furent tous essentiels à Cet instant-là.
Le monde se recompose doucement, je me rhabille, je reprends chaleur.
L’émotion et la tension sortent dans une vague de tremblements dont je sais qu’ils sont impressionnants à voir mais les retenir me demanderait une énergie que je n’ai plus à ce moment-là.
On continue de visiter le site tranquillement, on s’arrête faire quelques photos, la chaleur redevient une évidence. Nous voilà, au pied du château d’eau, elle m’en avait parlé. Ils commencent à monter, j’ai le vertige, je préfère monter que si c’est “obligé”, je reste en bas à découvrir les lieux au soleil, j’adore lire les traces de vie d’antan confronté aux tags de la vie de maintenant, deux mondes qui se confrontent au milieu d’une végétation toujours victorieuse. Elle m’appelle d’une fenêtre, elle dit qu’elle voudrait m’attacher là-haut.
Monter de minces échelles en ferraille avec les énormes canalisations du château d’eau qui tremblent à côté, oublier cette sensation d'effondrement que je ressens dès que je monte en hauteur, me tenir loin du vide, me focaliser sur elle, sur ses souhaits et oublier tout ce vide en-dessous.
Sensation bizarre de tête en bas, focaliser son attention sur un grain de verre au sol, fusionné mon attention sur lui et m’y immerger pour oublier la douleur d’un inconfort inconnu.
Je crois que je lui signale que l’effort me coûte et que c’est comme ça qu’elle me détache mais les souvenirs sont flous. Elle me détache, les cordes tombent, je me sens vidée et tellement contente d’avoir fait cette figure avec elle, de savoir que cette figure pour moi sera toujours liée à elle, à son audace et à sa manière d’avoir confiance en moi.
Cette façon très masculine dont elle encourage dans les cordes pour donner la force de passer par dessus la douleur et qui me touche parce qu’elle tombe avec une justesse qui me parle avec la précision de celle qui sait ce qu’il faut dire et le bon moment pour le dire.
Nous repartons dans la précipitation d’avoir réalisé que nous avions oublié des objets au dernier endroit photographié. Et finalement, nous oublierons l’anneau comme un indice coupable de nos jeux.
Retour chez elle, pour un repas festif prolongé autour des photos de la journée. Laisser tomber la pression, être satisfait collectivement de nos efforts et du résultat.
Vers 21h15, je pars à la rencontre de Ardonau, 13 ans d’échange via web sans une seule rencontre, je le reçois comme un cadeau, une de ces rencontres qui confortent amitié et respect. Il est fidèle à lui-même et c’est tellement touchant de le savoir vrai, de toucher sa vivacité d’esprit dans la réalité, de partager cette fraternité de cause. 13 ans se suspendent en une soirée qui ne sera pas assez longue pour aborder tout ce qui nous lie mais nous conforte dans ces chemins parallèles que sont nos vies.
Il me fige avec son appareil et j’essaye de lui donner ce que je ne donne jamais aux photographes, parce que c’est à lui que je le donne, pas au photographe. Ce sourire qui frôle trop peu souvent mes traits, ce sourire toujours un peu triste et résigné que je n’aime pas chez moi et qu’il rentra beau avec son regard de photographe.
La soirée file à la vitesse d’un éclair et le temps nous rattrape pour séparer nos réalités et nous renvoyez à la virtualité de nos échanges.
Elle m’attend au lit, on s’endort avec la tendresse de ceux qui ont partagé une intensité ensemble en sachant que le lendemain cette intensité serait intimité.
Réveil douloureux pour elle, je me charge des croissants, dimanche matin oblige pendant qu’elle se recompose. Petit déjeuner, regarder les photos, en poster quelques unes, lire les réactions.
S’offrir une partie de cordes en privé dans la chaleur douce et sécurisante d’un lieu fermé, protégé, m’abandonner en ne pensant qu’à cela sans gérer le froid ou le stress du vide, me bercer de sa douceur, de son attention, profiter de son jeu, la sentir coquine-câline comme ses yeux le disent quand ils pétillent.
Arrêter le jeu pour une vilaine morsure des cordes sur le bassin où la peau trop fine plisse sur l’os du bassin, sentir les cordes s’ôter et ne pas sentir la douleur du froid, ne sentir que la chaleur dont elle entoure ses gestes, terminer enveloppée physiquement par son amour, même si elle ne l’appelle pas comme ça.
Souvenirs flous, émotions contradictoires, être tellement heureuse qu’elle soit tellement comme elle est, si parfaitement exact avec elle-même.
Partir visiter Oradour-sur-Glane dans un beau dimanche de soleil, promener son regard en témoin de l’histoire, sentir la vérité du drame qui s’est joué dans ces lieux, toucher la mémoire des peuples oppressés par des guerres qu’ils n’ont pas choisi, se sentir frère avec l’humanité de souffrance, victimes d’injustice qu’ils n’ont pas commis.
Regarder son regard lourd se promener sur ces ruines, deviner qu’elle voit d’autres ruines, vouloir souffler tout l’amour du monde pour effacer cela et savoir combien finalement c’est vain.
La voir chasser la lourdeur de son regard derrière les pétillements de champagne de ses yeux, savoir que chaque bulle qui explose dans son regard est une larme qui perle dans son coeur, la trouver Belle et Brave, guerrière survivante, fière comme une Mariane sur la barricade.
Repartir, chasser la lourdeur d’un lieu qui ramène au pire de l’humain. Rouler en racontant des conneries pour mettre de la distance avec la douleur.
Retourner dans le cocon de son chez elle, se voir proposer une ultime partie de cordes. Voler de nouveau sous ses cordes agiles, rester suspendue dans une telle perfection que l’effort s’efface, basculer, voyager à son grè, suivre ses indications, la garder à la barre de moi-même, la laisser me piloter et m’envoler.
Etre de nouveau le maillon faible toujours sur la même morsure de corde sur la même peau fine du même bassin, descendre du ciel où elle m’emmène pour m’amortir dans sa douceur englobante. Se recomposer, ployer sous la fatigue des émotions cumulées, l’écouter parler, aimer sa vérité, sans savoir lui expliquer la sienne parce que les idées s’échappent dans la fatigue.
Espérer gagner une petite place dans sa vie, un petit coin pas encombrant juste pour regarder pétiller le regard qui cache tant de larmes.
La quitter en regardant partir sa petite voiture blanche dans la nuit d’une ville inconnue, savoir que cette rencontre ne s’oubliera jamais, trop de choses en elle résonnent en moi.
A ma divine des cordes, mon champagne Serbe, à toi.
Merci.
Route de nuit, dans voiture pleine, trajet hypnotique dans ces nuits avant noël où tout clignote partout de milles couleurs.
Je repense aux photos que j’ai vu de son travail, j’aime l’inconscience qui s’en dégage, j’aime la prise de risque et j’aime voir les schémas préparatoires, les backstages qui ne me racontent pas encore d’histoires mais qui parle d’elle, de sa façon de procéder, d’être attentionnée.
Je repense à l’image qui m’a décidée : celle d’un modèle avec encore des cordes mais déjà des couvertures (ou l’inverse). Il y a une précaution qui m’émeut dans cette image, plus encore que dans le résultat. C’est à cette émotion que je veux participer en allant la retrouver.
Finalement, la banlieue de Limoges et enfin l’hôtel de ville où j’ai rendez-vous. Elle me dit qu’elle prendra des photos sauf qu’en cette nuit de pré-noël, tout le monde prend des photos des illuminations…
J’allume une clope et je vois une allure qui lui ressemble avec un appareil, je m’approche, on se reconnaît, elle me lance le feu d’artifice de ses yeux pour la première fois et je tombe foudroyée.
Elle m’agrippe et me ramène chez elle, elle tisse un cocon autour de moi, elle amortit le monde, elle me nourrit, on se parle un peu, puis on file au lit.
Nuit de plomb, on s’éveille presque ensemble, sitôt levée, elle distille son énergie, parle de faire une équipe, pianote sur ses engins modernes de communication.
Fin de matinée, une équipe est montée et nous partons sur un lieu dont je ne sais que peu de choses. Rencontre d’un rayon de soleil roux, elle lui montre les photos qu’elle a fait de ce soleil orangé, les photos sont belles.
Elle me regarde : “c’est comme ça que je vous vois !”.
Et j’ai envie de ne vivre que sous ses yeux à elle : rend-moi belle !
Le départ sonne, rencontre sur un parking avec le reste de l’équipe, elle me parle de L. en disant “il écoute la même musique que toi”.
C’est beau, c’est maladroit, c’est vrai, c’est attentionné, c’est elle.
Un jalon d’un monde connu, un teufeur qui me parlera LSD, free-party, un frère de cause, de ceux avec qui on se reconnait comme étant de la même ethnie urbaine.
Je trouve que c’est précautionneux, doux, que ça lui ressemble cette façon de penser plus aux autres qu’à elle, pour s’oublier, pour oublier. J’ai envie de lui dire que je sais mais je crois qu’elle le sait aussi, on sent nos douleurs mutuelles, c’est ce qui nous lie plus que le reste. La douleur d’être, celle d’être là quand tant des nôtres n’y sont plus.
Les voitures se garent, marche d’accès en forêt au bord de la Vienne avec de la brume, tout est onirique, féerique, magique. Un petit pont improvisé avec une porte métallique, quiconque a déjà fait de l’Urbex reconnaît les signes, c’est le point d’accès, plus loin se devine les bâtiments, passage en dérobé dans les restes de production de l’usine…
Tous les spots d’Urbex sont les mêmes, les points d’entrées sont ensevelis sous les vestiges de ce qui s’y produisaient avant que l’homme ne déserte les lieux. On enfile une ou deux allées dans le lieu pour déboucher sur une sorte d’atelier ouvert sur la Vienne, le soleil commence à percer la brume. Elle parle de lumière, elle dit que c’est là.
