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lundi 11 novembre 2013

Place des cordes #3

L’homme aux cordes noires… relire l’histoire de la première rencontre, se dire que l’exact de Lui était déjà là… choisir Damny dans le mp3 parce que c’est à Lui qu’on veut attacher ces mélopées de sensualité douloureuse, parce que ce son Lui va.

Ecrire trois phrases et déjà voir l’écran se brouiller par l’émotion. Respirer calmement, laisser les idées se poser sur le rythme de la musique.

Jam bondage party et journée d’anniversaire sont des choses qui n’arrivent pas si souvent.
Idiot de ne pas en profiter d’autant qu’à mesure que la liste des présents s’allonge de belles retrouvailles s’annoncent dont l’homme aux cordes noires qui m’a promis une danse.
Arriver pile à 19h, la salle est déjà comble… Se trouver une place, avaler ce qui doit servir de dîner, saluer les têtes connues et commencer un premier petit jeu parce que de toute façon, le temps nous talonne…
Fab m’attache à moi-même puisque le lieu est plutôt dépouillé de mobilier. Il le fait rarement sauf aux Jam de bondage en fait. Je me berce doucement de son jeu de cordes, de ses fantaisies quand d’un coup, c’est comme une sorte de “reflux” net, j’ai froid avant même qu’il ait fini de retirer les cordes qu’il ôte à une vitesse incroyable. Je ne comprends pas, il m’expliquera après, son coup de pression perso.
Je me rassemble doucement et plutôt mollement avec la sensation d’avoir largement le temps devant moi.
Quand, l’homme aux cordes noires surgit du néant avec son éternel sourire pour se rappeler à mon carnet de bal. Je demande une petite pause et essaye de lui rendre ce sourire dont il m’inonde.

 Fumer une clope ou deux, aller rejoindre l’homme aux cordes noires, attendre une place qu’il a choisi et se retrouver face à lui dans le même lieu que la première fois. Je tends mon épaule comme souvent depuis ma luxation, il me répond que ça l’arrange par rapport à ce qu’il a prévu. Il me touche à prévoir des cordes pour moi, j’aimerais ronronner.
Il prend contact avec moi, je n’ai plus l’habitude de cela depuis que N. ne m’attache plus, cela m’étonne et parle déjà tellement de lui. Il m’explique le sens symbolique qu’il place dans notre rencontre de ce soir, m’explique que N. l’estime en fin de formation alors que quand je l’avais rencontré c’était au tout début. Il me touche encore dans ses mots hésitants mais tellement communiquant. Il prend mes mains sur le devant, les joints et les amène à se placer sur le côté opposé de mon épaule abîmée.
Deux choses font jour clairement dans ses mouvements en quelques secondes, il me manipule via les cordes comme un marionnettiste, ça donne comme une sorte de maturité à son jeu de cordes, il a “vraiment” grandi comme il me le disait en préambule. Et il va me suspendre ou me demi-suspendre, sur le moment, je ne pense pas que c’est ce qu’il essayait de me laisser deviner en parlant de cycle mais en écrivant ces mots c’est une évidence qui me frappe.
Connaissant la place de la suspension dans la vision de N., d’autant plus. En fait, sur le moment quand il me parlait de boucler la boucle, j’ai surtout cru qu’il me disait que c’était la dernière fois qu’il m’attachait... Mais tout cela est vite loin, en quelques tours de cordes, il passe sur mes épaules. J’essaye de me souvenir quand j’ai fermé les yeux et je ressens sa présence derrière moi, il dit une phrase et sort un bandeau qu’il place sur mes yeux. Je sais que j’ai adoré son mouvement pour sortir le bandeau, un peu comme celui d’un magicien. J’aime bien que mon encordeur soit ce magicien capable de recoudre en une corde infinie tous ces petits bouts de cordes.
La suite n’a plus de véritable logique, un creux terrible dans le ventre, le souffle qui se coupe, de la brume dans les yeux quand il faut fouiller les souvenirs et l’évidence d’une grande violence dans le ressenti.

Deux personnes sont venues me parler après nous avoir vus avec ses cordes, à me parler de “très beau moment”. Je me demande si “on” lui a aussi parlé de “beau moment”. J’ai vaguement la sensation d’être volée dans ce moment quand moi je ne sais pas/plus comment les cordes se sont vraiment placées, quand moi, je ne l’ai pas vu lui, juste ressenti avec violence. J’aimerais voler l’image qui s’imprime dans leur esprit quand ils me parlent de “beau moment” pour la placer à côté de celle que je garde de son regard à lui, après les cordes.

