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lundi 6 octobre 2014

Des modèles qui ne font rien.

Elle me trottait dans la tête cette note sur les "modèles" qui "ne font rien".
Parce que c'est trop souvent le discours que l'on entend, que tout le mérite est attribué par défaut au manieur de cordes puisque c'est lui qui "travaille" dans une notion visible du terme.

Et je la trouve injuste, insultante autant qu'ignorante cette remarque persiflante.
Parce que non, le modèle ne fait pas "rien".
Le modèle partage une partie de son intimité, le modèle accepte de lâcher-prise, le modèle fait confiance, le modèle gère la douleur ou l'inconfort, le modèle essaye de faciliter les passages de cordes quand c'est possible, le modèle participe de toute son âme et à la mesure de ses moyens.
Le modèle autant que la soumise BDSM est pro-actif qu'importe que l'illusion d'un regard méconnaissant ne sache le lire.

Personne ne devrait se permettre ce genre de phrase péremptoire comme un jugement de qualité envers tel ou tel autre rôle, en en plaçant l'un au-dessus de l'autre quand les deux sont nécessaires pour exister. Quand ce qui existe dans les cordes ne procède que d'un échange. Et que l'échange n'existe qu'à plusieurs.

Parfois le modèle est d'un niveau exceptionnel et permet des poses qui ne sont pas possibles avec d'autres modèles, mettant en valeur le travail de l'encordeur par sa souplesse et sa résistance.
Parfois, l'attacheur est d'un excellent niveau et permet de sublimer des corps qui n'appartiennent pas aux standards habituels, mettant en valeur ces corps par leur art à manier les cordes.
Mais qu'importe le mérite de l'un ou les aptitudes de l'autre, tout ceci n'existerait pas l'un sans l'autre, sans ce partage de ressources communes, sans l'échange qui connecte et crée l'émotion.

Parce que les cordes parlent de rencontres humaines, elles n'ont pas à subir d'échelle de valeur.

mercredi 15 août 2012

Kinbaku Modèle

Devenir modèle : ça c'est ma question, posée de front dans au moins un report et abordée en suspension dans bien d'autres.
La première phrase de ton texte : "les modèles ne font que copier" ?
Je me sens pas "copier" quoique ce soit et pis même encore aujourd'hui ­ où je suis incapable de compter correctement le nombre de fois où l'on m'a attachée (plus de 10 mais moins de 50...) ce qui laisse penser que j'ai quand même un certain nombre de jeux derrière moi, mais je ne me considère pas comme "expert". Je continue de me présenter comme une novice au nouveau partenaire potentiel.
Et je ne demande rien que du respect de la part d'un attacheur avec qui j'expérimente la première fois, tout comme je lui en donne. Donc manifestement, je n'entre dans la définition ci­-dessus donc je ne suis pas un modèle. ­ Remarque je m'en doutais et j'aurais pas idée de me présenter en tant que tel de toute façon, ni maintenant, ni jamais.

[...]

"Je suis toujours surpris de voir des personnes avoir la possibilité de pouvoir enchainer les jeux de corde, passer d’un attacheur à un autre."
 Oh, celle-­là, je la prends pour moi et je la mets à côté de celle d'A.S.
"Alors, t'as eu ta dose de cordes ?".
 Et je ne répondrais qu'une chose à cela :
« Experience is not what happens to you; it's what you do with what happens to you.» ­ [Aldous Huxley]
Et toi qui lit mes reports depuis maintenant plus d'un an, tu sais bien ce que je fais de ce qui m'arrive, tu sais combien justement, je mets les choses en perspective en rebondissant sur la globalité.
Reste que ma propre capacité à m'investir plus ou moins dans un jeu de cordes ne regarde que moi et l'attacheur. Il ne me semble pas avoir jamais manqué de respect à l'un d'entre vous, j'ai toujours donné à la mesure de ce que je recevais, portant mon attention sur les cordes et leur manieur pour répondre aux attentes et essayer d'anticiper les mouvements.
Après, qu'importe que j'en sois à 2 ou à 200 jeux de cordes, ça ne regarde que moi si chaque fois, je donne le respect que je dois à celui qui me donne de son temps et ses cordes.