La caravane s’arrête, les rôles se répartissent, le point de suspension se met en place.
Elle me donne des instructions pour les vêtements, me demande de m’échauffer, dans le fond, je l’entends leur donner des instructions sur la façon de procéder quand je serais descendue. Elle est ferme dans ses mots et grave, elle leur met une pression de fou et je sais que c’est pour moi, à cause de moi, elle me fait fondre dans sa façon de maîtriser le monde même si je sais l’énergie que ça lui coûte, je suis heureuse qu’elle le fasse pour moi, heureuse de le mériter de sa part.
Il n’y a rien d’imperméable où me placer, le sol est froid et mouillé, c’est le plus difficile et je sais déjà que ici, là et maintenant, mon ennemi sera celui-là, ma douleur sera celle-là. Je suis prête, elle aussi, eux aussi, les cordes vont danser.
Et pendant que je sens sur ma peau, les cordes de cette femme que je ne connaissais pas la veille, dans une usine abandonnée, presque nue par un froid matin de décembre, sa chaleur me guérit déjà du froid.
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Elle sert ses cordes, cela ne m’étonne pas, cela va avec son énergie, quelque part, elle me fait penser à A.S., elle me manipule comme lui mais laisse passer une animalité qu’il a toujours contenue. Les cordes sont en place, je viens de traverser une éternité de banquise réchauffée par son souffle, je m’avance vers le point de suspension, on m’aide à monter sur la rambarde qui nous sert d’appui. La situation est terriblement sérieuse et tellement acrobatique en même temps, il y a une tension, une sorte de gravité dans tout nos gestes. Elle me donne des instructions précises et m’explique pas à pas ce qu’il se passe, toujours son cocon de prévenance, toujours à amortir le monde pour les autres, toujours tellement Elle.
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| Photo et cordes par Ludmila Ropes ( http://ludmila.kabook.fr/ ) |
L’émotion et la tension sortent dans une vague de tremblements dont je sais qu’ils sont impressionnants à voir mais les retenir me demanderait une énergie que je n’ai plus à ce moment-là.
On continue de visiter le site tranquillement, on s’arrête faire quelques photos, la chaleur redevient une évidence. Nous voilà, au pied du château d’eau, elle m’en avait parlé. Ils commencent à monter, j’ai le vertige, je préfère monter que si c’est “obligé”, je reste en bas à découvrir les lieux au soleil, j’adore lire les traces de vie d’antan confronté aux tags de la vie de maintenant, deux mondes qui se confrontent au milieu d’une végétation toujours victorieuse. Elle m’appelle d’une fenêtre, elle dit qu’elle voudrait m’attacher là-haut.
Monter de minces échelles en ferraille avec les énormes canalisations du château d’eau qui tremblent à côté, oublier cette sensation d'effondrement que je ressens dès que je monte en hauteur, me tenir loin du vide, me focaliser sur elle, sur ses souhaits et oublier tout ce vide en-dessous.
Elle me veut tout en noir pour des cordes rouges et ma première suspension inversé.
Échauffement, mise en place, valse rapide des cordes, elle me suspend déjà, m’aide à faire le mouvement et voilà mon visage au raz du sol.
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| Photo : Lions Couz De Hub |
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| Cordes : Ludmila - Photo : Lions Couz De Hub |
Nous repartons dans la précipitation d’avoir réalisé que nous avions oublié des objets au dernier endroit photographié. Et finalement, nous oublierons l’anneau comme un indice coupable de nos jeux.
Retour chez elle, pour un repas festif prolongé autour des photos de la journée. Laisser tomber la pression, être satisfait collectivement de nos efforts et du résultat.
Vers 21h15, je pars à la rencontre de Ardonau, 13 ans d’échange via web sans une seule rencontre, je le reçois comme un cadeau, une de ces rencontres qui confortent amitié et respect. Il est fidèle à lui-même et c’est tellement touchant de le savoir vrai, de toucher sa vivacité d’esprit dans la réalité, de partager cette fraternité de cause. 13 ans se suspendent en une soirée qui ne sera pas assez longue pour aborder tout ce qui nous lie mais nous conforte dans ces chemins parallèles que sont nos vies.
Il me fige avec son appareil et j’essaye de lui donner ce que je ne donne jamais aux photographes, parce que c’est à lui que je le donne, pas au photographe. Ce sourire qui frôle trop peu souvent mes traits, ce sourire toujours un peu triste et résigné que je n’aime pas chez moi et qu’il rentra beau avec son regard de photographe.
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| Photo : Ardonau ( http://ardonau-chiaroscuro.blogspot.fr/ ) |
Elle m’attend au lit, on s’endort avec la tendresse de ceux qui ont partagé une intensité ensemble en sachant que le lendemain cette intensité serait intimité.
Réveil douloureux pour elle, je me charge des croissants, dimanche matin oblige pendant qu’elle se recompose. Petit déjeuner, regarder les photos, en poster quelques unes, lire les réactions.
S’offrir une partie de cordes en privé dans la chaleur douce et sécurisante d’un lieu fermé, protégé, m’abandonner en ne pensant qu’à cela sans gérer le froid ou le stress du vide, me bercer de sa douceur, de son attention, profiter de son jeu, la sentir coquine-câline comme ses yeux le disent quand ils pétillent.
Arrêter le jeu pour une vilaine morsure des cordes sur le bassin où la peau trop fine plisse sur l’os du bassin, sentir les cordes s’ôter et ne pas sentir la douleur du froid, ne sentir que la chaleur dont elle entoure ses gestes, terminer enveloppée physiquement par son amour, même si elle ne l’appelle pas comme ça.
Souvenirs flous, émotions contradictoires, être tellement heureuse qu’elle soit tellement comme elle est, si parfaitement exact avec elle-même.
Partir visiter Oradour-sur-Glane dans un beau dimanche de soleil, promener son regard en témoin de l’histoire, sentir la vérité du drame qui s’est joué dans ces lieux, toucher la mémoire des peuples oppressés par des guerres qu’ils n’ont pas choisi, se sentir frère avec l’humanité de souffrance, victimes d’injustice qu’ils n’ont pas commis.
Regarder son regard lourd se promener sur ces ruines, deviner qu’elle voit d’autres ruines, vouloir souffler tout l’amour du monde pour effacer cela et savoir combien finalement c’est vain.
La voir chasser la lourdeur de son regard derrière les pétillements de champagne de ses yeux, savoir que chaque bulle qui explose dans son regard est une larme qui perle dans son coeur, la trouver Belle et Brave, guerrière survivante, fière comme une Mariane sur la barricade.
Repartir, chasser la lourdeur d’un lieu qui ramène au pire de l’humain. Rouler en racontant des conneries pour mettre de la distance avec la douleur.
Retourner dans le cocon de son chez elle, se voir proposer une ultime partie de cordes. Voler de nouveau sous ses cordes agiles, rester suspendue dans une telle perfection que l’effort s’efface, basculer, voyager à son grè, suivre ses indications, la garder à la barre de moi-même, la laisser me piloter et m’envoler.
Etre de nouveau le maillon faible toujours sur la même morsure de corde sur la même peau fine du même bassin, descendre du ciel où elle m’emmène pour m’amortir dans sa douceur englobante. Se recomposer, ployer sous la fatigue des émotions cumulées, l’écouter parler, aimer sa vérité, sans savoir lui expliquer la sienne parce que les idées s’échappent dans la fatigue.
Espérer gagner une petite place dans sa vie, un petit coin pas encombrant juste pour regarder pétiller le regard qui cache tant de larmes.
La quitter en regardant partir sa petite voiture blanche dans la nuit d’une ville inconnue, savoir que cette rencontre ne s’oubliera jamais, trop de choses en elle résonnent en moi.
A ma divine des cordes, mon champagne Serbe, à toi.
Merci.
lundi 11 novembre 2013
Place des cordes #3
L’homme aux cordes noires… relire l’histoire de la première rencontre, se dire que l’exact de Lui était déjà là… choisir Damny dans le mp3 parce que c’est à Lui qu’on veut attacher ces mélopées de sensualité douloureuse, parce que ce son Lui va.
Ecrire trois phrases et déjà voir l’écran se brouiller par l’émotion. Respirer calmement, laisser les idées se poser sur le rythme de la musique.
Jam bondage party et journée d’anniversaire sont des choses qui n’arrivent pas si souvent.
Idiot de ne pas en profiter d’autant qu’à mesure que la liste des présents s’allonge de belles retrouvailles s’annoncent dont l’homme aux cordes noires qui m’a promis une danse.
Arriver pile à 19h, la salle est déjà comble… Se trouver une place, avaler ce qui doit servir de dîner, saluer les têtes connues et commencer un premier petit jeu parce que de toute façon, le temps nous talonne…
Fab m’attache à moi-même puisque le lieu est plutôt dépouillé de mobilier. Il le fait rarement sauf aux Jam de bondage en fait. Je me berce doucement de son jeu de cordes, de ses fantaisies quand d’un coup, c’est comme une sorte de “reflux” net, j’ai froid avant même qu’il ait fini de retirer les cordes qu’il ôte à une vitesse incroyable. Je ne comprends pas, il m’expliquera après, son coup de pression perso.