Je sens les cordes se placer sur moi, la corde infinie se tisser, ses mouvements d’une douceur infinie qui m’emportent, me déportent. Il ne force plus les mouvements comme la première fois et ses cordes sont aussi légères qu’un cocon, je n’ai pas souvenir de les avoir vraiment éprouvées. L'essentiel se centre sur sa présence, omni-présente, obsédante. Les cordes ne sont qu’un juste et logique prolongement de lui-même, un outil mais le centre de tout n’appartient qu’à lui. Il devient central et les cordes accessoires, le rapport de logique s’inverse. J’entends la voix d’I. me raconter sa première fois avec B., elle disait “maintenir le contact”, le terme se calque à la situation dans l’esprit et là, aussi, je devine qu’il va mûrir maintenant qu’il a gagné sa liberté.
Les caresses des cordes se confondent avec les siennes, sa sensualité bouleverse, bouscule, bascule. Les vagues de cordes deviennent vagues de lui, se mêlent, s'entrelacent. Sa chaleur me traverse, son intensité me plie, sa douceur se lit en précautions et me ravage le cœur.
Il joue des positions, il joue de la suspension, il joue du temps.
Rien n’a d’autres sens que ce Lui qui passe dans ses cordes.
Une caresse, un frôlement, une légère tension qui me place dans d’autres positions, la chaleur globale d’une personne qui passe par tout ce qu’elle est.
Déroutant.
 A un moment, je sens que les tensions se relâchent, je devine dans la brume de mes idées que c’est la fin. Je crois que j’ai envie de pleurer quand l’idée se fait plus précise dans mon esprit. Et à mesure qu’il me ramène avec toute l’attention qu’il sait offrir, le cœur se tord et la seule idée claire qui s’impose est qu’il est douloureux de retirer ses cordes.
Il amortit le monde, il amortit le temps, comme si cet homme voulait qu’on ne soit pas blessée quand on l’est déjà par les cordes qui s’ôtent. Il est derrière moi, le monde est à la lisière de moi-même dans une sourdine de plus en plus présente.

Il place des cordes, ses cordes (qui ne sont pas noires ce soir-là) dans mes mains.
Sa voix me dit :
“Elles existent en partie grâce à toi”.
Sur le moment, cette phrase n’a que la douloureuse intensité de sa voix mais en prenant le recul nécessaire de ces reports, cette phrase est sans doute son plus beau cadeau, ce soir-là.
Finalement, on se fait de nouveau face, le regard est un peu fuyant et ce qui j’y lis m’arrache à moi-même.
Reprendre contact avec la réalité, retrouver nos peaux imparfaites d’humains quand les cordes faisaient de nous une pure essence, se démerder de ça pour retrouver pied dans la réalité dans les volutes de la fumée.
Affronter les mots des témoins qui veulent témoigner, les laisser parler pour les soulager et savoir que de toute façon ils n’ont vu qu’avec leur yeux quand tout se passait au-delà.

 Se souvenir du dernier instant : Me pencher vers lui pour l’embrasser avec un naturel que je m’ignorais comprendre l’impair et s’échouer sur une joue, lui dire : “de toute façon, je t’écris.” S’entendre répondre : “t’es pas obligée”, décider de le prendre comme une forme de politesse chevaleresque plutôt que comme une marque d’indifférence.
Et lui dire que si, c’est obligé !

Les EMC, ces voyages de l’esprit que nous offre les cordes parlent de nous, parlent à nous, parlent pour nous.
Ces moments sont le centre de ce que je suis, ma quête sans fin et pour vraiment les vivre, les ressentir pleinement je dois les écrire, pour moi d’abord et pour les autres parfois.

A celui qui restera à jamais l’homme aux cordes noires.

dimanche 20 mai 2012

Bondage Jam

Ça se décide sur un coup de tête au milieu de mille quiproquos. Mais vu que l’organisation vient d’A.S. et qu’il a largement parlé de « Bondage Jam » au débriefe de la FIP, je suis confiante. Évidement l’annonce de la présence de M. brouille un peu mes cartes, j’ai horreur de cette sensation de bête traquée que ce genre de type me donne. Abusant de ma bonne éducation pour profiter du fait que je ne leur mets pas directement mon poing dans la tronche quand c’est sans doute ce que je ferais dans n’importe quel autre contexte.
Et c’est dans ces cas­-là, que je déteste le protocole bdsm.