Maintenant que j'y regarde de plus près ce qui me fait réagir de manière si épidermique sur cette phrase c'est le terme "enchaîner" et "passer", ça a quelque chose d'un jugement péjoratif. La passe c'est le vocabulaire spécifique pour la prostituée, la femme légère par excellence de l'imaginaire collectif.
Si c'était Fab qui m'avait dit cette phrase, je lui aurais répondu que "oui" et que heureusement, justement que j'étais capable de faire assez abstraction de moi-­même, de mon corps, de mes perceptions parce que c'est sans doute ce qui a sauvé le peu de salubrité mentale que je possède. Cependant, tu n'es pas Fab, tu ne connais pas cette tranche de vie.
Alors disons simplement, que même si j'adhère facilement par respect et par soumission envers mon partenaire à certains concept d'exclusivité, c'est quelque chose qui m'apparaît plus tenir de l'ordre de la conviction intime ­ teinté d'interdit chrétien ­ et rien ne m'oblige à y adhérer intimement.
Et de mon propre point de vue, la fidélité tient plus à la droiture d'une attitude, au respect d'un contrat moral entre deux personnes qu'à une certaine exclusivité physique.

 Et j'en reviens au début de mon paragraphe qu'importe de "passer" de l'un à l'autre si la démarche est sincèrement et respectueusement authentique à la mesure de ce qui existe entre les deux partenaires. Que tout le monde n'en soit pas capable, ne démontre pas que certains ne le soient pas.
Certains savent plus facilement s'isoler, se recentrer sur une situation, et j'avoue humblement que je pense que mes explorations personnelles sur les états modifiées de conscience m'ont données une capacité d'induction peu courante.
 Reste à la limite que si je serais prête à concéder que le modèle copie l'attacheur, ça serait justement dans ce domaine, qui êtes-­vous pour nous cingler de remarques désobligeantes sur le nombre de nos jeux de cordes quand vous­-même attachez presque à la tâche.
 D'ailleurs, tu fais le rapprochement toi-­même.

[...]

Et pour en terminer avec cette interminable réponse, ta dernière phrase en gras :
  " Il n’y a pas de chemin plus difficile pour l’attacheur que de porter quelqu’un a ce niveau. Il n’y a pas de responsabilité plus grande que d’accepter cette offrande."
 C'est quelque chose sur lequel il va falloir que je travaille. L'acceptation ça reste central. Accepter c'est se dire oui, suis­-je capable de m'aimer assez pour me dire "oui"...

Extraits de correspondance.

lundi 18 juin 2012

Types de "rope bottom/bunny/slut"

Pourquoi vouloir être attachée ? Quel est ton intérêt pour les cordes ? Qu’est-ce qui t’a attiré dans les cordes ? Qu’espère-t-elle de la scène si elle devait en choisir qu’une ? Est-ce qu’elle aime les choses intenses ? la vitesse ?

Quand à connaître les motivations qui poussent les "rope bottom"/modèle dans les cordes, je partage une traduction personnelle rapide et sommaire d’une interprétation de “A Top's Guide to Bondage Bottoms” de Michael Nelson, Copyright ©1997 qui classe les rope bottom en 6 catégories et qui en son temps, se trouvait ici : http://www.inside-shibari.com/F8-Safety/

Je ne souscris pas forcément à son découpage dans le sens où je me verrais plutôt “loss of control lover” ascendant “intensity freak” voir “endorphin pig” qu’à me ranger dans une seule case mais cela a le mérite d’être clair et de proposer un échantillon des différentes motivations.

  • Submissive Slave - s’intéresse à l’acte de soumission avant tout, le bondage n’est qu’un moyen utilisé vers leur but : servir le dominant. Se soumet au Maître, pas au bondage. Le bondage peut simplement être psychologique - ordre de ne pas bouger. 
  • Loss of Control Lover - s’intéresse avant tout au bondage, aime la notion de perdre le contrôle de soi, considère le bondage comme un moyen d’être se sentir impuissant. aime les formes de bondage “sévères” : momification, privation sensoriel, bâillon, cagoule, etc. aime les bondages efficaces et peut jouer sans safe word. Se soumet au bondage, pas au Maître.
  • Bondage Enthusiast - aime le bondage en lui-même, se laisse attaché mais aime garder un certain contrôle, le type de bondage, la position et son esthétique sont souvent important pour lui, aime souvent être laissé seul et voit le dominant comme un égal avec qui jouer, scène souvent plus interactive et théatrale qu’avec le Loss of Control Lover, pratique l’auto-bondage. 
  • Gear Fetishist - s’intéresse d’abord à son fétiche dont la seule vue suffit à les “turn on”, peut aimer les scènes solitaires avec leur propre fétiche. 
  • Intensity Freak - cherche l’intensité sexuelle, une sorte de Saint-Graal du sexe, le bondage devient alors un moyen de rendre le sexe plus intense, le bondage est souvent qu’une des choses qui leur permettent de pimenter le sexe. 
  • Endorphin Pig - cherche le pic d’endorphine, typique de la douleur, le bondage est un moyen qui leur permet d’y parvenir. 