Je me rassemble doucement et plutôt mollement avec la sensation d’avoir largement le temps devant moi.
Quand, l’homme aux cordes noires surgit du néant avec son éternel sourire pour se rappeler à mon carnet de bal. Je demande une petite pause et essaye de lui rendre ce sourire dont il m’inonde.
Fumer une clope ou deux, aller rejoindre l’homme aux cordes noires, attendre une place qu’il a choisi et se retrouver face à lui dans le même lieu que la première fois. Je tends mon épaule comme souvent depuis ma luxation, il me répond que ça l’arrange par rapport à ce qu’il a prévu. Il me touche à prévoir des cordes pour moi, j’aimerais ronronner.
Il prend contact avec moi, je n’ai plus l’habitude de cela depuis que N. ne m’attache plus, cela m’étonne et parle déjà tellement de lui. Il m’explique le sens symbolique qu’il place dans notre rencontre de ce soir, m’explique que N. l’estime en fin de formation alors que quand je l’avais rencontré c’était au tout début. Il me touche encore dans ses mots hésitants mais tellement communiquant. Il prend mes mains sur le devant, les joints et les amène à se placer sur le côté opposé de mon épaule abîmée.
Deux choses font jour clairement dans ses mouvements en quelques secondes, il me manipule via les cordes comme un marionnettiste, ça donne comme une sorte de maturité à son jeu de cordes, il a “vraiment” grandi comme il me le disait en préambule. Et il va me suspendre ou me demi-suspendre, sur le moment, je ne pense pas que c’est ce qu’il essayait de me laisser deviner en parlant de cycle mais en écrivant ces mots c’est une évidence qui me frappe.
Connaissant la place de la suspension dans la vision de N., d’autant plus. En fait, sur le moment quand il me parlait de boucler la boucle, j’ai surtout cru qu’il me disait que c’était la dernière fois qu’il m’attachait... Mais tout cela est vite loin, en quelques tours de cordes, il passe sur mes épaules. J’essaye de me souvenir quand j’ai fermé les yeux et je ressens sa présence derrière moi, il dit une phrase et sort un bandeau qu’il place sur mes yeux. Je sais que j’ai adoré son mouvement pour sortir le bandeau, un peu comme celui d’un magicien. J’aime bien que mon encordeur soit ce magicien capable de recoudre en une corde infinie tous ces petits bouts de cordes.
La suite n’a plus de véritable logique, un creux terrible dans le ventre, le souffle qui se coupe, de la brume dans les yeux quand il faut fouiller les souvenirs et l’évidence d’une grande violence dans le ressenti.
Deux personnes sont venues me parler après nous avoir vus avec ses cordes, à me parler de “très beau moment”. Je me demande si “on” lui a aussi parlé de “beau moment”. J’ai vaguement la sensation d’être volée dans ce moment quand moi je ne sais pas/plus comment les cordes se sont vraiment placées, quand moi, je ne l’ai pas vu lui, juste ressenti avec violence. J’aimerais voler l’image qui s’imprime dans leur esprit quand ils me parlent de “beau moment” pour la placer à côté de celle que je garde de son regard à lui, après les cordes.
Je sens les cordes se placer sur moi, la corde infinie se tisser, ses mouvements d’une douceur infinie qui m’emportent, me déportent. Il ne force plus les mouvements comme la première fois et ses cordes sont aussi légères qu’un cocon, je n’ai pas souvenir de les avoir vraiment éprouvées. L'essentiel se centre sur sa présence, omni-présente, obsédante. Les cordes ne sont qu’un juste et logique prolongement de lui-même, un outil mais le centre de tout n’appartient qu’à lui. Il devient central et les cordes accessoires, le rapport de logique s’inverse. J’entends la voix d’I. me raconter sa première fois avec B., elle disait “maintenir le contact”, le terme se calque à la situation dans l’esprit et là, aussi, je devine qu’il va mûrir maintenant qu’il a gagné sa liberté.
Les caresses des cordes se confondent avec les siennes, sa sensualité bouleverse, bouscule, bascule. Les vagues de cordes deviennent vagues de lui, se mêlent, s'entrelacent. Sa chaleur me traverse, son intensité me plie, sa douceur se lit en précautions et me ravage le cœur.
Il joue des positions, il joue de la suspension, il joue du temps.
Rien n’a d’autres sens que ce Lui qui passe dans ses cordes.
Une caresse, un frôlement, une légère tension qui me place dans d’autres positions, la chaleur globale d’une personne qui passe par tout ce qu’elle est.
Déroutant.
A un moment, je sens que les tensions se relâchent, je devine dans la brume de mes idées que c’est la fin. Je crois que j’ai envie de pleurer quand l’idée se fait plus précise dans mon esprit. Et à mesure qu’il me ramène avec toute l’attention qu’il sait offrir, le cœur se tord et la seule idée claire qui s’impose est qu’il est douloureux de retirer ses cordes.
Il amortit le monde, il amortit le temps, comme si cet homme voulait qu’on ne soit pas blessée quand on l’est déjà par les cordes qui s’ôtent. Il est derrière moi, le monde est à la lisière de moi-même dans une sourdine de plus en plus présente.
Il place des cordes, ses cordes (qui ne sont pas noires ce soir-là) dans mes mains.
Sa voix me dit :
“Elles existent en partie grâce à toi”.
Sur le moment, cette phrase n’a que la douloureuse intensité de sa voix mais en prenant le recul nécessaire de ces reports, cette phrase est sans doute son plus beau cadeau, ce soir-là.
Finalement, on se fait de nouveau face, le regard est un peu fuyant et ce qui j’y lis m’arrache à moi-même.
Reprendre contact avec la réalité, retrouver nos peaux imparfaites d’humains quand les cordes faisaient de nous une pure essence, se démerder de ça pour retrouver pied dans la réalité dans les volutes de la fumée.
Affronter les mots des témoins qui veulent témoigner, les laisser parler pour les soulager et savoir que de toute façon ils n’ont vu qu’avec leur yeux quand tout se passait au-delà.
Se souvenir du dernier instant : Me pencher vers lui pour l’embrasser avec un naturel que je m’ignorais comprendre l’impair et s’échouer sur une joue, lui dire : “de toute façon, je t’écris.” S’entendre répondre : “t’es pas obligée”, décider de le prendre comme une forme de politesse chevaleresque plutôt que comme une marque d’indifférence.
Et lui dire que si, c’est obligé !
Les EMC, ces voyages de l’esprit que nous offre les cordes parlent de nous, parlent à nous, parlent pour nous.
Ces moments sont le centre de ce que je suis, ma quête sans fin et pour vraiment les vivre, les ressentir pleinement je dois les écrire, pour moi d’abord et pour les autres parfois.
A celui qui restera à jamais l’homme aux cordes noires.
Ecrire trois phrases et déjà voir l’écran se brouiller par l’émotion. Respirer calmement, laisser les idées se poser sur le rythme de la musique.
Jam bondage party et journée d’anniversaire sont des choses qui n’arrivent pas si souvent.
Idiot de ne pas en profiter d’autant qu’à mesure que la liste des présents s’allonge de belles retrouvailles s’annoncent dont l’homme aux cordes noires qui m’a promis une danse.
Arriver pile à 19h, la salle est déjà comble… Se trouver une place, avaler ce qui doit servir de dîner, saluer les têtes connues et commencer un premier petit jeu parce que de toute façon, le temps nous talonne…
Fab m’attache à moi-même puisque le lieu est plutôt dépouillé de mobilier. Il le fait rarement sauf aux Jam de bondage en fait. Je me berce doucement de son jeu de cordes, de ses fantaisies quand d’un coup, c’est comme une sorte de “reflux” net, j’ai froid avant même qu’il ait fini de retirer les cordes qu’il ôte à une vitesse incroyable. Je ne comprends pas, il m’expliquera après, son coup de pression perso.
Je me rassemble doucement et plutôt mollement avec la sensation d’avoir largement le temps devant moi.
Quand, l’homme aux cordes noires surgit du néant avec son éternel sourire pour se rappeler à mon carnet de bal. Je demande une petite pause et essaye de lui rendre ce sourire dont il m’inonde.
Fumer une clope ou deux, aller rejoindre l’homme aux cordes noires, attendre une place qu’il a choisi et se retrouver face à lui dans le même lieu que la première fois. Je tends mon épaule comme souvent depuis ma luxation, il me répond que ça l’arrange par rapport à ce qu’il a prévu. Il me touche à prévoir des cordes pour moi, j’aimerais ronronner.
Il prend contact avec moi, je n’ai plus l’habitude de cela depuis que N. ne m’attache plus, cela m’étonne et parle déjà tellement de lui. Il m’explique le sens symbolique qu’il place dans notre rencontre de ce soir, m’explique que N. l’estime en fin de formation alors que quand je l’avais rencontré c’était au tout début. Il me touche encore dans ses mots hésitants mais tellement communiquant. Il prend mes mains sur le devant, les joints et les amène à se placer sur le côté opposé de mon épaule abîmée.
Deux choses font jour clairement dans ses mouvements en quelques secondes, il me manipule via les cordes comme un marionnettiste, ça donne comme une sorte de maturité à son jeu de cordes, il a “vraiment” grandi comme il me le disait en préambule. Et il va me suspendre ou me demi-suspendre, sur le moment, je ne pense pas que c’est ce qu’il essayait de me laisser deviner en parlant de cycle mais en écrivant ces mots c’est une évidence qui me frappe.