J’arrive rue Lechapelais sans vraiment avoir besoin de chercher. Sauf que le numéro 6 n’est pas en face de la salle comme je pensais. Même si c’est bien un des porches où je vois des centaines de types aller pisser à chaque soirée aux caves. Je finis mon joint et laisse passer un petit bonhomme devant moi. J’entre dans la salle : visages familiers : G., A., J., A.S., N., R., F. et sa copine, M., donc.
M. qui se la joue grossier, genre je n’avais même pas vu mais qui m’offrira quand même du vin après. N. qui manque de s’étrangler...
Je me pose sur un canapé avec un de chaque côté et je me dis que la soirée part du pire qu’elle pouvait partir...

 Un flottement quelques paroles, et A.S. me fait un geste péremptoire comme il sait le faire. En s’avançant vers moi avec une corde à la main. Il attrape et tire mes bras en arrière sans ménagement. Fidèle à lui-­même... Son jeu de cordes passe par mes épaules, il sert, je sens les cordes mordre là où il me reste quelques vagues traces. Puis il m’emmène à l’autre bout de la salle pour prendre d’autres cordes, toujours à sa manière de me télécommander dans les mouvements que j’adore. Et en lançant à la cantonade manifestement aussi surprise que moi : « ben quoi, on est là pour attacher ! ». M. arrive, à ce moment, son visage se ferme de suite malgré le sourire forcé qu’elle affiche. On se salue mais ça n’est pas ça. A.S. continue son jeu, attrape des cordes et me jette au sol.
Moment de grâce où nos regards se croisent, lui qui me téléguide avec les cordes et moi dans ma délicieuse panique, un sourire instantané qui prouve aux deux la complicité du jeu, quelque chose de tangible. Elle revient lui parler, je saisis mal dans mes vagues de cordes mais l’idée est de dire que ce qu’elle voit la rassure et A.S. de répondre un truc genre « tu vois bien ». Et je me demande si j’ai bien compris et si c’est bien le cas, c’est peut­-être à moi de lui écrire pour pacifier la situation, au moins pour A.S. Lui expliquer qu’il n’y a que Lui qui se permet une telle familiarité avec moi, qu’il m’attache depuis 2 ans et qu’il a une sorte de respect mutuel dépourvu de toute ambiguïté dans ce jeu que je n’ai avec personne d’autre. Bizarrement à un moment, A.S. place quelque chose sous ma tête... Il ne fait jamais ça, ça m’étonne... Je me demande quel élément extérieur a bien pu lui amener un geste tellement incongru. Et je me laisse à profiter de mes cordes, les muscles qui se bandent et détaillent le dessin des cordes sur soi, mon cocon de spirale. Il me manipule en me tirant par les cheveux et je ressens presque physiquement la violence qui peut se dégager de nos jeux pour les autres.
 Bizarrement à un autre moment, il est question d’envoyer un sms à Fab, drôle d’idée... Comment j’enverrais un sms avec les mains dans le dos et les jambes dans une sorte de hogtie... Finalement, les cordes tombent rapidement et malgré le « tu vois bien », il y a manifestement encore des choses à faire voir... Je me retrouve sur la touche avec des belles marques qui me donneraient envie de ronronner sur A.S..

G. apprend à passer des cordes sous la direction de R., si je connaissais le nom de mes figures, je saurais reconnaître ce qu’elle fait avant même qu’elle explique à la modèle que c’est une figure de base pour la suspension. Elle finit son premier passage de cordes et il est très critique. Il suggère qu’elle recommence « en aveugle ». Elle se rebiffe une fraction de seconde et prend le bandeau qu’il lui donne. Il lui passe sur les yeux, elle laisse échapper un petit geste d’agacement en plaçant correctement son oreille et recommence l’exercice.
Je n’aurais jamais pensé à ce genre d’exercice : passer des cordes en aveugle. Mais elle y gagne énormément. Une ampleur ronde et douce dans les mouvements, une précision plus exacte dans le placement et surtout une sur-­attention à son modèle qu’elle n’avait pas quand elle voyait les cordes qui focalisaient son attention. Elle termine de placer ses cordes, et il lui frotte les cheveux dans un geste d’affection où sa fierté est lisible.

