Bien des années qu’une FiP ne s’était placée dans mes cheminements.
Mais ceux-ci sont trop présents pour ne pas envahir la totalité de mon espace conscient.
Entre réponses et nouveaux questionnements tout prend une autre dimension.
Et puis, les nouvelles prises de conscience amènent aussi une vision comme neuve, tout peut potentiellement redevenir une « première fois » quelque part.
Drôle de FiP. G. qui nous accueille à la salle dans un discours désordonné où il est à la fois question de plaintes contre la salle pour nuisance sonore et de gars chargé de surveiller la soirée. Pas le temps, on est à la bourre et on doit tester notre nouvelle idée de configuration de salle. Entre routine et nouvelle installation, chacun œuvre dans son coin. H.&I. arrivent, A.S. aussi, on monte estrades, tables, chaises, portants.
I. crie : « Fab, il y a quelqu’un pour toi ! »
Je me souviens de P., que j’avais un peu oublié. J’essaye d’avancer au plus vite l’installation de la vidéo pour ménager du temps à Fab pour qu’ils causent « entre mecs ». Cela semble si important, cette histoire de connivence du genre, je me dis que pour Fab comme pour P., il est peut-être temps de parler hors d’oreilles féminines indélicates.
Une fois, la vidéo finie, je m’absorbe au fumoir. On a rangé tout n’importe comment à la dernière et il y a pas mal de choses à remettre en place.
J’installe le nouveau panneau qui fait l’unanimité – mais bon, ça je le savais, c’était une évidence quand il a été fini.
A part la « radio » c’est de loin la plus belle composition d’empreintes que nous ayons réalisée.
C’est même chouette, parce qu’il en reste encore deux à faire et que je pense que maintenant que nous sommes mieux dans le truc, le résultat sera intéressant.
Et puis à un moment, A.S. a fini d’installer son coin, plein de gens arrivent. Il n’y a jamais eu autant de monde pour installer une FiP. S. devait venir faire des photos mais c’était prévu et ce n’est même pas ça. N. arrive et me chope par surprise par le jeans me faisant lâcher un cri. Erf, pas ce soir, les trucs de « bête traquée » quand je me sens si proche de son état d’esprit entre J. et M.
L’installation se poursuit. Il y a un black qui se marre quand H. lui explique qu’il doit être au minimum « tout en noir ». Je ne crois pas qu’H. saisisse la portée comique de la situation quand il gueule au type que ce n’est pas drôle.
Moi, oui…
C’est le bordel avec le son, j’apprends que le chauffage est coupé et j’ai déjà froid…
N. me présente un couple de Tours, très sympathiques.
Ils me disent que N. leur a parlé de moi…
« Ah ?... euh… »
Mais sauf que moi, je ne sais pas ce que l’on dit de moi. Cela me donne toujours envie de me dandiner d’inconfort ces situations où manifestement l’autre en sait plus que moi sur moi. (Et ça recommencera quand R. nous fera sa « crise de fanitude ». )
Elle, surtout, elle en parle beaucoup, son visage s’anime quand elle en parle, elle voudrait faire passer quelque chose que je ne saisis manifestement pas.
Peut-être de l’ordre de ce que V. disait à propos de mon « soi-disant » légendaire lâcher-prise.
Je ne sais pas, je sens bien que ça aussi c’est dans le « non-résolu » pour l’instant.
Elle dit que N. leur a dit qu’il s’était passé « quelque chose » et il y a presque de la vibration dans sa voix quand elle le dit.
Et cette vibration ne peut venir que d’une conviction acquise soit de ce qu’elle a vu de moi avec N. ou de ce qu’elle a entendu de N.
Mais cela restera de l’ordre de la question.
Lui, plus distant dans la verbalisation directe mais plus ouvert dans la CNV.
On parle cordes, je dis que j’aimerais essayer avec une femme, elle dit qu’elle commence à apprendre. Il propose que plus tard, je ne décline pas même si c’est évident que ce n’est pas vraiment à ce genre de femme à qui je pense.
Je verbalise mieux sur la contrainte depuis que j’ai compris jusqu’où cela allait se nicher, au point d’aimer porter une jupe longue serrée en bas…
J’installe en leur retombant régulièrement dessus. On discute un peu, comme ça, en papillon comme on apprend.
A. sort de magnifiques cordes noires, d’un noir profond.
Elles ont comme une sorte de vibration, quelque chose de sensuel qu’il faut que je les touche.
Ce n’est pas souvent que j’ai besoin de toucher la corde avec ma main.
Mais ces cordes noires, la profondeur de la couleur – surdose de teinture de l’aveu de l’auteur – a quelque chose qui appartient à l’acid, je crois que c’est ça qui m’attire.
Il parle d’en faire des rouges, et je les vois dans mon esprit, ce rouge profond qu’elles pourraient avoir et pour un peu, même ces cordes imaginaires j’aimerais les toucher.
Et l’esprit fatigué rebondi sur les mots du report, être attachée sous LSD…
Rien que l’idée ferait partir en bad l’essentiel de l’humanité ^^
Et pourtant, Sentir les Cordes couler, Se dissoudre dedans… Je ne dis pas monter l’acid dans les cordes, trop hard avec les crises de speed, ça oui c’est un coup à mal partir.
Mais après, une fois l’acid monté quand le monde est différent, plus souple, plus doux, plus coloré… Tiens peut-être même qu’on verrait les cordes en couleurs.
Je ne sais pas si la corde fait le même effet à N. ou si c’est moi qui lui « transfère » mon trouble. Mais il prend la corde et mes avant-bras dans un seul et même mouvement. Et commence à enrouler la corde en partant des bras. Je sens ma propre induction monter, je crois que je m’excuse auprès du couple avec qui je parlais.
Mon regard croise celui d’A. au moment où il me dit : « ça se voit ». Et si je n’avais pas décroché à ce moment-là, je lui aurais volontiers demandé de préciser ce « quelque chose » et ce « ça » auquel il semble si évident de faire référence…
Le mouvement de N. se suspend, pour prendre une autre corde.
L’analogie liquide est une référence essentielle pour les cordes, pour moi.
Je sens les vagues de cordes et chacune peut m’emmener plus loin ou me ramener, comme une vague. L’esprit se calque sur le rythme de l’encordeur et chaque passage d’une nouvelle corde est une sorte de crête de vague qui peut ramener autant qu’emporter. Laissant une fraction de seconde à la conscience pour saisir la réalité.
Ma crête de vague prend la réalité d’une phrase où il dit qu’il voulait seulement essayer mais vu moi, il va en passer quelques autres. Et j’ai envie de protester que ce n’est pas juste ! S’il existe Une personne qui me connait dans les cordes c’est forcément N. Sans parler de l’habitude de se côtoyer dans ce genre de jeux, c’est le seul qui reçoit systématiquement mes mots, après. Sans relire mes reports, j’ai forcément déjà parlé de mes « points d’Achille » des cordes. Il sait évidement que passer une corde sur mes bras, sous mon pied ou entre mes doigts, induit une vague à laquelle je ne souhaite pas avoir à résister.