Connaissant la place de la suspension dans la vision de N., d’autant plus. En fait, sur le moment quand il me parlait de boucler la boucle, j’ai surtout cru qu’il me disait que c’était la dernière fois qu’il m’attachait... Mais tout cela est vite loin, en quelques tours de cordes, il passe sur mes épaules. J’essaye de me souvenir quand j’ai fermé les yeux et je ressens sa présence derrière moi, il dit une phrase et sort un bandeau qu’il place sur mes yeux. Je sais que j’ai adoré son mouvement pour sortir le bandeau, un peu comme celui d’un magicien. J’aime bien que mon encordeur soit ce magicien capable de recoudre en une corde infinie tous ces petits bouts de cordes.
La suite n’a plus de véritable logique, un creux terrible dans le ventre, le souffle qui se coupe, de la brume dans les yeux quand il faut fouiller les souvenirs et l’évidence d’une grande violence dans le ressenti.
Deux personnes sont venues me parler après nous avoir vus avec ses cordes, à me parler de “très beau moment”. Je me demande si “on” lui a aussi parlé de “beau moment”. J’ai vaguement la sensation d’être volée dans ce moment quand moi je ne sais pas/plus comment les cordes se sont vraiment placées, quand moi, je ne l’ai pas vu lui, juste ressenti avec violence. J’aimerais voler l’image qui s’imprime dans leur esprit quand ils me parlent de “beau moment” pour la placer à côté de celle que je garde de son regard à lui, après les cordes.
Je sens les cordes se placer sur moi, la corde infinie se tisser, ses mouvements d’une douceur infinie qui m’emportent, me déportent. Il ne force plus les mouvements comme la première fois et ses cordes sont aussi légères qu’un cocon, je n’ai pas souvenir de les avoir vraiment éprouvées. L'essentiel se centre sur sa présence, omni-présente, obsédante. Les cordes ne sont qu’un juste et logique prolongement de lui-même, un outil mais le centre de tout n’appartient qu’à lui. Il devient central et les cordes accessoires, le rapport de logique s’inverse. J’entends la voix d’I. me raconter sa première fois avec B., elle disait “maintenir le contact”, le terme se calque à la situation dans l’esprit et là, aussi, je devine qu’il va mûrir maintenant qu’il a gagné sa liberté.
Les caresses des cordes se confondent avec les siennes, sa sensualité bouleverse, bouscule, bascule. Les vagues de cordes deviennent vagues de lui, se mêlent, s'entrelacent. Sa chaleur me traverse, son intensité me plie, sa douceur se lit en précautions et me ravage le cœur.
Il joue des positions, il joue de la suspension, il joue du temps.
Rien n’a d’autres sens que ce Lui qui passe dans ses cordes.
Une caresse, un frôlement, une légère tension qui me place dans d’autres positions, la chaleur globale d’une personne qui passe par tout ce qu’elle est.
Déroutant.
A un moment, je sens que les tensions se relâchent, je devine dans la brume de mes idées que c’est la fin. Je crois que j’ai envie de pleurer quand l’idée se fait plus précise dans mon esprit. Et à mesure qu’il me ramène avec toute l’attention qu’il sait offrir, le cœur se tord et la seule idée claire qui s’impose est qu’il est douloureux de retirer ses cordes.
Il amortit le monde, il amortit le temps, comme si cet homme voulait qu’on ne soit pas blessée quand on l’est déjà par les cordes qui s’ôtent. Il est derrière moi, le monde est à la lisière de moi-même dans une sourdine de plus en plus présente.
Il place des cordes, ses cordes (qui ne sont pas noires ce soir-là) dans mes mains.
Sa voix me dit :
“Elles existent en partie grâce à toi”.
Sur le moment, cette phrase n’a que la douloureuse intensité de sa voix mais en prenant le recul nécessaire de ces reports, cette phrase est sans doute son plus beau cadeau, ce soir-là.
Finalement, on se fait de nouveau face, le regard est un peu fuyant et ce qui j’y lis m’arrache à moi-même.
Reprendre contact avec la réalité, retrouver nos peaux imparfaites d’humains quand les cordes faisaient de nous une pure essence, se démerder de ça pour retrouver pied dans la réalité dans les volutes de la fumée.
Affronter les mots des témoins qui veulent témoigner, les laisser parler pour les soulager et savoir que de toute façon ils n’ont vu qu’avec leur yeux quand tout se passait au-delà.
Se souvenir du dernier instant : Me pencher vers lui pour l’embrasser avec un naturel que je m’ignorais comprendre l’impair et s’échouer sur une joue, lui dire : “de toute façon, je t’écris.” S’entendre répondre : “t’es pas obligée”, décider de le prendre comme une forme de politesse chevaleresque plutôt que comme une marque d’indifférence.
Et lui dire que si, c’est obligé !
Les EMC, ces voyages de l’esprit que nous offre les cordes parlent de nous, parlent à nous, parlent pour nous.
Ces moments sont le centre de ce que je suis, ma quête sans fin et pour vraiment les vivre, les ressentir pleinement je dois les écrire, pour moi d’abord et pour les autres parfois.
A celui qui restera à jamais l’homme aux cordes noires.
samedi 2 novembre 2013
Projet James Bound par Hwajae Yong
Crédits
Cordes par Hwajae Yong ( projet Dr Nœud )Photos par Laurent Quinkal (http://www.laurentquinkal.com)
mercredi 15 août 2012
Kinbaku Modèle
Devenir modèle : ça c'est ma question, posée de front dans au moins un report et abordée en
suspension dans bien d'autres.
La première phrase de ton texte : "les modèles ne font que copier" ?
Je me sens pas "copier" quoique ce soit et pis même encore aujourd'hui où je suis incapable de compter correctement le nombre de fois où l'on m'a attachée (plus de 10 mais moins de 50...) ce qui laisse penser que j'ai quand même un certain nombre de jeux derrière moi, mais je ne me considère pas comme "expert". Je continue de me présenter comme une novice au nouveau partenaire potentiel.
Et je ne demande rien que du respect de la part d'un attacheur avec qui j'expérimente la première fois, tout comme je lui en donne. Donc manifestement, je n'entre dans la définition ci-dessus donc je ne suis pas un modèle. Remarque je m'en doutais et j'aurais pas idée de me présenter en tant que tel de toute façon, ni maintenant, ni jamais.
[...]
"Je suis toujours surpris de voir des personnes avoir la possibilité de pouvoir enchainer les jeux de corde, passer d’un attacheur à un autre."
Oh, celle-là, je la prends pour moi et je la mets à côté de celle d'A.S.
"Alors, t'as eu ta dose de cordes ?".
Et je ne répondrais qu'une chose à cela :
« Experience is not what happens to you; it's what you do with what happens to you.» [Aldous Huxley]
Et toi qui lit mes reports depuis maintenant plus d'un an, tu sais bien ce que je fais de ce qui m'arrive, tu sais combien justement, je mets les choses en perspective en rebondissant sur la globalité.
Reste que ma propre capacité à m'investir plus ou moins dans un jeu de cordes ne regarde que moi et l'attacheur. Il ne me semble pas avoir jamais manqué de respect à l'un d'entre vous, j'ai toujours donné à la mesure de ce que je recevais, portant mon attention sur les cordes et leur manieur pour répondre aux attentes et essayer d'anticiper les mouvements.
Après, qu'importe que j'en sois à 2 ou à 200 jeux de cordes, ça ne regarde que moi si chaque fois, je donne le respect que je dois à celui qui me donne de son temps et ses cordes.
Maintenant que j'y regarde de plus près ce qui me fait réagir de manière si épidermique sur cette phrase c'est le terme "enchaîner" et "passer", ça a quelque chose d'un jugement péjoratif. La passe c'est le vocabulaire spécifique pour la prostituée, la femme légère par excellence de l'imaginaire collectif.
Si c'était Fab qui m'avait dit cette phrase, je lui aurais répondu que "oui" et que heureusement, justement que j'étais capable de faire assez abstraction de moi-même, de mon corps, de mes perceptions parce que c'est sans doute ce qui a sauvé le peu de salubrité mentale que je possède. Cependant, tu n'es pas Fab, tu ne connais pas cette tranche de vie.
Alors disons simplement, que même si j'adhère facilement par respect et par soumission envers mon partenaire à certains concept d'exclusivité, c'est quelque chose qui m'apparaît plus tenir de l'ordre de la conviction intime teinté d'interdit chrétien et rien ne m'oblige à y adhérer intimement.
Et de mon propre point de vue, la fidélité tient plus à la droiture d'une attitude, au respect d'un contrat moral entre deux personnes qu'à une certaine exclusivité physique.
Et j'en reviens au début de mon paragraphe qu'importe de "passer" de l'un à l'autre si la démarche est sincèrement et respectueusement authentique à la mesure de ce qui existe entre les deux partenaires. Que tout le monde n'en soit pas capable, ne démontre pas que certains ne le soient pas.
Certains savent plus facilement s'isoler, se recentrer sur une situation, et j'avoue humblement que je pense que mes explorations personnelles sur les états modifiées de conscience m'ont données une capacité d'induction peu courante.
Reste à la limite que si je serais prête à concéder que le modèle copie l'attacheur, ça serait justement dans ce domaine, qui êtes-vous pour nous cingler de remarques désobligeantes sur le nombre de nos jeux de cordes quand vous-même attachez presque à la tâche.
D'ailleurs, tu fais le rapprochement toi-même.
[...]