 A.S. passe me désigner 2 ou 3 personnes en précisant que c’est des attacheurs sans modèle. Je vais me présenter et dis que je vais fumer et qu’après si un de ces messieurs... On me répond avec des oui très évasifs... Et je me pose dans un coin à regarder les différents jeux de cordes, je compte mes minutes et le temps s’étire.

 A un moment, A. me fait un signe de venir rejoindre leur petit groupe. Et il me propose de m’attacher... L’homme aux cordes noires : bien sûr ! Un flottement où il me parle de lui faire confiance, que c’est seulement si je veux moi. Et je me demande comment il ne voit pas une telle évidence...
 Il me touche un peu comme N. sans que ça soit exactement pareil. Mais je devine que c’est aussi sa façon de prendre contact. Il me parle de mon dos... No comment, résumer ça en quelques phrases...
J’élude et parle d’accidents de voiture, de hernie discale... C’est pas vraiment important, personne ne m’a jamais fait mal au dos avec des cordes sauf l’homme qui porte les femmes à bout à de bras.
 Une fille me demande de répéter ce que je disais alors que je parlais à A., elle m’agace à venir dans ma bulle et je prends vraiment sur moi. Il prend mes mains sur le devant et les joints sur mon buste dans un geste très sage comme un signe de prière. Et continue en passant sur les épaules. Je me demande si c’est un « turn on » pour tout le monde, les cordes sur les bras, si chaque modèle a sa propre induction et si il y a des « grandes règles ».
 Quelle douceur dans ses gestes... C’est toujours une découverte, une nouvelle rencontre, que de lire quelqu’un dans ses cordes. Il a des mouvements amples qui me font penser à ceux qu’avait G. juste avant et en même temps une douceur que je n’arrive pas à définir.
Il y a comme un calme serein dans sa manière de poser les cordes. C’est même une des premières choses qu’il me dit : « Tu peux dormir dans mes cordes . » Mais rien que l’idée me pétrifie... Déjà que je trouve que je décroche trop vite sans respect pour le travail de l’attacheur mais m’endormir... Je crois que j’en suffoquerais de honte si ça devait m’arriver...
 Son jeu de corde me berce plus tranquillement que N., on ne sent pas le rush de stress/speed derrière, c’est peut­-être juste mieux maîtrisé, qu’importe. Mais ça n’interfère pas.
J’entends de la musique que je n’avais pas entendu avant et elle est douce, comme ses mouvements, un moment, je me demande si il se calque sur le son tellement, il me semble que ces mouvements forme un tout avec la musique.
 Les vagues des cordes m’emportent, je suis le rythme sûr et calme de ses mouvements, leur amplitude leur donne une certitude qui me parle. Il ne sert pas trop ses cordes mais il pousse les mouvements et ça me va aussi bien, du moment que je ressens la contrainte... Les vagues cessent rapidement de me ramener à la réalité. L’esprit prend son ampleur et se focalise sur L’instant.
J’aime sa manière de m’emmener, j’aime la précaution qu’il y a dans ses mouvements, dans sa manière d’anticiper mes propres mouvements. De caler mon pied entre ses jambes – cela me fait penser à G. en train de mordre la corde pour la tendre en repassant les mains sur les cordes pour retirer les plis.
Faire passer le jeu de cordes par autre chose que les mains lui donne un aspect plus global/entier qui me touche. Une sorte d’investissement total dans le jeu de cordes qui répond au mien.
Il pousse mes mouvements, me déplace avec précaution, et forme une vrai bulle autour de moi, le monde s’efface, la seule chose qui existe se sont ses mouvements doux qui m’entourent et dont je ressens l’existence sur moi avec les cordes.
Parfois, les cordes tombent et j’espère toujours qu’il ne s’agit pas de la fin du jeu et il me remmène dans un autre ailleurs où la chaleur qu’il dégage est centrale.
 Et finalement sans avoir une conscience bien précise des choses, sans savoir si j’ai su rendre ce qui m’avait été donné. Les cordes tombent et je sens bien que c’est leur dernier passage. Le froid réflexe de la fin des cordes commencent à me gagner. Mais les mouvements restent si doux, si précautionneux qu’ils amortissent ma chute.
Jamais, on ne m’a laissé le temps de revenir comme ça...
 Finalement, la dernière corde et le bandeau. La lumière, les yeux qui s’acclimatent, le monde qui reprend une vérité, les gens qui sont toujours là et qui percutent ma bulle de doux.