Le jeu s’arrête comme il a commencé sans que je n’y comprenne vraiment rien.
Un peu avant le début de la soirée, Nico propose de m’attacher. Il prend mes mains par le devant. Il passe sa corde sur mes poignets joints devant lui, je regarde le lien, je lui souris, il y a cette connivence évidente entre nous dès qu’il y a une corde. Sa CNV à lui.
Là aussi, il y a quelque chose de la « première fois », le sens symbolique/ mon sens symbolique des choses n’est plus brouillé. Et c’est sûrement ce que j’essaye de lui faire passer dans ce regard, je sais pas. Mais c’est sûrement Le moment le plus important de cette soirée. Une fraction de seconde où « il se passe quelque chose ». Zut, voilà que je parle cryptique moi aussi…
Rationnellement, je n’arrive pas à penser que cela puisse vraiment dépasser le cadre des protagonistes. Admettons que le phénomène ne soit pas seulement issu de l’imagination de l’un mais que les deux partagent vraiment quelque chose, comment cela pourrait être visible aux yeux des autres quand il s’agit seulement de ressenti…
Pourtant je le verrais bien moi aussi ce « quelque chose » entre deux personnes plus tard dans la soirée… Et d’un coup l’évidence me frappe le front… Moi des « quelque chose » j’en vois rarement, presque jamais, sauf hier entre G. et R… Ce qu’il y aurait entre N. et moi serait de cet ordre ?...
Idée contrariante, trop loin de ma réalité.
N. continue son jeu de cordes, il refait ce truc un peu dingue qu’il m’avait déjà fait.
En passant trois cordes successives puis en retirant la première sans toucher aux deux autres. Et ramènes mes bras en arrière. J’adore quand il fait ça, ça a quelque chose de vraiment magique.
Comment quelque chose qui semble si solidaire pourrait bien se détacher si facilement. Et je me dis que c’est pour cela que je n’arrive pas à avoir vraiment envie d’apprendre les cordes, ça casserait ma « magie ».
Puis il m’entraîne au sol et continue de me bercer dans des vagues successives. Une vague me ramène et j’accroche une phrase de G. :
« c’est différent d’hier avec… ».
Je ne retiens pas le nom et là encore, le cryptique « c’est différent » ? Mais quoi donc…
La voix de N. derrière moi « chaque jour est un nouveau jour ». Et les cordes qui se serrent.
Je me souviens vaguement avoir dit que j’aimais que les cordes serrent mais peut-être pas à lui.
Les cordes m’enserrent, même pas besoin de bander les muscles pour les sentir, la spirale m’emporte. Alors que je sens un subtil inconfort sur la clavicule gauche où je suis en appui sur la corde.
Quelqu’un – N. ? – a mis quelque chose sous ma tête, c’est une attention qui m’étonne toujours dans les cordes.
Le travail au sol, c’est plus avec A.S. que j’ai l’habitude et A.S. ne prend pas ce genre de précaution. L’inconfort reste en sourdine et j’ai trop l’habitude de gérer une douleur constante pour y prêter une véritable attention. D’autant que N. mobilise mes sens ailleurs, sensation play.
Ma spirale se matérialise dans une onde de frisson qui part de sa main sur ma nuque – encore un de mes talons d’Achille…
A partir de là, les vagues ne me ramèneront plus, N. continue de m’emmener plus loin mélangeant les vagues de cordes avec celles des frissons.
Je me souviens d’une pose qui me rappelle une photo que j’ai aimé sur FetLife que l’esprit note en spectateur de lui-même avec une sensation très typique de l’hypnose : EMC, mon amour.
Tout le reste n’a pas de vraie réalité, douceur, paix, calme, chaleur.
Je ne m’appartiens plus vraiment, j’appartiens à une sorte de tout, mu par une volonté qui n’est pas la mienne. L’univers n’est que sensation, le temps n’a plus de sens.
Il faudra vraiment que je prenne le temps de détailler le subspace des cordes/de la contrainte.
Il n’y a pas cette lutte contre soi/ sur soi comme dans les jeux de percussions, il n’y a pas de vagues d’endorphines à monter, juste un doux bercement.
Quelque chose de vraiment hypnotique chez moi, à se demander si cela ne vaudrait pas la peine de tenter d’implanter des suggestions post-hypnotiques à ce moment-là. Erf, il n’y a que moi pour toujours penser à mélanger les EMC…
Et l’inconfort devenu douleur, pulse. Il focalise mon esprit dessus et prend sa pleine existence. Il faut revenir, c’est dur, désagréable. Comme quand il faut lutter sur l’acid pour retrouver la lucidité, un véritable effort de volonté.
J’ouvre les yeux, je ne distingue pas grand-chose, mais j’ouvre jamais les yeux alors j’espère que cela pourra suffire à attirer l’attention.
L’effort m’assomme et les yeux se referment d’eux-mêmes.
Pulsation de douleur, je hais mes clavicules trop saillantes où la corde mord.
Nouvel effort de volonté, mobilisation générale de la conscience encore active, ouvrir les yeux et appeler N.
Je ne parle jamais, je sens bien que cela le déroute.
J’explique pour ma clavicule.
Les cordes dansent à une vitesse stupéfiante, mes vagues refluent à une vitesse vertigineuse, le monde reprend réalité trop vite. N. me dit quelque chose que je ne comprends pas, il le voit et me traduit des excuses. Je trouve ça idiot, pourquoi il s’excuse ? Moi aussi, c’est ma faute. Et puis faute de quoi ?
La faute c’est un truc volontaire et aucun de nous n’a eu vraiment envie que ça arrive.
La percussion avec la réalité me donne toujours une sorte de dizaine de minutes où une sorte d’automatisme prend le contrôle.
J’agis, j’arrive à bouger normalement mais je suis toujours en mode « spectateur de moi-même ». Si je ne profite pas de ce sursaut pour bouger - surtout en soirée -, après c’est mort. Je pars en tremblements et l’émotion prend le pas. Biochimiquement, je me demande si la fin des cordes ne correspond pas à une décharge d’adrénaline, un truc animal du cerveau reptilien pour avoir l’impulsion de fuir après avoir été captif. Et je sais que si je n’utilise pas de suite cette sorte d’élan, après je pars en trop plein, tremblements, idées brouillées, gestes incohérents.
Du coup, je ne sais même pas si je remercie N. correctement. De toute façon, tout est si loin.
Après, il y a les shows à enchaîner.