dimanche 17 juin 2012

Douleur et cordes

Cela fait déjà plusieurs fois que je lis/parle avec des personnes qui associent bondage/shibari/cordes avec douleur... Et j’avoue que cela me laisse perplexe...
Je me dis que je dois passer à côté d’un truc évident, vu que cela se répète.

Pourtant je n’associe en rien les cordes avec la douleur - attention, je parle bien des cordes, je ne parle pas d’y adjoindre d’autres jeux,encore que.
D’ailleurs, je ne recherche pas la douleur dans les cordes - ni jamais d’ailleurs, je n’aime pas la douleur, j’aime ce que je mets parfois dans la douleur dans certaines circonstances, c’est totalement différent à mon sens.
Ce que j’aime dans les cordes c’est La rencontre avec l’Autre, avec sa manière de passer les cordes, j’aime me plier à ses désirs, j’aime être dans un état de sur-vigilance à l’Autre pour anticiper les passages de cordes en les facilitant comme j’aime me laisser dériver dans les vagues de bercements que les cordes génèrent en moi, j’aime que l’Autre dispose de moi selon son désir par son jeu de cordes, j’aime m’en remettre à l’Autre en acceptant ses cordes sur moi. J’aime le lien qui s’établit entre nous avec les cordes, j’aime ce dialogue silencieux qui se noue parfois et qui tient pour moi d’une sorte de “magie”.

Une recherche esthétique ?
Une fois, j’ai eu la sensation véritable de participer à quelque chose de “beau” (notion toute subjective d’ailleurs) en sentant la manière dont les nœuds étaient placés.
C’est effectivement, une expérience dont je garde un bon souvenir, cette sorte de “prise de conscience” extérieure de soi, un peu comme certains psychotropes. C’est vrai que j’aime voir des photos de mes jeux de cordes, surtout parce que je décroche trop facilement et que j’ai toujours la sensation d’avoir raté quelque chose, par conséquent l’aspect esthétique des photos en question m’importe peu, c’est plutôt informatif.
Par contre, c’est clair que j’aime regarder de belles poses.
Mais de là à dire que c’est ma recherche, cela serait mentir.

Un dépassement de moi ?
Bof, un vieux côté “soumise-victime” me rend coupable à chaque fois que je stoppe un jeu de cordes pour une douleur persistante, un membre qui se refroidit trop, une crampe et j’en passe. Toujours tiraillée entre ma responsabilité de "rope bottom" et mon entêtement à vouloir bien faire, donc pour le côté “dépassement”, je pense que je surfe à la limite en permanence, assez pour avoir conscience que je dois me surveiller.
Pas ça, non plus.

Ma recherche de douleur ?
Ben, elle va loin, encore que j’aime pas parler en terme de recherche de douleur, puisque je n’aime pas avoir mal (cf plus haut). Mais, cela n’appartient pas aux cordes pour moi, sans dire que j’ai jamais mal dans les cordes (cf plus haut bis), cela n’est en aucun cas le but pour moi même si j’adore que mon encordeur serre fort, je n’y vois/ressens pas de douleur à proprement parler.

Non définitivement, je ne cherche ni performance, ni esthétique, ni douleur.

Je cherche l’Autre.

lundi 12 décembre 2011

Lâcher-prise

Tu parles de "lâcher-prise hyper actif" et je comprends mal.
De toute façon, déjà cette idée de "lâcher-prise" me dépasse un peu en fait.
On m'en parle tout le temps du mien sauf que je vois pas où il est.
Quand je passe un contrat moral avec une personne (attacheur, dominant, etc.), j'accepte implicitement ce contrat, ça serait idiot de résister après ! ça serait comme renier ce contrat moral.
Est-ce que finalement ce que tout le monde qualifie de lâcher-prise n'est pas ce que j'appelle "confiance" ?