 Je rebondis sur le speed d’après les cordes pour me lever, cela l’étonne. J’explique que si je ne profite pas de ces petites minutes de speed après les cordes pour rebondir autant allé me coucher. Physiologie particulière...
 A. propose une cigarette, j’accepte et il revient avec du feu et deux cigarettes...
Même sans cordes, il est tout en attention...
Il pleut des cordes, j’ai froid, je fume vite, j’ai un train qui me talonne et pourtant je resterais bien plus longtemps mais si je me laisse 2 minutes, je me condamne à rater mon train...
Je pars comme une voleuse.

 Sortir sous la pluie, courir dans les rues de Paris, s’emboucher dans le métro, regarder les indications horaires, calculer le temps de métro, croiser les doigts.
Monter dans le métro en continuant de calculer les probabilités d’avoir le train, sauter du métro, courir dans la gare déserte et monter dans le train, 2 minutes avant le départ...
 Je savais bien que je n’avais pas le temps pour ces 2 minutes-­là...

samedi 27 août 2011

FIP 48

Bien des années qu’une FiP ne s’était placée dans mes cheminements.
Mais ceux-ci sont trop présents pour ne pas envahir la totalité de mon espace conscient.
Entre réponses et nouveaux questionnements tout prend une autre dimension.
Et puis, les nouvelles prises de conscience amènent aussi une vision comme neuve, tout peut potentiellement redevenir une « première fois » quelque part.

Drôle de FiP. G. qui nous accueille à la salle dans un discours désordonné où il est à la fois question de plaintes contre la salle pour nuisance sonore et de gars chargé de surveiller la soirée. Pas le temps, on est à la bourre et on doit tester notre nouvelle idée de configuration de salle. Entre routine et nouvelle installation, chacun œuvre dans son coin. H.&I. arrivent, A.S. aussi, on monte estrades, tables, chaises, portants.

I. crie : « Fab, il y a quelqu’un pour toi ! »
Je me souviens de P., que j’avais un peu oublié. J’essaye d’avancer au plus vite l’installation de la vidéo pour ménager du temps à Fab pour qu’ils causent « entre mecs ». Cela semble si important, cette histoire de connivence du genre, je me dis que pour Fab comme pour P., il est peut-être temps de parler hors d’oreilles féminines indélicates.
Une fois, la vidéo finie, je m’absorbe au fumoir. On a rangé tout n’importe comment à la dernière et il y a pas mal de choses à remettre en place.
J’installe le nouveau panneau qui fait l’unanimité – mais bon, ça je le savais, c’était une évidence quand il a été fini.
A part la « radio » c’est de loin la plus belle composition d’empreintes que nous ayons réalisée.
C’est même chouette, parce qu’il en reste encore deux à faire et que je pense que maintenant que nous sommes mieux dans le truc, le résultat sera intéressant.
Et puis à un moment, A.S. a fini d’installer son coin, plein de gens arrivent. Il n’y a jamais eu autant de monde pour installer une FiP. S. devait venir faire des photos mais c’était prévu et ce n’est même pas ça. N. arrive et me chope par surprise par le jeans me faisant lâcher un cri. Erf, pas ce soir, les trucs de « bête traquée » quand je me sens si proche de son état d’esprit entre J. et M.

L’installation se poursuit. Il y a un black qui se marre quand H. lui explique qu’il doit être au minimum « tout en noir ». Je ne crois pas qu’H. saisisse la portée comique de la situation quand il gueule au type que ce n’est pas drôle.
Moi, oui…
C’est le bordel avec le son, j’apprends que le chauffage est coupé et j’ai déjà froid…