Et M. qui finalement se matérialise lors d’une des absences de Fab. Charmeur charmant, déroutant avec son côté apparition/disparition, un côté diablotin sorti d’une boîte aux allusions équestres sans ambiguïté.
A un nième moment où je sors mourir de froid dehors pour fumer. En rentrant, il y a A.S. et U. qui font des cordes dans le dos d’I. Je passe en souriant et A.S. m’attrape par les bras en arrière. C’est idiot, j’ai encore mon blouson et je lui dis. Il continue de placer ses cordes en récupérant celle qui était sur U. Et ouvre mes couches successives de vêtements en solidarisant le tout avec les cordes. Un jour, ce type arriva derrière moi et me mettra un sac sur la tête, c’est une évidence à ce moment-là. Il a fait une sorte de poignée avec mes bras et il me téléguide dans la salle. Les idées sont désordonnées ou inexistantes. Gel mental.
Il me jette presque par terre, pas de coussin pour ma tête cette fois… A.S., quoi.
Les cordes, la chaleur de la salle qui monte le joint que je viens de fumer… Les gestes d’A.S. continuent de me bousculer, à un moment une vague me ramène, je sens ses mains dans mes cheveux qu’il attache en arrière. Je devine une position que je connais : hogtie.
Je m’étonne toujours à reconnaître les passages de cordes.
Ma spirale me berce, les cordes sont d’une présence obsédante, j’aimerais sortir de moi-même pour les toucher comme pour vérifier ce que je ressens. Une main en papillon sur les miennes. Et les cordes tombent sans avoir fini de m’emmener. Je ne comprends pas.
A.S. m’explique que mes mains étaient froides… Ah, ça…
J’essaye d’expliquer que c’est le LSD mais les idées s’embrouillent et les mots avec.
La soirée s’étire, j’ai froid comme rarement et cela m’épuise.
A noter, la petite sirène qui fait le bel effort d’oser affronter Fab pour venir jouer sur mon émotion. Trop fragile pour moi, les sirènes, même si elles m’émeuvent.
Drôle de soirée.
Pour la première fois, je touche du doigt les limites des cordes en lieu public.
Et c’est précisément parce que cette limite n’est pas où je le pensais qu’elle m’étonne.
Ma limite ce n’est pas les autres, j’ai une volonté d’abstraction sur la réalité qui peut les faire disparaître. Non, ma limite est après les cordes, quand on a juste envie de se poser calmement avec l’attacheur et qu’il faut faire de la place aux suivant(e)s.
Une sorte d’arrachement de soi qui empêche de vivre/terminer pleinement l’expérience.
Affichage des articles dont le libellé est A.S.. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est A.S.. Afficher tous les articles
samedi 27 août 2011
samedi 26 février 2011
FIP 43
Une FIP en pointillé, perplexes quand au changement de rythme, déçus
du manque de transparence de la salle, nous arrivons sans vraiment
savoir à quelle sauce on sera mangé.
Je sais que N. vient et qu'il souhaite m'attacher même si quelque part je ne sais pas bien comment me situer du fait de son annonce sur facebook.
Et encore cette question : que faut-il donc pour être un model shibari ? avoir moins de 30 ans ?
Interrogation centrale de la soirée qui se reposera quand A.S. arrivera avec A.
Finalement, les modifications de la salle jouent plutôt en notre faveur - enfin ! - surtout au niveau du son ; malgré tout I. a oublié mon bustier et mes jupes...
La soirée se poursuit en pointillé et j'ai presque envie de repartir, d'être le "illé" du "point".
Mais il y a FLESH et de véritables personnes motivées sur ce projet et Y. qui vient à sa première soirée fétiche. Mais, il y aura toujours un mais pour se servir d'excuse à l'espoir.
Je mets ma tenue de secours et en avant. G. me fait une remarque où il est question d'être un remix d'Alice aux pays des merveilles sous acid, H. me complimente comme chaque fois que je mets ce type de haut et L. s'exclame " à qui est ce ravissant petit cul" avant de me reconnaître.
D'accord la soirée ne part si mal.
N. arrive alors que je fume dehors en causant avec C., je lui fais la remarque qu'il est seul et il ne s'étonne pas que je parle d'une chose qui ne m'était pas spécialement adressée. ça ouvre une autre réflexion sur l'espace public et l'espace privé que je ne m'étais jamais vraiment posée en ces termes et qui est totalement out of topic dans ce report.
Assez rapidement, N. vient voir comment s'organiser face aux impératifs du line-up, je lui suis reconnaissante de sa prévenance et je retrouve le gentleman en lui c'est rassurant.
Lui aussi me parle de ma tenue et me remercie, gentleman, justement.
Il me propose un premier jeu de corde et prend contact avec moi à sa façon. Quelque part c'est comme avant, tout en étant différent, moins global et plus précis comme façon de faire, je mets ça sur le compte de sa formation en Thaïlande et il confirme en me signalant que maintenant il connait le nom des muscles qu'il touche.
Vague flash de mes cours d'anatomie, je n'ai jamais aimé l'anatomie même si c'était une des matières où les professeurs étaient les plus passionné. Le corps ne m'a jamais intéressé ce n'est que l'enveloppe/le véhicule, je préfère l'esprit, c'est un tort dont je connais parfaitement les limites mais c'est dans mes choix de vie.
N. commence à lier mes mains pour les positionner au dessus de ma tête. Une autre évidence s'impose. L'intention du bondage, jusque là sous l'influence de SL, j'en restais aux distinctions propres liées aux deux écoles : bondage moderne VS shibari et le fait d'isoler l'un ou l'autre suffisait à déterminer vaguement l'intention.
Mais il y a plus qu'une simple notion d'esthétique dans le bondage qu'il soit moderne ou non. Et cette façon de me lier les mains au dessus de la tête amène une dimension de punition évidente qui ne m'avait jamais frappée jusque là et donne une vision plus claire de son jeu de cordes.
Premier bondage depuis plusieurs semaines, j'essaye de m'abandonner mais il passe ses cordes sans prendre mes bras et cela reste ma condition sine qua none.
Je constate donc encore une fois, avec affliction, combien certains éléments - liés à mon propre vécu - restent essentiels chez moi. J'aimerais comprendre d'où cela peut venir, je sens bien que c'est à rapprocher d'autres souvenirs que ceux des menottes et chaque fois que j'essaye d'analyser ce fait, le seul souvenir qui s'impose c'est celui de J. en train de me ceinturer par derrière en immobilisant précisément mes bras, le soir où j'ai failli tuer ce mec au bar. Et chaque fois que je rappelle ce souvenir c'est surtout la rage aveugle qui m'habitait à ce moment qui me revient...
Finalement, les cordes de N. passent sur mes bras et le monde bascule dans une autre dimension où les cordes sont la seule réalité. La précision de son jeu de corde me submerge et me berce alors qu'il semble tisser un cocon pour moi. Il m'englobe dans son univers par vagues qui se calquent sur la régularité de son jeu de corde.