Et pour en terminer avec cette interminable réponse, ta dernière phrase en gras :
" Il n’y a pas de chemin plus difficile pour l’attacheur que de porter quelqu’un a ce niveau. Il n’y a pas de responsabilité plus grande que d’accepter cette offrande."
C'est quelque chose sur lequel il va falloir que je travaille. L'acceptation ça reste central. Accepter c'est se dire oui, suis-je capable de m'aimer assez pour me dire "oui"...
Extraits de correspondance.
La première phrase de ton texte : "les modèles ne font que copier" ?
Je me sens pas "copier" quoique ce soit et pis même encore aujourd'hui où je suis incapable de compter correctement le nombre de fois où l'on m'a attachée (plus de 10 mais moins de 50...) ce qui laisse penser que j'ai quand même un certain nombre de jeux derrière moi, mais je ne me considère pas comme "expert". Je continue de me présenter comme une novice au nouveau partenaire potentiel.
Et je ne demande rien que du respect de la part d'un attacheur avec qui j'expérimente la première fois, tout comme je lui en donne. Donc manifestement, je n'entre dans la définition ci-dessus donc je ne suis pas un modèle. Remarque je m'en doutais et j'aurais pas idée de me présenter en tant que tel de toute façon, ni maintenant, ni jamais.
[...]
"Je suis toujours surpris de voir des personnes avoir la possibilité de pouvoir enchainer les jeux de corde, passer d’un attacheur à un autre."
Oh, celle-là, je la prends pour moi et je la mets à côté de celle d'A.S.
"Alors, t'as eu ta dose de cordes ?".
Et je ne répondrais qu'une chose à cela :
« Experience is not what happens to you; it's what you do with what happens to you.» [Aldous Huxley]
Et toi qui lit mes reports depuis maintenant plus d'un an, tu sais bien ce que je fais de ce qui m'arrive, tu sais combien justement, je mets les choses en perspective en rebondissant sur la globalité.
Reste que ma propre capacité à m'investir plus ou moins dans un jeu de cordes ne regarde que moi et l'attacheur. Il ne me semble pas avoir jamais manqué de respect à l'un d'entre vous, j'ai toujours donné à la mesure de ce que je recevais, portant mon attention sur les cordes et leur manieur pour répondre aux attentes et essayer d'anticiper les mouvements.
Après, qu'importe que j'en sois à 2 ou à 200 jeux de cordes, ça ne regarde que moi si chaque fois, je donne le respect que je dois à celui qui me donne de son temps et ses cordes.
Maintenant que j'y regarde de plus près ce qui me fait réagir de manière si épidermique sur cette phrase c'est le terme "enchaîner" et "passer", ça a quelque chose d'un jugement péjoratif. La passe c'est le vocabulaire spécifique pour la prostituée, la femme légère par excellence de l'imaginaire collectif.
Si c'était Fab qui m'avait dit cette phrase, je lui aurais répondu que "oui" et que heureusement, justement que j'étais capable de faire assez abstraction de moi-même, de mon corps, de mes perceptions parce que c'est sans doute ce qui a sauvé le peu de salubrité mentale que je possède. Cependant, tu n'es pas Fab, tu ne connais pas cette tranche de vie.
Alors disons simplement, que même si j'adhère facilement par respect et par soumission envers mon partenaire à certains concept d'exclusivité, c'est quelque chose qui m'apparaît plus tenir de l'ordre de la conviction intime teinté d'interdit chrétien et rien ne m'oblige à y adhérer intimement.
Et de mon propre point de vue, la fidélité tient plus à la droiture d'une attitude, au respect d'un contrat moral entre deux personnes qu'à une certaine exclusivité physique.
Et j'en reviens au début de mon paragraphe qu'importe de "passer" de l'un à l'autre si la démarche est sincèrement et respectueusement authentique à la mesure de ce qui existe entre les deux partenaires. Que tout le monde n'en soit pas capable, ne démontre pas que certains ne le soient pas.
Certains savent plus facilement s'isoler, se recentrer sur une situation, et j'avoue humblement que je pense que mes explorations personnelles sur les états modifiées de conscience m'ont données une capacité d'induction peu courante.
Reste à la limite que si je serais prête à concéder que le modèle copie l'attacheur, ça serait justement dans ce domaine, qui êtes-vous pour nous cingler de remarques désobligeantes sur le nombre de nos jeux de cordes quand vous-même attachez presque à la tâche.
D'ailleurs, tu fais le rapprochement toi-même.
[...]
Et pour en terminer avec cette interminable réponse, ta dernière phrase en gras :
" Il n’y a pas de chemin plus difficile pour l’attacheur que de porter quelqu’un a ce niveau. Il n’y a pas de responsabilité plus grande que d’accepter cette offrande."
C'est quelque chose sur lequel il va falloir que je travaille. L'acceptation ça reste central. Accepter c'est se dire oui, suis-je capable de m'aimer assez pour me dire "oui"...
Extraits de correspondance.
lundi 18 juin 2012
Types de "rope bottom/bunny/slut"
Pourquoi vouloir être attachée ? Quel est ton intérêt pour les cordes ? Qu’est-ce qui t’a attiré dans les cordes ? Qu’espère-t-elle de la scène si elle devait en choisir qu’une ? Est-ce qu’elle aime les choses intenses ? la vitesse ?
Quand à connaître les motivations qui poussent les "rope bottom"/modèle dans les cordes, je partage une traduction personnelle rapide et sommaire d’une interprétation de “A Top's Guide to Bondage Bottoms” de Michael Nelson, Copyright ©1997 qui classe les rope bottom en 6 catégories et qui en son temps, se trouvait ici : http://www.inside-shibari.com/F8-Safety/
Je ne souscris pas forcément à son découpage dans le sens où je me verrais plutôt “loss of control lover” ascendant “intensity freak” voir “endorphin pig” qu’à me ranger dans une seule case mais cela a le mérite d’être clair et de proposer un échantillon des différentes motivations.
Quand à connaître les motivations qui poussent les "rope bottom"/modèle dans les cordes, je partage une traduction personnelle rapide et sommaire d’une interprétation de “A Top's Guide to Bondage Bottoms” de Michael Nelson, Copyright ©1997 qui classe les rope bottom en 6 catégories et qui en son temps, se trouvait ici : http://www.inside-shibari.com/F8-Safety/
Je ne souscris pas forcément à son découpage dans le sens où je me verrais plutôt “loss of control lover” ascendant “intensity freak” voir “endorphin pig” qu’à me ranger dans une seule case mais cela a le mérite d’être clair et de proposer un échantillon des différentes motivations.
- Submissive Slave - s’intéresse à l’acte de soumission avant tout, le bondage n’est qu’un moyen utilisé vers leur but : servir le dominant. Se soumet au Maître, pas au bondage. Le bondage peut simplement être psychologique - ordre de ne pas bouger.
- Loss of Control Lover - s’intéresse avant tout au bondage, aime la notion de perdre le contrôle de soi, considère le bondage comme un moyen d’être se sentir impuissant. aime les formes de bondage “sévères” : momification, privation sensoriel, bâillon, cagoule, etc. aime les bondages efficaces et peut jouer sans safe word. Se soumet au bondage, pas au Maître.
- Bondage Enthusiast - aime le bondage en lui-même, se laisse attaché mais aime garder un certain contrôle, le type de bondage, la position et son esthétique sont souvent important pour lui, aime souvent être laissé seul et voit le dominant comme un égal avec qui jouer, scène souvent plus interactive et théatrale qu’avec le Loss of Control Lover, pratique l’auto-bondage.
- Gear Fetishist - s’intéresse d’abord à son fétiche dont la seule vue suffit à les “turn on”, peut aimer les scènes solitaires avec leur propre fétiche.
- Intensity Freak - cherche l’intensité sexuelle, une sorte de Saint-Graal du sexe, le bondage devient alors un moyen de rendre le sexe plus intense, le bondage est souvent qu’une des choses qui leur permettent de pimenter le sexe.
- Endorphin Pig - cherche le pic d’endorphine, typique de la douleur, le bondage est un moyen qui leur permet d’y parvenir.
dimanche 17 juin 2012
Douleur et cordes
Cela fait déjà plusieurs fois que je lis/parle avec des personnes qui associent bondage/shibari/cordes avec douleur...
Et j’avoue que cela me laisse perplexe...
Je me dis que je dois passer à côté d’un truc évident, vu que cela se répète.
Pourtant je n’associe en rien les cordes avec la douleur - attention, je parle bien des cordes, je ne parle pas d’y adjoindre d’autres jeux,encore que.
D’ailleurs, je ne recherche pas la douleur dans les cordes - ni jamais d’ailleurs, je n’aime pas la douleur, j’aime ce que je mets parfois dans la douleur dans certaines circonstances, c’est totalement différent à mon sens.
Ce que j’aime dans les cordes c’est La rencontre avec l’Autre, avec sa manière de passer les cordes, j’aime me plier à ses désirs, j’aime être dans un état de sur-vigilance à l’Autre pour anticiper les passages de cordes en les facilitant comme j’aime me laisser dériver dans les vagues de bercements que les cordes génèrent en moi, j’aime que l’Autre dispose de moi selon son désir par son jeu de cordes, j’aime m’en remettre à l’Autre en acceptant ses cordes sur moi. J’aime le lien qui s’établit entre nous avec les cordes, j’aime ce dialogue silencieux qui se noue parfois et qui tient pour moi d’une sorte de “magie”.
Une recherche esthétique ?
Une fois, j’ai eu la sensation véritable de participer à quelque chose de “beau” (notion toute subjective d’ailleurs) en sentant la manière dont les nœuds étaient placés.