Et même si c'est ça, elle a quoi ma confiance ?
je la donne "trop" ? mais la confiance c'est comme l'amour, ça n'est jamais "trop", c'est total et absolu certes mais y'a pas de notion de "trop" là-dedans.
Du coup, je comprends mal cette idée d'hyper-actif, même si je peux comprendre que vu ce que tu es, tu travailles sur la confiance.

Quand à la découverte de l'autre dans les cordes, par ses cordes, c'est étonnant pour moi, je crois que je n'ai aucune expérience comparable sauf peut-être la moto. Mais le lien entre le motard et son passager mais ça n'a aucune commune mesure avec l'intensité de ce que les cordes livrent.
Et puis surtout, je crois quelque part que si les attacheurs soupçonnaient que les modèles puissent lire à livre ouvert en eux comme ça, ils n'attacheraient pas en public avec des inconnues.
Et d'ailleurs, ayant moi-même conscience de cette possibilité, je me livre assez peu publiquement comparativement à l'intimité - même si mes limites en termes d'intimité sont "anormalement" éloignées des vôtres.

[...]

Je n'aurais pas parlé spontanément de "mouvement complet" mais je comprends à quoi tu fais référence. Mais justement, j'attribue plus ce type de mouvements à A.S., il pratique presque toujours un ensemble de poses avec moi qui aboutissent à ce que tu appelles un mouvement complet - debout - par terre - suspendue - etc.
Avec toi, j'ai plus l'habitude de travailler sur une pose, par exemple tu me suspends puis tu modifies la pose subtilement par touche sans en changer globalement.
En tout cas, c'est mon ressenti.

Extraits de correspondance.

mardi 11 octobre 2011

Comme un bad de cordes

C'est comme si je me tapais une des pires descentes de ma vie.
Cela m'a pris hier soir avec des envies de me flinguer, des visions de pendaisons - je pense en images comme j'ai une mémoire visuelle.
Et ça continue ce matin, hier, je savais pas bien mais là, il y a ces palpitations typiques, cette espèce de nervosité agaçante, cette incapacité totale à tout sauf aux automatismes.
Cette sensation papillonnante dans le haut du dos comme un voile d'irréel.
Ces tremblements dans les mains, cette espèce de tremblement de soi, j'ai même envie de boire c'est dire.
Le truc c'est de reconnaître, après, quand on sait que c'est une descente, on sait que ça va forcément s'arrêter, tout est question de patience.

Même si, même en reconnaissant ça m'angoisse toujours, je pense que c'est l'esprit qui prend le pas sur le rationnel et qui amplifie tout pour me ramener à d'autres automatismes.
D'ailleurs rien que le fait que je sois capable d'en parler c'est plutôt positif tu me diras.

[...]

C'est sûr que moi, en descente, je peux me taper la piste noire ^^
Cela fait parti du deal, tout se paye, le Bon se paye avec une descente, c'est comme ça, che la vita. Juste que je n'avais jamais expérimenté cela sans béquille chimique, ou autre privation extrême de sommeil voir même expérience charnelle intense.
Quand à gérer une descente, pas 50 000 solutions soit tu peux dormir, soit tu peux remonter, soit tu dois te contenter des trucs automatiques en faisanr illusion en attendant que ça passe.

[...]

Je me tape une descente vraiment pas sympa et en plus, ce n’est même pas vraiment une descente puisque je sais bien que je n’ai rien pris…
Tremblements, nerfs à vifs, pensées désordonnées, fatigue intense, on dirait que j’ai pris un mauvais X…
Logiquement, je relie ça à la dernière soirée. Plus j’y repense plus je me dis que j’aurais dû aller m’isoler quelque part tranquillement plutôt que de rebondir – mal – sur le speed d’après.

Extrait de correspondance.

samedi 26 mars 2011

FIP 44

Bizarre de faire une FIP et de ne pas avoir de report à t'envoyer.
Faut dire que ton absence y est sans doute pour quelque chose.
Et puis tellement de choses ont évoluées depuis cette première soirée, il y a presque un an où j'ai croisé tes cordes. Novice que j'étais à n'avoir approché que 2 encordeurs.