Encore ce rapprochement à l'hypnose.
Il reste extrêmement présent derrière les cordes ce qui amplifie l'impression que les cordes ne sont qu'un prolongement de lui-même, au-delà du simple outil.
Finalement, il commence à me bercer/balancer en m'appuyant contre lui et en utilisant mes mains liés au-dessus de ma tête comme centre d'équilibre. C'est étonnant d'être cette sorte de pendule, cela rappelle certains jeux où l'on tourne sur soi-même en appui dans une corde, c'est familier comme jeu, c'est rassurant, cela va avec le cocon qu'il a tissé, tout est logique et clair.
Si clair que je n'ai pas conscience que les choses s'arrêtent juste à un moment je suis contre lui et ses mouvements indiquent qu'il me délie.
J'aime ce qu'il y a entre lui et moi dans les cordes sans pourtant savoir le formaliser.
La soirée s'enchaîne sur FLESH avec l'arrivée de T., l'ampli n'est pas le même que l'autre fois, grande confusion et défaut de son. J'apprécie de voir les gens réagir au son même si je trouve odieux la façon dont certains s'imposent au milieu du set à la manière de "salut, je viens casser ton trip".
Plusieurs détails sont à revoir pour le prochain set mais nous, trois, on reste hautement satisfait de nos conneries et c'est quand même le but de l'histoire.
N. revient me proposer un jeu de cordes. Fab a pris une pause, le matériel est seul, d'un autre côté avec les shows la marge de manœuvre est faible. Je me dis que j'arriverais bien à jeter un œil dessus au moins au début. Grande erreur.
N. me passe presque d'emblée des cordes sur les bras. Je lutte sur moi-même et finalement dérive quand même c'est la lumière du spot que je reconnais du coin de l'œil qui me prouve que j'ai échoué tout en m'indiquant que cette fois, je peux décrocher.
N. commence à me lever une jambe en me laissant le temps de chercher mon équilibre, je suis contente d'avoir mis ses chaussures-là. Et je me demande si les encordeurs ont conscience de mon état second et de la difficulté que c'est de reprendre pied psychiquement pour pouvoir le faire physiquement aussi, c'est un peu comme si je devais retrouver mon équilibre en deux fois.
Et c'est peut-être cela aussi, être un modèle shibari : ne pas avoir à reprendre pied deux fois...
Et voilà que je me retrouve suspendue dans les airs d'une manière étonnante au fur et à mesure qu'il fait évoluer les liens.
A un
moment, c'est comme si j'étais en apesanteur sur les cuisses, je sais
c'est idiot à dire comme ça mais c'est la meilleure description qui me
vient. Une autre façon de disposer de soi comme avec JD.
Je crois que mes mains finissent par être un effet limitant dans la suspension et qu'il voit mes petits mouvements pour lutter contre les picotements que je ressens.
Il me ramène au sol et entreprend de me détacher. J'ai vraiment apprécié ce moment de partage.
Et pour la première fois, je prends conscience qu'il a sans doute été attaché lui aussi pour connaître aussi bien les sensations qu'il donne et c'est une idée étonnante voire étrangère dans le ressenti que j'ai de lui.
La soirée se poursuit à un rythme effréné, tout le monde s'affaire quand à un moment je pars vider les mégots dans le fumoir. En passant devant A.S. qui attache la jeune fille venue avec A., il se lève et me hurle : "Toi, justement toi !".
Je bafouille confuse que je dois finir ce que j'ai commencé et il me dit de venir après.
Mais quand j'ai terminé il est toujours avec elle. J'observe de loin en attendant qu'il est fini. Quand il a terminé, je me présente devant lui en lui suggérant de se reposer deux minutes.
Mais non, il enchaîne sans même prendre le temps de me répondre en saisissant ma main d'autorité pour la placer dans mon dos, tellement lui quelque part.
Là, où N. place de la douceur et de la rondeur, A.S. met une impériosité sans discussion qui me désarme systématiquement.
Comme j'ai reconnu les passages de cordes doux et précis de N., je reconnais la façon de maintenir mes membres d'A.S.
Il y a ce jeu idiot d'adolescent où l'on doit se reconnaître dans le noir. Je n'aimais pas ce jeu, j'avais toujours peur de me tromper. Et pourtant, je crois que si je devais reconnaître des encordeurs par leur façon de passer leurs cordes, ça je crois que je pourrais le faire, du moins avec certains avec qui j'ai une sorte d'intimité.
No way, j'ai une sensation de reconnaissance quand ils passent leurs cordes, quelque chose d’intrinsèquement physique et presque viscéral qui est totalement nouveau pour moi.
Moi qui considère le corps comme une simple enveloppe, voilà qu'il serait plus que cela avec une sorte de connaissance propre.
A.S. part d'emblée à m'attacher avec sa nouvelle trouvaille - une sorte de tube en jersey de coton - qu'il utilise comme il avait utilisé son écharpe en larges bandes qu'il module avec de fines bandes en fonction du résultat qu'il escompte.
Il y a quelque chose de la momification dans ce qu'il fait et je m'attends - espère ? - presque à retrouver des sensations proches du saran wrap.
Sa manière de me maintenir le poignet haut dans le dos avant de le croiser avec l'autre me fait spontanément penser à SL et au bondage moderne. Mais A.S. me fait souvent penser au bondage moderne. Comme dans sa façon presque systématique de poser un bandeau ou un bâillon.
Il m'entraîne dans une succession de poses où je me perds moi-même.
Dont je ne retiens que quelques poses où il s'attarde à me maintenir la tête - je découvrirais sur la vidéo qu'il a joué avec mes cheveux et j'adore vraiment ce qu'il fait avec mes dreads, il me donnerait presque une raison de ne pas les raser. ça tient de l'acceptation globale de ce que je suis et c'est quelque chose que je reconnais rarement, mes choix capillaires ayant un sens social trop marqué.
Et dans sa manière de souvent prendre la tête dans l'immobilisation, je n'arrive pas à m'empêcher de rapprocher A.S. de Gord, sa façon de me manipuler à la manière d'une barbie géante, sa manière de placer mes membres comme il le souhaite exactement comme Fab doit le faire avec sa réplique 3D de moi tiennent définitivement de ma façon d'aborder la forniphilie.
Je reconnais aussi un hogtie dans les poses qu'il me fait prendre et c'est con mais je suis contente de savoir reconnaître quelques poses surtout quand on les fait sur moi.
A un autre moment, il me suspend les jambes en l'air et je repense encore à Gord qui utilise souvent ce genre de pose pour faire un fauteuil. Et alors que je crois que je ne m'étais jamais demandé si Gord était bondage moderne ou shibari, ben j'ai une réponse évidente qui s'impose à moi dans le jeu de cordes d'A.S.