C’est effectivement, une expérience dont je garde un bon souvenir, cette sorte de “prise de conscience” extérieure de soi, un peu comme certains psychotropes. C’est vrai que j’aime voir des photos de mes jeux de cordes, surtout parce que je décroche trop facilement et que j’ai toujours la sensation d’avoir raté quelque chose, par conséquent l’aspect esthétique des photos en question m’importe peu, c’est plutôt informatif.
Par contre, c’est clair que j’aime regarder de belles poses.
Mais de là à dire que c’est ma recherche, cela serait mentir.
Un dépassement de moi ?
Bof, un vieux côté “soumise-victime” me rend coupable à chaque fois que je stoppe un jeu de cordes pour une douleur persistante, un membre qui se refroidit trop, une crampe et j’en passe. Toujours tiraillée entre ma responsabilité de "rope bottom" et mon entêtement à vouloir bien faire, donc pour le côté “dépassement”, je pense que je surfe à la limite en permanence, assez pour avoir conscience que je dois me surveiller.
Pas ça, non plus.
Ma recherche de douleur ?
Ben, elle va loin, encore que j’aime pas parler en terme de recherche de douleur, puisque je n’aime pas avoir mal (cf plus haut). Mais, cela n’appartient pas aux cordes pour moi, sans dire que j’ai jamais mal dans les cordes (cf plus haut bis), cela n’est en aucun cas le but pour moi même si j’adore que mon encordeur serre fort, je n’y vois/ressens pas de douleur à proprement parler.
Non définitivement, je ne cherche ni performance, ni esthétique, ni douleur.
Je cherche l’Autre.
Je me dis que je dois passer à côté d’un truc évident, vu que cela se répète.
Pourtant je n’associe en rien les cordes avec la douleur - attention, je parle bien des cordes, je ne parle pas d’y adjoindre d’autres jeux,encore que.
D’ailleurs, je ne recherche pas la douleur dans les cordes - ni jamais d’ailleurs, je n’aime pas la douleur, j’aime ce que je mets parfois dans la douleur dans certaines circonstances, c’est totalement différent à mon sens.
Ce que j’aime dans les cordes c’est La rencontre avec l’Autre, avec sa manière de passer les cordes, j’aime me plier à ses désirs, j’aime être dans un état de sur-vigilance à l’Autre pour anticiper les passages de cordes en les facilitant comme j’aime me laisser dériver dans les vagues de bercements que les cordes génèrent en moi, j’aime que l’Autre dispose de moi selon son désir par son jeu de cordes, j’aime m’en remettre à l’Autre en acceptant ses cordes sur moi. J’aime le lien qui s’établit entre nous avec les cordes, j’aime ce dialogue silencieux qui se noue parfois et qui tient pour moi d’une sorte de “magie”.
Une recherche esthétique ?
Une fois, j’ai eu la sensation véritable de participer à quelque chose de “beau” (notion toute subjective d’ailleurs) en sentant la manière dont les nœuds étaient placés.
C’est effectivement, une expérience dont je garde un bon souvenir, cette sorte de “prise de conscience” extérieure de soi, un peu comme certains psychotropes. C’est vrai que j’aime voir des photos de mes jeux de cordes, surtout parce que je décroche trop facilement et que j’ai toujours la sensation d’avoir raté quelque chose, par conséquent l’aspect esthétique des photos en question m’importe peu, c’est plutôt informatif.
Par contre, c’est clair que j’aime regarder de belles poses.
Mais de là à dire que c’est ma recherche, cela serait mentir.
Un dépassement de moi ?
Bof, un vieux côté “soumise-victime” me rend coupable à chaque fois que je stoppe un jeu de cordes pour une douleur persistante, un membre qui se refroidit trop, une crampe et j’en passe. Toujours tiraillée entre ma responsabilité de "rope bottom" et mon entêtement à vouloir bien faire, donc pour le côté “dépassement”, je pense que je surfe à la limite en permanence, assez pour avoir conscience que je dois me surveiller.
Pas ça, non plus.
Ma recherche de douleur ?
Ben, elle va loin, encore que j’aime pas parler en terme de recherche de douleur, puisque je n’aime pas avoir mal (cf plus haut). Mais, cela n’appartient pas aux cordes pour moi, sans dire que j’ai jamais mal dans les cordes (cf plus haut bis), cela n’est en aucun cas le but pour moi même si j’adore que mon encordeur serre fort, je n’y vois/ressens pas de douleur à proprement parler.
Non définitivement, je ne cherche ni performance, ni esthétique, ni douleur.
Je cherche l’Autre.
dimanche 20 mai 2012
Bondage Jam
Ça se décide sur un coup de tête au milieu de mille quiproquos.
Mais vu que l’organisation vient d’A.S. et qu’il a largement parlé de « Bondage Jam » au
débriefe de la FIP, je suis confiante.
Évidement l’annonce de la présence de M. brouille un peu mes cartes, j’ai horreur de cette
sensation de bête traquée que ce genre de type me donne. Abusant de ma bonne éducation pour
profiter du fait que je ne leur mets pas directement mon poing dans la tronche quand c’est sans
doute ce que je ferais dans n’importe quel autre contexte.
Et c’est dans ces cas-là, que je déteste le protocole bdsm.
J’arrive rue Lechapelais sans vraiment avoir besoin de chercher. Sauf que le numéro 6 n’est pas en face de la salle comme je pensais. Même si c’est bien un des porches où je vois des centaines de types aller pisser à chaque soirée aux caves. Je finis mon joint et laisse passer un petit bonhomme devant moi. J’entre dans la salle : visages familiers : G., A., J., A.S., N., R., F. et sa copine, M., donc.
M. qui se la joue grossier, genre je n’avais même pas vu mais qui m’offrira quand même du vin après. N. qui manque de s’étrangler...
Je me pose sur un canapé avec un de chaque côté et je me dis que la soirée part du pire qu’elle pouvait partir...
Un flottement quelques paroles, et A.S. me fait un geste péremptoire comme il sait le faire. En s’avançant vers moi avec une corde à la main. Il attrape et tire mes bras en arrière sans ménagement. Fidèle à lui-même... Son jeu de cordes passe par mes épaules, il sert, je sens les cordes mordre là où il me reste quelques vagues traces. Puis il m’emmène à l’autre bout de la salle pour prendre d’autres cordes, toujours à sa manière de me télécommander dans les mouvements que j’adore. Et en lançant à la cantonade manifestement aussi surprise que moi : « ben quoi, on est là pour attacher ! ». M. arrive, à ce moment, son visage se ferme de suite malgré le sourire forcé qu’elle affiche. On se salue mais ça n’est pas ça. A.S. continue son jeu, attrape des cordes et me jette au sol.
Moment de grâce où nos regards se croisent, lui qui me téléguide avec les cordes et moi dans ma délicieuse panique, un sourire instantané qui prouve aux deux la complicité du jeu, quelque chose de tangible. Elle revient lui parler, je saisis mal dans mes vagues de cordes mais l’idée est de dire que ce qu’elle voit la rassure et A.S. de répondre un truc genre « tu vois bien ». Et je me demande si j’ai bien compris et si c’est bien le cas, c’est peut-être à moi de lui écrire pour pacifier la situation, au moins pour A.S. Lui expliquer qu’il n’y a que Lui qui se permet une telle familiarité avec moi, qu’il m’attache depuis 2 ans et qu’il a une sorte de respect mutuel dépourvu de toute ambiguïté dans ce jeu que je n’ai avec personne d’autre. Bizarrement à un moment, A.S. place quelque chose sous ma tête... Il ne fait jamais ça, ça m’étonne... Je me demande quel élément extérieur a bien pu lui amener un geste tellement incongru. Et je me laisse à profiter de mes cordes, les muscles qui se bandent et détaillent le dessin des cordes sur soi, mon cocon de spirale. Il me manipule en me tirant par les cheveux et je ressens presque physiquement la violence qui peut se dégager de nos jeux pour les autres.
Bizarrement à un autre moment, il est question d’envoyer un sms à Fab, drôle d’idée... Comment j’enverrais un sms avec les mains dans le dos et les jambes dans une sorte de hogtie... Finalement, les cordes tombent rapidement et malgré le « tu vois bien », il y a manifestement encore des choses à faire voir... Je me retrouve sur la touche avec des belles marques qui me donneraient envie de ronronner sur A.S..
G. apprend à passer des cordes sous la direction de R., si je connaissais le nom de mes figures, je saurais reconnaître ce qu’elle fait avant même qu’elle explique à la modèle que c’est une figure de base pour la suspension. Elle finit son premier passage de cordes et il est très critique. Il suggère qu’elle recommence « en aveugle ». Elle se rebiffe une fraction de seconde et prend le bandeau qu’il lui donne. Il lui passe sur les yeux, elle laisse échapper un petit geste d’agacement en plaçant correctement son oreille et recommence l’exercice.
Je n’aurais jamais pensé à ce genre d’exercice : passer des cordes en aveugle. Mais elle y gagne énormément. Une ampleur ronde et douce dans les mouvements, une précision plus exacte dans le placement et surtout une sur-attention à son modèle qu’elle n’avait pas quand elle voyait les cordes qui focalisaient son attention. Elle termine de placer ses cordes, et il lui frotte les cheveux dans un geste d’affection où sa fierté est lisible.
A.S. passe me désigner 2 ou 3 personnes en précisant que c’est des attacheurs sans modèle. Je vais me présenter et dis que je vais fumer et qu’après si un de ces messieurs... On me répond avec des oui très évasifs... Et je me pose dans un coin à regarder les différents jeux de cordes, je compte mes minutes et le temps s’étire.