N. me présente un couple de Tours, très sympathiques.
Ils me disent que N. leur a parlé de moi…
« Ah ?... euh… »
Mais sauf que moi, je ne sais pas ce que l’on dit de moi. Cela me donne toujours envie de me dandiner d’inconfort ces situations où manifestement l’autre en sait plus que moi sur moi. (Et ça recommencera quand R. nous fera sa « crise de fanitude ». )
Elle, surtout, elle en parle beaucoup, son visage s’anime quand elle en parle, elle voudrait faire passer quelque chose que je ne saisis manifestement pas.
Peut-être de l’ordre de ce que V. disait à propos de mon « soi-disant » légendaire lâcher-prise.
Je ne sais pas, je sens bien que ça aussi c’est dans le « non-résolu » pour l’instant.
Elle dit que N. leur a dit qu’il s’était passé « quelque chose » et il y a presque de la vibration dans sa voix quand elle le dit.
Et cette vibration ne peut venir que d’une conviction acquise soit de ce qu’elle a vu de moi avec N. ou de ce qu’elle a entendu de N.
Mais cela restera de l’ordre de la question.
Lui, plus distant dans la verbalisation directe mais plus ouvert dans la CNV.
On parle cordes, je dis que j’aimerais essayer avec une femme, elle dit qu’elle commence à apprendre. Il propose que plus tard, je ne décline pas même si c’est évident que ce n’est pas vraiment à ce genre de femme à qui je pense.
Je verbalise mieux sur la contrainte depuis que j’ai compris jusqu’où cela allait se nicher, au point d’aimer porter une jupe longue serrée en bas…

J’installe en leur retombant régulièrement dessus. On discute un peu, comme ça, en papillon comme on apprend.
A. sort de magnifiques cordes noires, d’un noir profond.
Elles ont comme une sorte de vibration, quelque chose de sensuel qu’il faut que je les touche.
Ce n’est pas souvent que j’ai besoin de toucher la corde avec ma main.
Mais ces cordes noires, la profondeur de la couleur – surdose de teinture de l’aveu de l’auteur – a quelque chose qui appartient à l’acid, je crois que c’est ça qui m’attire.
Il parle d’en faire des rouges, et je les vois dans mon esprit, ce rouge profond qu’elles pourraient avoir et pour un peu, même ces cordes imaginaires j’aimerais les toucher.
Et l’esprit fatigué rebondi sur les mots du report, être attachée sous LSD…
Rien que l’idée ferait partir en bad l’essentiel de l’humanité ^^
Et pourtant, Sentir les Cordes couler, Se dissoudre dedans… Je ne dis pas monter l’acid dans les cordes, trop hard avec les crises de speed, ça oui c’est un coup à mal partir.
Mais après, une fois l’acid monté quand le monde est différent, plus souple, plus doux, plus coloré… Tiens peut-être même qu’on verrait les cordes en couleurs.