Je dois aussi parler du passage de momification du visage parce que je sais que c'est un passage qui intéressera Fab ;-p qui connaît mes angoisses sur la respiration/l'étouffement. Pour aborder cet angle, il faut envisager plusieurs éléments dont le premier est la Confiance, celle que je suis capable de donner à celui qui m'attache. Je place une dimension SSC dans les jeux de cordes quand je viens mendier un jeu de cordes, j'accepte implicitement tout ce que l'encordeur souhaitera me faire comme il accepte implicitement de gérer ma sécurité, c'est le deal et si A.S. juge utile de placer des bandes sur mon visage - a fortiori nez et bouche - implicitement il accepte de gérer l'éventuelle panique que cela pourrait engendrer chez moi. Reste que l'étouffement m'effraye dans son ressenti, c'est ce souvenir de presque noyade en Italie qui alimente sans doute ma phobie et ce souvenir est précisément lié au ressenti physique du manque d'air, sensation qui se retrouve facilement avec du saran wrap sur le visage (nez/bouche) par exemple mais qui sera différente avec une étoffe où l'air peut passer.
No way, c'est plus de l'étonnement quand A.S. passe les bandes de tissu sur mon visage mais le même étonnement que lorsqu'il l'avait fait avec son écharpe, une sorte de "mais c'est pas vraiment attacher ça ?!" qu'une sensation de crainte.
Maintenant d'une autre façon, je pense que cela joue un rôle dans la distanciation que permet ce genre de "bandage" que ça soit dans la distanciation de l'attacheur - on en revient à la forniphilie - que dans la distanciation du modèle - isolée de tout.
En pour en finir vraiment sur ce thème, le jeu de nœuds avec A.S. m'a spontanément rapproché du souvenir du vacum bed. Et je note moi-même la contradiction de mon discours. Je parle de sensation de cocon avec N. mais je parle de vacum bed avec A.S... Et même si cela peut sembler subtile, franchement de mon point de vue, il y a des sensations absolument différentes dans les deux expériences et dans leurs intentions même.
Fin de digression, A.S. m'entraîne dans un tourbillon où j'ai parfois conscience de moi-même d'une manière suraiguë et d'autres fois totalement pas. Cela a quelque chose d’enivrant quelque part si on prend le temps d'y penser.
Et finalement, il arrache les bandes devant
mon nez et ma bouche et je sens bien que c'est une sorte de levée de
rideaux. Et même ce geste-là est impératif, quelque chose du
prestidigitateur qui réveille l'hypnotisé.
Les liens tombent et le froid me gagne. Echange de gratitude mutuelle.
Je mets mon blouson en pensant à cette perle de soumise chez Khayyam Alamut : "ça tient chaud les cordes".
La soirée est presque finie. Il y a ce gars avec ce drôle de look qui se tient debout, A.S. avait dit qu'il le connaissait et je trouve pas ça juste si c'est un encordeur que personne ne soit allé le voir même si je trouve ses cordes vraiment bizarres.
Et puis, y'a aussi cette discussion avec SL qui me dit de ne pas juger sur les cordes et A. qui utilise des cordes d'alpinisme. Alors, je décide d'aller lui proposer un petit jeu de corde.
Il me dit quelque chose que je ne comprends pas bien quand il me répond :
"Moi, ce que j'aime faire c'est d'attacher les bras et de les suspendre à bout de bras".
J'acquiesce avec ma candeur naïve comme à chaque fois qu'il s'agit de cordes.
Sa corde est bizarre : épaisse et presque rigide, il peine à maintenir vraiment ses nœuds même si les figures qu'il fait sont d'un classique basique.
Il me parle, un peu comme JD la première fois, il commente ses passages de cordes et je ne sais pas bien si c'est à moi ou à lui qu'il parle vraiment.
Puis finalement, il place ses mains à deux endroits dans mon dos pour éprouver ses liens et me dit : "on y va !".
Et voilà qu'il me bascule sur sa cuisse et me soulève à bout de bras avant de me reposer.
Je suis stupéfaite, ce type tient de Conan pour moi maintenant.
Il me repose, teste encore deux points et me re-soulève de la même façon.
On continue de parler pendant qu'il me détache, il se présente comme geek et parle un peu comme pourrait le faire Sheldon. J'ai rencontré le Sheldon des cordes !
Il me parle même d'utiliser du câblage informatique comme cordes ou de cordes qui clignotent en s'alignant sur les battements du cœur. On échange nos coordonnées, voilà un individu à pouvoir étonnant hautement intéressant.
Et finalement, la soirée se termine, la salle est dans un état invraisemblable et nous aussi.
Le rangement sera un enfer qui me filera une sciatique qui me tient encore le lendemain.
Une soirée comme on les voudrait toutes.
A qui de droit. Envoyé sans relecture après 8 heures de sommeil en 48 heures, en demandant l'indulgence du jury.
Je sais que N. vient et qu'il souhaite m'attacher même si quelque part je ne sais pas bien comment me situer du fait de son annonce sur facebook.
Et encore cette question : que faut-il donc pour être un model shibari ? avoir moins de 30 ans ?
Interrogation centrale de la soirée qui se reposera quand A.S. arrivera avec A.
Finalement, les modifications de la salle jouent plutôt en notre faveur - enfin ! - surtout au niveau du son ; malgré tout I. a oublié mon bustier et mes jupes...
La soirée se poursuit en pointillé et j'ai presque envie de repartir, d'être le "illé" du "point".
Mais il y a FLESH et de véritables personnes motivées sur ce projet et Y. qui vient à sa première soirée fétiche. Mais, il y aura toujours un mais pour se servir d'excuse à l'espoir.
Je mets ma tenue de secours et en avant. G. me fait une remarque où il est question d'être un remix d'Alice aux pays des merveilles sous acid, H. me complimente comme chaque fois que je mets ce type de haut et L. s'exclame " à qui est ce ravissant petit cul" avant de me reconnaître.
D'accord la soirée ne part si mal.
N. arrive alors que je fume dehors en causant avec C., je lui fais la remarque qu'il est seul et il ne s'étonne pas que je parle d'une chose qui ne m'était pas spécialement adressée. ça ouvre une autre réflexion sur l'espace public et l'espace privé que je ne m'étais jamais vraiment posée en ces termes et qui est totalement out of topic dans ce report.
Assez rapidement, N. vient voir comment s'organiser face aux impératifs du line-up, je lui suis reconnaissante de sa prévenance et je retrouve le gentleman en lui c'est rassurant.
Lui aussi me parle de ma tenue et me remercie, gentleman, justement.
Il me propose un premier jeu de corde et prend contact avec moi à sa façon. Quelque part c'est comme avant, tout en étant différent, moins global et plus précis comme façon de faire, je mets ça sur le compte de sa formation en Thaïlande et il confirme en me signalant que maintenant il connait le nom des muscles qu'il touche.