A un moment, A. me fait un signe de venir rejoindre leur petit groupe. Et il me propose de m’attacher... L’homme aux cordes noires : bien sûr ! Un flottement où il me parle de lui faire confiance, que c’est seulement si je veux moi. Et je me demande comment il ne voit pas une telle évidence...
Il me touche un peu comme N. sans que ça soit exactement pareil. Mais je devine que c’est aussi sa façon de prendre contact. Il me parle de mon dos... No comment, résumer ça en quelques phrases...
J’élude et parle d’accidents de voiture, de hernie discale... C’est pas vraiment important, personne ne m’a jamais fait mal au dos avec des cordes sauf l’homme qui porte les femmes à bout à de bras.
Une fille me demande de répéter ce que je disais alors que je parlais à A., elle m’agace à venir dans ma bulle et je prends vraiment sur moi. Il prend mes mains sur le devant et les joints sur mon buste dans un geste très sage comme un signe de prière. Et continue en passant sur les épaules. Je me demande si c’est un « turn on » pour tout le monde, les cordes sur les bras, si chaque modèle a sa propre induction et si il y a des « grandes règles ».
Quelle douceur dans ses gestes... C’est toujours une découverte, une nouvelle rencontre, que de lire quelqu’un dans ses cordes. Il a des mouvements amples qui me font penser à ceux qu’avait G. juste avant et en même temps une douceur que je n’arrive pas à définir.
Il y a comme un calme serein dans sa manière de poser les cordes. C’est même une des premières choses qu’il me dit : « Tu peux dormir dans mes cordes . » Mais rien que l’idée me pétrifie... Déjà que je trouve que je décroche trop vite sans respect pour le travail de l’attacheur mais m’endormir... Je crois que j’en suffoquerais de honte si ça devait m’arriver...
Son jeu de corde me berce plus tranquillement que N., on ne sent pas le rush de stress/speed derrière, c’est peut-être juste mieux maîtrisé, qu’importe. Mais ça n’interfère pas.
J’entends de la musique que je n’avais pas entendu avant et elle est douce, comme ses mouvements, un moment, je me demande si il se calque sur le son tellement, il me semble que ces mouvements forme un tout avec la musique.
Les vagues des cordes m’emportent, je suis le rythme sûr et calme de ses mouvements, leur amplitude leur donne une certitude qui me parle. Il ne sert pas trop ses cordes mais il pousse les mouvements et ça me va aussi bien, du moment que je ressens la contrainte... Les vagues cessent rapidement de me ramener à la réalité. L’esprit prend son ampleur et se focalise sur L’instant.
J’aime sa manière de m’emmener, j’aime la précaution qu’il y a dans ses mouvements, dans sa manière d’anticiper mes propres mouvements. De caler mon pied entre ses jambes – cela me fait penser à G. en train de mordre la corde pour la tendre en repassant les mains sur les cordes pour retirer les plis.
Faire passer le jeu de cordes par autre chose que les mains lui donne un aspect plus global/entier qui me touche. Une sorte d’investissement total dans le jeu de cordes qui répond au mien.
Il pousse mes mouvements, me déplace avec précaution, et forme une vrai bulle autour de moi, le monde s’efface, la seule chose qui existe se sont ses mouvements doux qui m’entourent et dont je ressens l’existence sur moi avec les cordes.
Parfois, les cordes tombent et j’espère toujours qu’il ne s’agit pas de la fin du jeu et il me remmène dans un autre ailleurs où la chaleur qu’il dégage est centrale.
Et finalement sans avoir une conscience bien précise des choses, sans savoir si j’ai su rendre ce qui m’avait été donné. Les cordes tombent et je sens bien que c’est leur dernier passage. Le froid réflexe de la fin des cordes commencent à me gagner. Mais les mouvements restent si doux, si précautionneux qu’ils amortissent ma chute.
Jamais, on ne m’a laissé le temps de revenir comme ça...
Finalement, la dernière corde et le bandeau. La lumière, les yeux qui s’acclimatent, le monde qui reprend une vérité, les gens qui sont toujours là et qui percutent ma bulle de doux.
Je rebondis sur le speed d’après les cordes pour me lever, cela l’étonne. J’explique que si je ne profite pas de ces petites minutes de speed après les cordes pour rebondir autant allé me coucher. Physiologie particulière...
A. propose une cigarette, j’accepte et il revient avec du feu et deux cigarettes...
Même sans cordes, il est tout en attention...
Il pleut des cordes, j’ai froid, je fume vite, j’ai un train qui me talonne et pourtant je resterais bien plus longtemps mais si je me laisse 2 minutes, je me condamne à rater mon train...
Je pars comme une voleuse.
Sortir sous la pluie, courir dans les rues de Paris, s’emboucher dans le métro, regarder les indications horaires, calculer le temps de métro, croiser les doigts.
Monter dans le métro en continuant de calculer les probabilités d’avoir le train, sauter du métro, courir dans la gare déserte et monter dans le train, 2 minutes avant le départ...
Je savais bien que je n’avais pas le temps pour ces 2 minutes-là...
Et c’est dans ces cas-là, que je déteste le protocole bdsm.
J’arrive rue Lechapelais sans vraiment avoir besoin de chercher. Sauf que le numéro 6 n’est pas en face de la salle comme je pensais. Même si c’est bien un des porches où je vois des centaines de types aller pisser à chaque soirée aux caves. Je finis mon joint et laisse passer un petit bonhomme devant moi. J’entre dans la salle : visages familiers : G., A., J., A.S., N., R., F. et sa copine, M., donc.
M. qui se la joue grossier, genre je n’avais même pas vu mais qui m’offrira quand même du vin après. N. qui manque de s’étrangler...
Je me pose sur un canapé avec un de chaque côté et je me dis que la soirée part du pire qu’elle pouvait partir...
Un flottement quelques paroles, et A.S. me fait un geste péremptoire comme il sait le faire. En s’avançant vers moi avec une corde à la main. Il attrape et tire mes bras en arrière sans ménagement. Fidèle à lui-même... Son jeu de cordes passe par mes épaules, il sert, je sens les cordes mordre là où il me reste quelques vagues traces. Puis il m’emmène à l’autre bout de la salle pour prendre d’autres cordes, toujours à sa manière de me télécommander dans les mouvements que j’adore. Et en lançant à la cantonade manifestement aussi surprise que moi : « ben quoi, on est là pour attacher ! ». M. arrive, à ce moment, son visage se ferme de suite malgré le sourire forcé qu’elle affiche. On se salue mais ça n’est pas ça. A.S. continue son jeu, attrape des cordes et me jette au sol.
Moment de grâce où nos regards se croisent, lui qui me téléguide avec les cordes et moi dans ma délicieuse panique, un sourire instantané qui prouve aux deux la complicité du jeu, quelque chose de tangible. Elle revient lui parler, je saisis mal dans mes vagues de cordes mais l’idée est de dire que ce qu’elle voit la rassure et A.S. de répondre un truc genre « tu vois bien ». Et je me demande si j’ai bien compris et si c’est bien le cas, c’est peut-être à moi de lui écrire pour pacifier la situation, au moins pour A.S. Lui expliquer qu’il n’y a que Lui qui se permet une telle familiarité avec moi, qu’il m’attache depuis 2 ans et qu’il a une sorte de respect mutuel dépourvu de toute ambiguïté dans ce jeu que je n’ai avec personne d’autre. Bizarrement à un moment, A.S. place quelque chose sous ma tête... Il ne fait jamais ça, ça m’étonne... Je me demande quel élément extérieur a bien pu lui amener un geste tellement incongru. Et je me laisse à profiter de mes cordes, les muscles qui se bandent et détaillent le dessin des cordes sur soi, mon cocon de spirale. Il me manipule en me tirant par les cheveux et je ressens presque physiquement la violence qui peut se dégager de nos jeux pour les autres.
Bizarrement à un autre moment, il est question d’envoyer un sms à Fab, drôle d’idée... Comment j’enverrais un sms avec les mains dans le dos et les jambes dans une sorte de hogtie... Finalement, les cordes tombent rapidement et malgré le « tu vois bien », il y a manifestement encore des choses à faire voir... Je me retrouve sur la touche avec des belles marques qui me donneraient envie de ronronner sur A.S..
G. apprend à passer des cordes sous la direction de R., si je connaissais le nom de mes figures, je saurais reconnaître ce qu’elle fait avant même qu’elle explique à la modèle que c’est une figure de base pour la suspension. Elle finit son premier passage de cordes et il est très critique. Il suggère qu’elle recommence « en aveugle ». Elle se rebiffe une fraction de seconde et prend le bandeau qu’il lui donne. Il lui passe sur les yeux, elle laisse échapper un petit geste d’agacement en plaçant correctement son oreille et recommence l’exercice.
Je n’aurais jamais pensé à ce genre d’exercice : passer des cordes en aveugle. Mais elle y gagne énormément. Une ampleur ronde et douce dans les mouvements, une précision plus exacte dans le placement et surtout une sur-attention à son modèle qu’elle n’avait pas quand elle voyait les cordes qui focalisaient son attention. Elle termine de placer ses cordes, et il lui frotte les cheveux dans un geste d’affection où sa fierté est lisible.