Je ne sais pas si la corde fait le même effet à N. ou si c’est moi qui lui « transfère » mon trouble. Mais il prend la corde et mes avant-bras dans un seul et même mouvement. Et commence à enrouler la corde en partant des bras. Je sens ma propre induction monter, je crois que je m’excuse auprès du couple avec qui je parlais.
Mon regard croise celui d’A. au moment où il me dit : « ça se voit ». Et si je n’avais pas décroché à ce moment-là, je lui aurais volontiers demandé de préciser ce « quelque chose » et ce « ça » auquel il semble si évident de faire référence…
Le mouvement de N. se suspend, pour prendre une autre corde.
L’analogie liquide est une référence essentielle pour les cordes, pour moi.
Je sens les vagues de cordes et chacune peut m’emmener plus loin ou me ramener, comme une vague. L’esprit se calque sur le rythme de l’encordeur et chaque passage d’une nouvelle corde est une sorte de crête de vague qui peut ramener autant qu’emporter. Laissant une fraction de seconde à la conscience pour saisir la réalité.
Ma crête de vague prend la réalité d’une phrase où il dit qu’il voulait seulement essayer mais vu moi, il va en passer quelques autres. Et j’ai envie de protester que ce n’est pas juste ! S’il existe Une personne qui me connait dans les cordes c’est forcément N. Sans parler de l’habitude de se côtoyer dans ce genre de jeux, c’est le seul qui reçoit systématiquement mes mots, après. Sans relire mes reports, j’ai forcément déjà parlé de mes « points d’Achille » des cordes. Il sait évidement que passer une corde sur mes bras, sous mon pied ou entre mes doigts, induit une vague à laquelle je ne souhaite pas avoir à résister.
Le jeu s’arrête comme il a commencé sans que je n’y comprenne vraiment rien.
Un peu avant le début de la soirée, Nico propose de m’attacher. Il prend mes mains par le devant. Il passe sa corde sur mes poignets joints devant lui, je regarde le lien, je lui souris, il y a cette connivence évidente entre nous dès qu’il y a une corde. Sa CNV à lui.
Là aussi, il y a quelque chose de la « première fois », le sens symbolique/ mon sens symbolique des choses n’est plus brouillé. Et c’est sûrement ce que j’essaye de lui faire passer dans ce regard, je sais pas. Mais c’est sûrement Le moment le plus important de cette soirée. Une fraction de seconde où « il se passe quelque chose ». Zut, voilà que je parle cryptique moi aussi…
Rationnellement, je n’arrive pas à penser que cela puisse vraiment dépasser le cadre des protagonistes. Admettons que le phénomène ne soit pas seulement issu de l’imagination de l’un mais que les deux partagent vraiment quelque chose, comment cela pourrait être visible aux yeux des autres quand il s’agit seulement de ressenti…
Pourtant je le verrais bien moi aussi ce « quelque chose » entre deux personnes plus tard dans la soirée… Et d’un coup l’évidence me frappe le front… Moi des « quelque chose » j’en vois rarement, presque jamais, sauf hier entre G. et R… Ce qu’il y aurait entre N. et moi serait de cet ordre ?...
Idée contrariante, trop loin de ma réalité.
N. continue son jeu de cordes, il refait ce truc un peu dingue qu’il m’avait déjà fait.
En passant trois cordes successives puis en retirant la première sans toucher aux deux autres. Et ramènes mes bras en arrière. J’adore quand il fait ça, ça a quelque chose de vraiment magique.
Comment quelque chose qui semble si solidaire pourrait bien se détacher si facilement. Et je me dis que c’est pour cela que je n’arrive pas à avoir vraiment envie d’apprendre les cordes, ça casserait ma « magie ».
Puis il m’entraîne au sol et continue de me bercer dans des vagues successives. Une vague me ramène et j’accroche une phrase de G. :
« c’est différent d’hier avec… ».
Je ne retiens pas le nom et là encore, le cryptique « c’est différent » ? Mais quoi donc…
La voix de N. derrière moi « chaque jour est un nouveau jour ». Et les cordes qui se serrent.
Je me souviens vaguement avoir dit que j’aimais que les cordes serrent mais peut-être pas à lui.
Les cordes m’enserrent, même pas besoin de bander les muscles pour les sentir, la spirale m’emporte. Alors que je sens un subtil inconfort sur la clavicule gauche où je suis en appui sur la corde.
Quelqu’un – N. ? – a mis quelque chose sous ma tête, c’est une attention qui m’étonne toujours dans les cordes. Le travail au sol, c’est plus avec A.S. que j’ai l’habitude et A.S. ne prend pas ce genre de précaution. L’inconfort reste en sourdine et j’ai trop l’habitude de gérer une douleur constante pour y prêter une véritable attention. D’autant que N. mobilise mes sens ailleurs, sensation play.
Ma spirale se matérialise dans une onde de frisson qui part de sa main sur ma nuque – encore un de mes talons d’Achille…
A partir de là, les vagues ne me ramèneront plus, N. continue de m’emmener plus loin mélangeant les vagues de cordes avec celles des frissons.
Je me souviens d’une pose qui me rappelle une photo que j’ai aimé sur FetLife que l’esprit note en spectateur de lui-même avec une sensation très typique de l’hypnose : EMC, mon amour.
Tout le reste n’a pas de vraie réalité, douceur, paix, calme, chaleur.
Je ne m’appartiens plus vraiment, j’appartiens à une sorte de tout, mu par une volonté qui n’est pas la mienne. L’univers n’est que sensation, le temps n’a plus de sens. Il faudra vraiment que je prenne le temps de détailler le subspace des cordes/de la contrainte.
Il n’y a pas cette lutte contre soi/ sur soi comme dans les jeux de percussions, il n’y a pas de vagues d’endorphines à monter, juste un doux bercement.
Quelque chose de vraiment hypnotique chez moi, à se demander si cela ne vaudrait pas la peine de tenter d’implanter des suggestions post-hypnotiques à ce moment-là. Erf, il n’y a que moi pour toujours penser à mélanger les EMC…