Vague flash de mes cours d'anatomie, je n'ai jamais aimé l'anatomie même si c'était une des matières où les professeurs étaient les plus passionné. Le corps ne m'a jamais intéressé ce n'est que l'enveloppe/le véhicule, je préfère l'esprit, c'est un tort dont je connais parfaitement les limites mais c'est dans mes choix de vie.
N. commence à lier mes mains pour les positionner au dessus de ma tête. Une autre évidence s'impose. L'intention du bondage, jusque là sous l'influence de SL, j'en restais aux distinctions propres liées aux deux écoles : bondage moderne VS shibari et le fait d'isoler l'un ou l'autre suffisait à déterminer vaguement l'intention.
Mais il y a plus qu'une simple notion d'esthétique dans le bondage qu'il soit moderne ou non. Et cette façon de me lier les mains au dessus de la tête amène une dimension de punition évidente qui ne m'avait jamais frappée jusque là et donne une vision plus claire de son jeu de cordes.
Premier bondage depuis plusieurs semaines, j'essaye de m'abandonner mais il passe ses cordes sans prendre mes bras et cela reste ma condition sine qua none.
Je constate donc encore une fois, avec affliction, combien certains éléments - liés à mon propre vécu - restent essentiels chez moi. J'aimerais comprendre d'où cela peut venir, je sens bien que c'est à rapprocher d'autres souvenirs que ceux des menottes et chaque fois que j'essaye d'analyser ce fait, le seul souvenir qui s'impose c'est celui de J. en train de me ceinturer par derrière en immobilisant précisément mes bras, le soir où j'ai failli tuer ce mec au bar. Et chaque fois que je rappelle ce souvenir c'est surtout la rage aveugle qui m'habitait à ce moment qui me revient...
Finalement, les cordes de N. passent sur mes bras et le monde bascule dans une autre dimension où les cordes sont la seule réalité. La précision de son jeu de corde me submerge et me berce alors qu'il semble tisser un cocon pour moi. Il m'englobe dans son univers par vagues qui se calquent sur la régularité de son jeu de corde.
Encore ce rapprochement à l'hypnose.
Il reste extrêmement présent derrière les cordes ce qui amplifie l'impression que les cordes ne sont qu'un prolongement de lui-même, au-delà du simple outil.
Finalement, il commence à me bercer/balancer en m'appuyant contre lui et en utilisant mes mains liés au-dessus de ma tête comme centre d'équilibre. C'est étonnant d'être cette sorte de pendule, cela rappelle certains jeux où l'on tourne sur soi-même en appui dans une corde, c'est familier comme jeu, c'est rassurant, cela va avec le cocon qu'il a tissé, tout est logique et clair.
Si clair que je n'ai pas conscience que les choses s'arrêtent juste à un moment je suis contre lui et ses mouvements indiquent qu'il me délie.
J'aime ce qu'il y a entre lui et moi dans les cordes sans pourtant savoir le formaliser.
La soirée s'enchaîne sur FLESH avec l'arrivée de T., l'ampli n'est pas le même que l'autre fois, grande confusion et défaut de son. J'apprécie de voir les gens réagir au son même si je trouve odieux la façon dont certains s'imposent au milieu du set à la manière de "salut, je viens casser ton trip".
Plusieurs détails sont à revoir pour le prochain set mais nous, trois, on reste hautement satisfait de nos conneries et c'est quand même le but de l'histoire.
N. revient me proposer un jeu de cordes. Fab a pris une pause, le matériel est seul, d'un autre côté avec les shows la marge de manœuvre est faible. Je me dis que j'arriverais bien à jeter un œil dessus au moins au début. Grande erreur.
N. me passe presque d'emblée des cordes sur les bras. Je lutte sur moi-même et finalement dérive quand même c'est la lumière du spot que je reconnais du coin de l'œil qui me prouve que j'ai échoué tout en m'indiquant que cette fois, je peux décrocher.
N. commence à me lever une jambe en me laissant le temps de chercher mon équilibre, je suis contente d'avoir mis ses chaussures-là. Et je me demande si les encordeurs ont conscience de mon état second et de la difficulté que c'est de reprendre pied psychiquement pour pouvoir le faire physiquement aussi, c'est un peu comme si je devais retrouver mon équilibre en deux fois.
Et c'est peut-être cela aussi, être un modèle shibari : ne pas avoir à reprendre pied deux fois...
Et voilà que je me retrouve suspendue dans les airs d'une manière étonnante au fur et à mesure qu'il fait évoluer les liens.
|
|
Je crois que mes mains finissent par être un effet limitant dans la suspension et qu'il voit mes petits mouvements pour lutter contre les picotements que je ressens.
Il me ramène au sol et entreprend de me détacher. J'ai vraiment apprécié ce moment de partage.
Et pour la première fois, je prends conscience qu'il a sans doute été attaché lui aussi pour connaître aussi bien les sensations qu'il donne et c'est une idée étonnante voire étrangère dans le ressenti que j'ai de lui.
La soirée se poursuit à un rythme effréné, tout le monde s'affaire quand à un moment je pars vider les mégots dans le fumoir. En passant devant A.S. qui attache la jeune fille venue avec A., il se lève et me hurle : "Toi, justement toi !".
Je bafouille confuse que je dois finir ce que j'ai commencé et il me dit de venir après.
Mais quand j'ai terminé il est toujours avec elle. J'observe de loin en attendant qu'il est fini. Quand il a terminé, je me présente devant lui en lui suggérant de se reposer deux minutes.
Mais non, il enchaîne sans même prendre le temps de me répondre en saisissant ma main d'autorité pour la placer dans mon dos, tellement lui quelque part.
Là, où N. place de la douceur et de la rondeur, A.S. met une impériosité sans discussion qui me désarme systématiquement.
Comme j'ai reconnu les passages de cordes doux et précis de N., je reconnais la façon de maintenir mes membres d'A.S.
Il y a ce jeu idiot d'adolescent où l'on doit se reconnaître dans le noir. Je n'aimais pas ce jeu, j'avais toujours peur de me tromper. Et pourtant, je crois que si je devais reconnaître des encordeurs par leur façon de passer leurs cordes, ça je crois que je pourrais le faire, du moins avec certains avec qui j'ai une sorte d'intimité.
No way, j'ai une sensation de reconnaissance quand ils passent leurs cordes, quelque chose d’intrinsèquement physique et presque viscéral qui est totalement nouveau pour moi.
Moi qui considère le corps comme une simple enveloppe, voilà qu'il serait plus que cela avec une sorte de connaissance propre.
A.S. part d'emblée à m'attacher avec sa nouvelle trouvaille - une sorte de tube en jersey de coton - qu'il utilise comme il avait utilisé son écharpe en larges bandes qu'il module avec de fines bandes en fonction du résultat qu'il escompte.