A.S. passe me désigner 2 ou 3 personnes en précisant que c’est des attacheurs sans modèle. Je vais me présenter et dis que je vais fumer et qu’après si un de ces messieurs... On me répond avec des oui très évasifs... Et je me pose dans un coin à regarder les différents jeux de cordes, je compte mes minutes et le temps s’étire.
A un moment, A. me fait un signe de venir rejoindre leur petit groupe. Et il me propose de m’attacher... L’homme aux cordes noires : bien sûr ! Un flottement où il me parle de lui faire confiance, que c’est seulement si je veux moi. Et je me demande comment il ne voit pas une telle évidence...
Il me touche un peu comme N. sans que ça soit exactement pareil. Mais je devine que c’est aussi sa façon de prendre contact. Il me parle de mon dos... No comment, résumer ça en quelques phrases...
J’élude et parle d’accidents de voiture, de hernie discale... C’est pas vraiment important, personne ne m’a jamais fait mal au dos avec des cordes sauf l’homme qui porte les femmes à bout à de bras.
Une fille me demande de répéter ce que je disais alors que je parlais à A., elle m’agace à venir dans ma bulle et je prends vraiment sur moi. Il prend mes mains sur le devant et les joints sur mon buste dans un geste très sage comme un signe de prière. Et continue en passant sur les épaules. Je me demande si c’est un « turn on » pour tout le monde, les cordes sur les bras, si chaque modèle a sa propre induction et si il y a des « grandes règles ».
Quelle douceur dans ses gestes... C’est toujours une découverte, une nouvelle rencontre, que de lire quelqu’un dans ses cordes. Il a des mouvements amples qui me font penser à ceux qu’avait G. juste avant et en même temps une douceur que je n’arrive pas à définir.
Il y a comme un calme serein dans sa manière de poser les cordes. C’est même une des premières choses qu’il me dit : « Tu peux dormir dans mes cordes . » Mais rien que l’idée me pétrifie... Déjà que je trouve que je décroche trop vite sans respect pour le travail de l’attacheur mais m’endormir... Je crois que j’en suffoquerais de honte si ça devait m’arriver...
Son jeu de corde me berce plus tranquillement que N., on ne sent pas le rush de stress/speed derrière, c’est peut-être juste mieux maîtrisé, qu’importe. Mais ça n’interfère pas.
J’entends de la musique que je n’avais pas entendu avant et elle est douce, comme ses mouvements, un moment, je me demande si il se calque sur le son tellement, il me semble que ces mouvements forme un tout avec la musique.
Les vagues des cordes m’emportent, je suis le rythme sûr et calme de ses mouvements, leur amplitude leur donne une certitude qui me parle. Il ne sert pas trop ses cordes mais il pousse les mouvements et ça me va aussi bien, du moment que je ressens la contrainte... Les vagues cessent rapidement de me ramener à la réalité. L’esprit prend son ampleur et se focalise sur L’instant.
J’aime sa manière de m’emmener, j’aime la précaution qu’il y a dans ses mouvements, dans sa manière d’anticiper mes propres mouvements. De caler mon pied entre ses jambes – cela me fait penser à G. en train de mordre la corde pour la tendre en repassant les mains sur les cordes pour retirer les plis.
Faire passer le jeu de cordes par autre chose que les mains lui donne un aspect plus global/entier qui me touche. Une sorte d’investissement total dans le jeu de cordes qui répond au mien.
Il pousse mes mouvements, me déplace avec précaution, et forme une vrai bulle autour de moi, le monde s’efface, la seule chose qui existe se sont ses mouvements doux qui m’entourent et dont je ressens l’existence sur moi avec les cordes.
Parfois, les cordes tombent et j’espère toujours qu’il ne s’agit pas de la fin du jeu et il me remmène dans un autre ailleurs où la chaleur qu’il dégage est centrale.
Et finalement sans avoir une conscience bien précise des choses, sans savoir si j’ai su rendre ce qui m’avait été donné. Les cordes tombent et je sens bien que c’est leur dernier passage. Le froid réflexe de la fin des cordes commencent à me gagner. Mais les mouvements restent si doux, si précautionneux qu’ils amortissent ma chute.
Jamais, on ne m’a laissé le temps de revenir comme ça...
Finalement, la dernière corde et le bandeau. La lumière, les yeux qui s’acclimatent, le monde qui reprend une vérité, les gens qui sont toujours là et qui percutent ma bulle de doux.
Je rebondis sur le speed d’après les cordes pour me lever, cela l’étonne. J’explique que si je ne profite pas de ces petites minutes de speed après les cordes pour rebondir autant allé me coucher. Physiologie particulière...
A. propose une cigarette, j’accepte et il revient avec du feu et deux cigarettes...
Même sans cordes, il est tout en attention...
Il pleut des cordes, j’ai froid, je fume vite, j’ai un train qui me talonne et pourtant je resterais bien plus longtemps mais si je me laisse 2 minutes, je me condamne à rater mon train...
Je pars comme une voleuse.
Sortir sous la pluie, courir dans les rues de Paris, s’emboucher dans le métro, regarder les indications horaires, calculer le temps de métro, croiser les doigts.
Monter dans le métro en continuant de calculer les probabilités d’avoir le train, sauter du métro, courir dans la gare déserte et monter dans le train, 2 minutes avant le départ...
Je savais bien que je n’avais pas le temps pour ces 2 minutes-là...
lundi 12 décembre 2011
Lâcher-prise
Tu parles de "lâcher-prise hyper actif" et je comprends mal.
De toute façon, déjà cette idée de "lâcher-prise" me dépasse un peu en fait.
On m'en parle tout le temps du mien sauf que je vois pas où il est.
Quand je passe un contrat moral avec une personne (attacheur, dominant, etc.), j'accepte implicitement ce contrat, ça serait idiot de résister après ! ça serait comme renier ce contrat moral.
Est-ce que finalement ce que tout le monde qualifie de lâcher-prise n'est pas ce que j'appelle "confiance" ?
Et même si c'est ça, elle a quoi ma confiance ?
je la donne "trop" ? mais la confiance c'est comme l'amour, ça n'est jamais "trop", c'est total et absolu certes mais y'a pas de notion de "trop" là-dedans.
Du coup, je comprends mal cette idée d'hyper-actif, même si je peux comprendre que vu ce que tu es, tu travailles sur la confiance.
Quand à la découverte de l'autre dans les cordes, par ses cordes, c'est étonnant pour moi, je crois que je n'ai aucune expérience comparable sauf peut-être la moto. Mais le lien entre le motard et son passager mais ça n'a aucune commune mesure avec l'intensité de ce que les cordes livrent.
Et puis surtout, je crois quelque part que si les attacheurs soupçonnaient que les modèles puissent lire à livre ouvert en eux comme ça, ils n'attacheraient pas en public avec des inconnues.
Et d'ailleurs, ayant moi-même conscience de cette possibilité, je me livre assez peu publiquement comparativement à l'intimité - même si mes limites en termes d'intimité sont "anormalement" éloignées des vôtres.
[...]
Je n'aurais pas parlé spontanément de "mouvement complet" mais je comprends à quoi tu fais référence. Mais justement, j'attribue plus ce type de mouvements à A.S., il pratique presque toujours un ensemble de poses avec moi qui aboutissent à ce que tu appelles un mouvement complet - debout - par terre - suspendue - etc.
Avec toi, j'ai plus l'habitude de travailler sur une pose, par exemple tu me suspends puis tu modifies la pose subtilement par touche sans en changer globalement.
En tout cas, c'est mon ressenti.
Extraits de correspondance.
De toute façon, déjà cette idée de "lâcher-prise" me dépasse un peu en fait.
On m'en parle tout le temps du mien sauf que je vois pas où il est.
Quand je passe un contrat moral avec une personne (attacheur, dominant, etc.), j'accepte implicitement ce contrat, ça serait idiot de résister après ! ça serait comme renier ce contrat moral.
Est-ce que finalement ce que tout le monde qualifie de lâcher-prise n'est pas ce que j'appelle "confiance" ?
Et même si c'est ça, elle a quoi ma confiance ?
je la donne "trop" ? mais la confiance c'est comme l'amour, ça n'est jamais "trop", c'est total et absolu certes mais y'a pas de notion de "trop" là-dedans.
Du coup, je comprends mal cette idée d'hyper-actif, même si je peux comprendre que vu ce que tu es, tu travailles sur la confiance.
Quand à la découverte de l'autre dans les cordes, par ses cordes, c'est étonnant pour moi, je crois que je n'ai aucune expérience comparable sauf peut-être la moto. Mais le lien entre le motard et son passager mais ça n'a aucune commune mesure avec l'intensité de ce que les cordes livrent.
Et puis surtout, je crois quelque part que si les attacheurs soupçonnaient que les modèles puissent lire à livre ouvert en eux comme ça, ils n'attacheraient pas en public avec des inconnues.
Et d'ailleurs, ayant moi-même conscience de cette possibilité, je me livre assez peu publiquement comparativement à l'intimité - même si mes limites en termes d'intimité sont "anormalement" éloignées des vôtres.
[...]
Je n'aurais pas parlé spontanément de "mouvement complet" mais je comprends à quoi tu fais référence. Mais justement, j'attribue plus ce type de mouvements à A.S., il pratique presque toujours un ensemble de poses avec moi qui aboutissent à ce que tu appelles un mouvement complet - debout - par terre - suspendue - etc.
Avec toi, j'ai plus l'habitude de travailler sur une pose, par exemple tu me suspends puis tu modifies la pose subtilement par touche sans en changer globalement.
En tout cas, c'est mon ressenti.
Extraits de correspondance.
samedi 12 novembre 2011
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