Mais depuis Fab s'est - enfin - mis aux cordes de manière assez concerné pour espérer que cela soit durable.
C'est encore une autre approche des cordes, d'abord parce que je lui apprends presque autant qu'il ne m'apprend.
La méticulosité du débutant empêche toute option de dérive au moins pour la mise en place des cordes. A l'inverse, je suis plutôt requise pour donner des impressions sur le positionnement des cordes ou leur tension. ça amène un détachement un peu clinique sur la chose, du moins ça détache de l'aspect affect et forcément ça permet une perspective nouvelle sur les passages de cordes, je reconnais les figures, j'anticipe les mouvements, ça me fait même sourire intérieurement de lire si bien l'écriture de l'encordeur moi qui était tellement ignorante il y a si peu.
Cette lecture des cordes m'amène logiquement à des options de "libération" qui ne s'étaient jamais vraiment présentée avant et m'offre une perspective sur le "bondage moderne" que je n'arrivais pas vraiment à saisir avant. C'est intéressant et différent.
Même si rien ne remplace le bercement instantané que génère celui qui Sait parfaitement où placer ses cordes.

D'un autre côté, j'ai finalement assouvie cette boulimie de rencontre en cordes.
Assimilée la réalité de l'homme derrière ses cordes et assouvie cette faim, je suis moins dans l'urgence et le rationnel reprend le pilotage - pour les cordes du moins.
J'arrive à dire non sans avoir l'impression de me priver d'une occasion inespérée.

Une drôle de soirée que celle d'hier qui commence avec de la pluie dans la salle - verrière fendue - et un A.S. qui arrive trempé et s'ébroue sur moi.
Et tout compte fait c'était bien l'ambiance de la nuit : moite, quelque part.

Mais il y a des soirées qui commencent typiquement avec ce sentiment de dérapage contrôlé et celle-là commençait comme ça. Un état d'esprit qui se conforme avant.
Remarque c'est très nouveau pour moi, avant ce genre de chose se passaient dans le brouillard de l'alcool avec l'excuse facile qu'il génère, aujourd'hui il y a ce sentiment de prise en main qui est très libérateur quelque part.
C'est étrange mais c'est bien la première fois que je ne regrette pas ce choix d'abstinence. Mais, je dérape.

Les cordes donc. A.S. n'avait pas pu venir avec la modèle qu'il souhaitait mais N. est arrivée en roucoulant qu'elle s'était entraînée avec toi et un autre et qu'elle était prête pour ses cordes.
Là, déjà d'emblée, ça part plutôt mal et je me dis qu'il vaut mieux anticiper.
Et comme maintenant, mon partenaire a le bon goût d'être encordeur, ça facilite les choses.
On profite du coin que s'est installé A.S., autant que des cordes à disposition et de ses conseils - pour Fab, sur la façon de tendre la corde en la tenant ou la manière de "perdre l'observateur" dans les passages de cordes.
Et là, encore j'apprends d'un angle bien plus pratique que jamais mais avec la sensation que cela m'apporte un œil extérieur et détaché que je n'aurais jamais pris seule.
Il y a ces échanges qui disaient que finalement à force de fréquenter les cordes, on finit par les manipuler.
Il y a ces modèles shibari que je connais et qui finalement manipulent les cordes au point d'intervenir dans la mise en place des nœuds sur elles-même par un autre.
Et il y a ces nœuds que je défais moi-même ou ces cordes que je range.
Il y a ces passages de cordes que je comprends et il y a ces images de cordes en moi qui n'y étaient pas avant.
C'est étrange et déroutant, encore une autre perspective et une que je n'avais pas vraiment choisi d'aborder, elle s'est plus imposée, peut-être par les circonstances.

Et je me dis que les cordes c'est sans doute comme le fouet, faut en connaître les 2 côtés pour pouvoir y jouer en pleine connaissance de cause.
Et ça change mon approche autant que mon œil sur les encordeurs.
Je ne connais pas le chemin des cordes, il me semblait facile et sans conséquence, il y a un peu plus d'un an de cela.
J'y place maintenant des implications plus grandes et un sens plus lourd, bien ou mal, ça correspond mieux à ce que je suis.
Les choses ont un sens, le hasard n'existe pas.
Et je sais que ce chemin s'est grandement parcouru "à tes côtés" d'une certaine façon, donc merci.

mardi 15 février 2011

Besoin de cordes

Quand à l'auto-bondage, c'est amusant de te lire formuler mon principal obstacle.
Eh oui, comment me laisser dériver dans des nœuds que je dois moi-même mettre en place et surtout comment me surveiller moi-même tout en dérivant... Vaste débat.