Il y a quelque chose de la momification dans ce qu'il fait et je m'attends - espère ? - presque à retrouver des sensations proches du saran wrap.
Sa manière de me maintenir le poignet haut dans le dos avant de le croiser avec l'autre me fait spontanément penser à SL et au bondage moderne. Mais A.S. me fait souvent penser au bondage moderne. Comme dans sa façon presque systématique de poser un bandeau ou un bâillon.
Il m'entraîne dans une succession de poses où je me perds moi-même.
Dont je ne retiens que quelques poses où il s'attarde à me maintenir la tête - je découvrirais sur la vidéo qu'il a joué avec mes cheveux et j'adore vraiment ce qu'il fait avec mes dreads, il me donnerait presque une raison de ne pas les raser. ça tient de l'acceptation globale de ce que je suis et c'est quelque chose que je reconnais rarement, mes choix capillaires ayant un sens social trop marqué.
Et dans sa manière de souvent prendre la tête dans l'immobilisation, je n'arrive pas à m'empêcher de rapprocher A.S. de Gord, sa façon de me manipuler à la manière d'une barbie géante, sa manière de placer mes membres comme il le souhaite exactement comme Fab doit le faire avec sa réplique 3D de moi tiennent définitivement de ma façon d'aborder la forniphilie.
Je reconnais aussi un hogtie dans les poses qu'il me fait prendre et c'est con mais je suis contente de savoir reconnaître quelques poses surtout quand on les fait sur moi.
A un autre moment, il me suspend les jambes en l'air et je repense encore à Gord qui utilise souvent ce genre de pose pour faire un fauteuil. Et alors que je crois que je ne m'étais jamais demandé si Gord était bondage moderne ou shibari, ben j'ai une réponse évidente qui s'impose à moi dans le jeu de cordes d'A.S.
Je dois aussi parler du passage de momification du visage parce que je sais que c'est un passage qui intéressera Fab ;-p qui connaît mes angoisses sur la respiration/l'étouffement. Pour aborder cet angle, il faut envisager plusieurs éléments dont le premier est la Confiance, celle que je suis capable de donner à celui qui m'attache. Je place une dimension SSC dans les jeux de cordes quand je viens mendier un jeu de cordes, j'accepte implicitement tout ce que l'encordeur souhaitera me faire comme il accepte implicitement de gérer ma sécurité, c'est le deal et si A.S. juge utile de placer des bandes sur mon visage - a fortiori nez et bouche - implicitement il accepte de gérer l'éventuelle panique que cela pourrait engendrer chez moi. Reste que l'étouffement m'effraye dans son ressenti, c'est ce souvenir de presque noyade en Italie qui alimente sans doute ma phobie et ce souvenir est précisément lié au ressenti physique du manque d'air, sensation qui se retrouve facilement avec du saran wrap sur le visage (nez/bouche) par exemple mais qui sera différente avec une étoffe où l'air peut passer.
No way, c'est plus de l'étonnement quand A.S. passe les bandes de tissu sur mon visage mais le même étonnement que lorsqu'il l'avait fait avec son écharpe, une sorte de "mais c'est pas vraiment attacher ça ?!" qu'une sensation de crainte.
Maintenant d'une autre façon, je pense que cela joue un rôle dans la distanciation que permet ce genre de "bandage" que ça soit dans la distanciation de l'attacheur - on en revient à la forniphilie - que dans la distanciation du modèle - isolée de tout.
En pour en finir vraiment sur ce thème, le jeu de nœuds avec A.S. m'a spontanément rapproché du souvenir du vacum bed. Et je note moi-même la contradiction de mon discours. Je parle de sensation de cocon avec N. mais je parle de vacum bed avec A.S... Et même si cela peut sembler subtile, franchement de mon point de vue, il y a des sensations absolument différentes dans les deux expériences et dans leurs intentions même.
Fin de digression, A.S. m'entraîne dans un tourbillon où j'ai parfois conscience de moi-même d'une manière suraiguë et d'autres fois totalement pas. Cela a quelque chose d’enivrant quelque part si on prend le temps d'y penser.
Les liens tombent et le froid me gagne. Echange de gratitude mutuelle.
Je mets mon blouson en pensant à cette perle de soumise chez Khayyam Alamut : "ça tient chaud les cordes".
La soirée est presque finie. Il y a ce gars avec ce drôle de look qui se tient debout, A.S. avait dit qu'il le connaissait et je trouve pas ça juste si c'est un encordeur que personne ne soit allé le voir même si je trouve ses cordes vraiment bizarres.
Et puis, y'a aussi cette discussion avec SL qui me dit de ne pas juger sur les cordes et A. qui utilise des cordes d'alpinisme. Alors, je décide d'aller lui proposer un petit jeu de corde.
Il me dit quelque chose que je ne comprends pas bien quand il me répond :
"Moi, ce que j'aime faire c'est d'attacher les bras et de les suspendre à bout de bras".
J'acquiesce avec ma candeur naïve comme à chaque fois qu'il s'agit de cordes.
Sa corde est bizarre : épaisse et presque rigide, il peine à maintenir vraiment ses nœuds même si les figures qu'il fait sont d'un classique basique.
Il me parle, un peu comme JD la première fois, il commente ses passages de cordes et je ne sais pas bien si c'est à moi ou à lui qu'il parle vraiment.
Puis finalement, il place ses mains à deux endroits dans mon dos pour éprouver ses liens et me dit : "on y va !".
Et voilà qu'il me bascule sur sa cuisse et me soulève à bout de bras avant de me reposer.
Je suis stupéfaite, ce type tient de Conan pour moi maintenant.
Il me repose, teste encore deux points et me re-soulève de la même façon.
On continue de parler pendant qu'il me détache, il se présente comme geek et parle un peu comme pourrait le faire Sheldon. J'ai rencontré le Sheldon des cordes !
Il me parle même d'utiliser du câblage informatique comme cordes ou de cordes qui clignotent en s'alignant sur les battements du cœur. On échange nos coordonnées, voilà un individu à pouvoir étonnant hautement intéressant.
Et finalement, la soirée se termine, la salle est dans un état invraisemblable et nous aussi.
Le rangement sera un enfer qui me filera une sciatique qui me tient encore le lendemain.
Une soirée comme on les voudrait toutes.
A qui de droit. Envoyé sans relecture après 8 heures de sommeil en 48 heures, en demandant l'indulgence du jury.
samedi 22 janvier 2011
FIP 42
Tout commence vraiment avec un mail d’H. pour me prévenir de la présence de deux encordeurs : F.JD. et A.S.
Coup au cœur.
Malgré l’énorme intimité développée avec N. qui donnent à nos jeux de cordes une complicité spontanée, je garde un souvenir ému d’A.S.