Et l’inconfort devenu douleur, pulse. Il focalise mon esprit dessus et prend sa pleine existence. Il faut revenir, c’est dur, désagréable. Comme quand il faut lutter sur l’acid pour retrouver la lucidité, un véritable effort de volonté.
J’ouvre les yeux, je ne distingue pas grand-chose, mais j’ouvre jamais les yeux alors j’espère que cela pourra suffire à attirer l’attention.
L’effort m’assomme et les yeux se referment d’eux-mêmes.
Pulsation de douleur, je hais mes clavicules trop saillantes où la corde mord.
Nouvel effort de volonté, mobilisation générale de la conscience encore active, ouvrir les yeux et appeler N.
Je ne parle jamais, je sens bien que cela le déroute.
J’explique pour ma clavicule.
Les cordes dansent à une vitesse stupéfiante, mes vagues refluent à une vitesse vertigineuse, le monde reprend réalité trop vite. N. me dit quelque chose que je ne comprends pas, il le voit et me traduit des excuses. Je trouve ça idiot, pourquoi il s’excuse ? Moi aussi, c’est ma faute. Et puis faute de quoi ?
La faute c’est un truc volontaire et aucun de nous n’a eu vraiment envie que ça arrive.
La percussion avec la réalité me donne toujours une sorte de dizaine de minutes où une sorte d’automatisme prend le contrôle.
J’agis, j’arrive à bouger normalement mais je suis toujours en mode « spectateur de moi-même ». Si je ne profite pas de ce sursaut pour bouger - surtout en soirée -, après c’est mort. Je pars en tremblements et l’émotion prend le pas. Biochimiquement, je me demande si la fin des cordes ne correspond pas à une décharge d’adrénaline, un truc animal du cerveau reptilien pour avoir l’impulsion de fuir après avoir été captif. Et je sais que si je n’utilise pas de suite cette sorte d’élan, après je pars en trop plein, tremblements, idées brouillées, gestes incohérents.
Du coup, je ne sais même pas si je remercie N. correctement. De toute façon, tout est si loin.

Après, il y a les shows à enchaîner.
Et M. qui finalement se matérialise lors d’une des absences de Fab. Charmeur charmant, déroutant avec son côté apparition/disparition, un côté diablotin sorti d’une boîte aux allusions équestres sans ambiguïté.

A un nième moment où je sors mourir de froid dehors pour fumer. En rentrant, il y a A.S. et U. qui font des cordes dans le dos d’I. Je passe en souriant et A.S. m’attrape par les bras en arrière. C’est idiot, j’ai encore mon blouson et je lui dis. Il continue de placer ses cordes en récupérant celle qui était sur U. Et ouvre mes couches successives de vêtements en solidarisant le tout avec les cordes. Un jour, ce type arriva derrière moi et me mettra un sac sur la tête, c’est une évidence à ce moment-là. Il a fait une sorte de poignée avec mes bras et il me téléguide dans la salle. Les idées sont désordonnées ou inexistantes. Gel mental.
Il me jette presque par terre, pas de coussin pour ma tête cette fois… A.S., quoi. Les cordes, la chaleur de la salle qui monte le joint que je viens de fumer… Les gestes d’A.S. continuent de me bousculer, à un moment une vague me ramène, je sens ses mains dans mes cheveux qu’il attache en arrière. Je devine une position que je connais : hogtie.
Je m’étonne toujours à reconnaître les passages de cordes.
Ma spirale me berce, les cordes sont d’une présence obsédante, j’aimerais sortir de moi-même pour les toucher comme pour vérifier ce que je ressens. Une main en papillon sur les miennes. Et les cordes tombent sans avoir fini de m’emmener. Je ne comprends pas.
 A.S. m’explique que mes mains étaient froides… Ah, ça…
J’essaye d’expliquer que c’est le LSD mais les idées s’embrouillent et les mots avec.

La soirée s’étire, j’ai froid comme rarement et cela m’épuise.
A noter, la petite sirène qui fait le bel effort d’oser affronter Fab pour venir jouer sur mon émotion. Trop fragile pour moi, les sirènes, même si elles m’émeuvent.

Drôle de soirée.
Pour la première fois, je touche du doigt les limites des cordes en lieu public.
Et c’est précisément parce que cette limite n’est pas où je le pensais qu’elle m’étonne.
Ma limite ce n’est pas les autres, j’ai une volonté d’abstraction sur la réalité qui peut les faire disparaître. Non, ma limite est après les cordes, quand on a juste envie de se poser calmement avec l’attacheur et qu’il faut faire de la place aux suivant(e)s.
Une sorte d’arrachement de soi qui empêche de vivre/terminer pleinement l’expérience.