Cependant, j'ai du mal m'exprimer.
J'ai bien conscience que je ne retrouverais pas les mêmes sensations - et même cruellement conscience pour être honnête.
Mais j'ai Besoin d'expérimenter les cordes, j'ai Besoin d'éprouver les cordes, mais vraiment Besoin, quelque chose de profondément viscéral et de particulièrement nouveau pour moi.

A la vérité, je ne me suis jamais considérée comme une fétichiste.
J'aime le touché du latex autant dedans que dehors, j'aime sa façon de sculpter les formes mais je n'aime pas avoir à me tortiller pour y entrer, je n'aime pas être toute moite quand je le retire, je ne trouve pas son odeur particulièrement déplaisante ni même plaisante et du coup, ça me viendra pas à l'idée d'en mettre "juste comme ça". Juste parce que j'aime bien le latex mais je ne suis pas fétichiste.
Mais à force de trainer avec des fétichistes, on se renseigner, on écoute, on échange, on apprend et finalement, j'en étais arrivé à la conclusion que je n'étais pas de nature fétichiste. Et c'est pas grave, j'ai bien d'autres vices.
Et puis le bondage - avec des cordes - est entré dans ma vie "en vrai".
Et j'ai déjà un affect particulier au chanvre en plus dont il serait naïf de ne pas tenir compte.
La toute première fois que j'ai porté des cordes, elles n'étaient pas en chanvre. Et quelque part, je pense que c'est une chance qu'A.MoR. travaille la corde de sa façon toute personnelle parce que justement on était très loin du shibari. Et que ça m'aurait donné trop d'informations pour une première fois.
Ensuite, il y a eu la soirée avec A.S. qui m'a fait "survolé" les options des cordes en seule nuit avec des cordes de chanvre. Première étape.
Et enfin, ta façon de poser comme une sorte de cocon sur moi. Toutes ces étapes m'ont aidée à progresser dans la vision de ma relation aux cordes, chaque nouveau jeu de corde est une manière d'apprendre sur moi.
Et finalement, Fab a préparé ces propres cordes et c'est là que c'est posé l'évidence.
J'aime le contact, j'aime la douceur d'une corde bien préparée ou beaucoup utilisée, comme j'aime aussi la corde moins préparée avec encore quelques fibres accrochées dessus mais surtout j'aime l'odeur. Et si ça c'est pas typiquement du fétichiste, je veux bien être pendue - avec une corde en chanvre ;-) - sur le champs.
Et quand je dis "j'aime", je veux dire que la façon dont cette odeur me tourne la tête est tout sauf innocente.
Et c'est pour cela que j'ai Besoin de m'éprouver dans les cordes, Besoin de poursuivre ma recherche dans cette direction pour finir de démêler les nœuds quelque part.
Et si l'auto-bondage ne me permettra jamais d'atteindre ce "légendaire" lâché-prise, cela serait une sorte de substitut pour assouvir ce Besoin.

De toute façon quand Fab me passe ses nœuds, je ne suis pas beaucoup plus libre. Il commence, il faut encore guider ses passages de cordes, signaler une mise en place trop serrée, enfin bref, se surveiller pour l'aider et donc "ne pas vraiment profiter".
Mais cela fait parti du jeu et c'est une autre approche des cordes où j'apprends les passages de nœuds et où l'intimité me permet de passer mes mains sur les cordes - quand elles ne sont pas immobilisées - pour sentir les nœuds sur moi - action de la plus haute impudeur vue d'une certaine façon pour moi du moins.
Et puis, ça n'est qu'une vague idée face à un Besoin qui me tourne la tête, je me dis que c'est toujours mieux d'apprendre les nœuds que de sniffer les cordes, non ? :o)

[...]

J'ai "besoin" de ces images vidéos/fixes, je décroche vraiment très rapidement dans les cordes et si je n'ai pas ces images, quelque part, je ne sais pas ce qu'il s'est passé.
Et j'ai l'impression que cela n'est pas très respectueux pour l'autre d'avoir si peu conscience de son travail et aussi, égoïstement, j'ai l'impression de "rater" une partie du truc.
Et pour aller au bout de l'aveu, sans les photos, je n'aurais jamais su quel regard tu posais parfois sur moi en passant tes cordes et c'est un précieux réconfort que de connaître ce regard.

Extrait de correspondance.