D’abord parce qu’il nous a donné notre première corde et que sans celle-là d’autres ne seraient pas venues s’y ajouter, ensuite parce que mo play-partenaire a bien accroché que lui et A.MoR. et surtout parce qu’il avait su généré des sensations profondément touchantes pour moi.
Je flotte sur un petit nuage de joie chantonnante et je brûle d’impatience de confronter mon premier ressenti à une nouvelle expérience.
Un peu comme après le premier acid, on se demande si ça fera vraiment pareil - entendre aussi bien - au deuxième.
Finalement avec tout le bordel à ramener, c’est plus simple de venir en voiture, donc on arrive en avance et on squatte chez H. en attendant.
Arrivée devant la salle, porte close, coup de fil habituel à B., tambourinage à la porte et finalement à la place de B. c’est A.S. qui arrive.
Tralala !
On installe tous ensemble et entre M., T., A.S., le nombre de mains supplémentaires se fait bien sentir et sans les galères de punaises et de son, on aurait sûrement pu se poser vraiment tranquillement avant le début.
Là-dessus, la fermeture de mon bustier décide de lâcher, Melle Ilo me dépanne d’une robe pour laquelle, je finirais bien par craquer.
Je reviens dans la salle, à un moment, N. se matérialise devant moi, mais il y a encore une galère à gérer et je dois partir bricoler un truc. Quand je reviens, j’ai l’impression que N. a monopolisé la place qu’A.S. s’était installée comme il l’avait déjà avec F.JD., malgré mon affection pour lui, c’est une attitude qui m’agace. Je proteste mais A.S. assure que tout va bien.
Enfin, la soirée finit par commencer. Assez rapidement, A.S. vient me proposer un jeu de cordes et cela m’arrange avec la programmation de FLESH sur la soirée, je ne serais pas aussi disponible que je peux l’être.
Il me regarde dans les yeux en retirant sa gigantesque écharpe tout en me disant :
“Les cordes, c’est pour les filles”.
Et sur le moment, je ne comprends pas bien à quoi il fait référence, je vois surtout cette incroyable écharpe qui n’en finit pas et qui donne une image similaire à celle des cheveux de Raiponce. Et il faudra que je regarde si l’analyse psychanalytique de ce conte parle de lien.
Puis il me prend les mains dans le dos avec ses gestes fermes et définitifs qui appartenaient au souvenir qu’il m’avait laissé. La réalité se confond avec la mémoire et prend un côté de dédoublement, réalité du souvenir renforcée par la réalité de la sensation. L’esprit s’embrouille lui-même alors qu’A.S. me laisse glisser au sol d’une manière que je comprendrais vraiment qu’en la voyant en photo.
Et logiquement, je compare mentalement les deux façons de mise au sol que j’ai pu côtoyer. Cette façon de me glisser au sol en m’appuyant contre lui de N. tout en accompagnant mon mouvement et celle d’A.S. où le lien physique devient autre chose comme une sorte de prolongement de lui-même.
C’est subtil mais tellement essentiel comme différence que j’aimerais vraiment mettre des mots corrects dessus.
Et je touche vraiment du doigt, ces longues conversations via forum sur les différentes approches et les deux grandes écoles même si je reste convaincue que c’est encore trop réducteur.
Une approche qui se centre principalement sur l’esthétique et sur le show, qu’il s’agisse de ses mouvements théâtralement exagérés, de sa tenue ou des postures qu’il donne.
Alors qu’effectivement, A.S. s’absorbe plus sur l’efficacité des liens.
Dans les deux cas, le résultat pourrait être le même, puisque finalement les deux ambitions se joignent dans le bondage, celui qui cherche l’esthétique aura quand même des passages de cordes contraignants et celui qui cherche la contrainte aura quand même une recherche esthétique.
Mais au final, le ressenti sera totalement différent.
Et d’une certaine manière assez simpliste, on peut aussi en tirer des conclusions pas complètement dénuée de sens. Celui qui cherche l’esthétique se centre sur lui-même et l’image qu’il donne pour compléter son tableau idéal du show alors que celui qui cherche la contrainte, se centre sur les limites des mouvements du modèle et donc sur le modèle.
Quelque part, l’un donne l’illusion de faire ce que l’autre fait réellement. Et si je tire le fil de ma pensée, les mots se mettent en place seuls. L’un est un artiste alors que l’autre est un artisan.
Et voilà que l’étymologie même des termes me renvoie à ma propre conviction. Artisan : celui qui met son art au service d’autrui. Bref, fin de digression.
II me place au sol en utilisant le lien comme le fil d’un marionnettiste et là encore, il y a beaucoup à dire. Depuis le temps, j’ai quand même eu l’occasion de largement me pencher sur mes affinités avec le BDSM, de tirer tous les fils des associations d’idées que cela créait et je pense avoir une idée assez claire et rationnelle de mon relationnel à ce type d’échange. Je connais les déclics en moi et j’en connais l’origine pour la plupart. Et ma révérence immodérée pour Gord et sa façon de développer la forniphilie n’est pas plus un mystère depuis longtemps. J’ai d’ailleurs beaucoup avancé sur nos propres projets personnels avec mon play-partenaire à ce propos. Finalement, nous étions tombé d’accord sur le terme “outil” plutôt qu’objet. Et l’on retrouve encore cette idée d’artisanat.
No way dans les mains d’A.S., je me sens objet, outil, pantin, marionnette.
Et sa façon de m’amener à terre est typiquement la meilleure illustration de ce que j’essaye de formaliser avec des mots. Dix milles idées s’entrecroisent dans la brume de l’esprit fatigué sans vraiment réussir à aboutir pour se formaliser mais tout en revient toujours à cette idée d’artisan et d’objet. Et cela ouvre encore dix milles voies d’interrogations.
Une fois au sol, il saisit mes cheveux pour les prendre dans le bondage. Je repense à notre conversation avant la soirée quand je lui parlais de F.JD. et de son essai de bondage avec des cheveux.
Et cela me confirme dans la certitude qu’un bondage s’interprète un peu comme un rêve comme je lui suis reconnaissante de s’attarder assez sur mes paroles pour en noter ce genre de détail.
C’est amusant quelque part de penser qu’A.S. est l’homme de mes premières fois en bondage. Mon premier bondage “à porter”, ma première véritable suspension - avec A.MoR. c’était différent, rien qu’avec l’encadrement de la porte qui me servait d’appui -, mes premiers véritables jeux de cordes et là encore, le premier à prendre mes cheveux dans ses liens.
Et c’est quelque part, une chance que ça soit lui. Je dois bien connaître une petite dizaine d’encordeurs maintenant, enfin une petite dizaine que je connais de manière assez proche pour me faire une idée de leur jeu de corde et c’est une évidence qui ne souffre pas de discussion. J’aime définitivement sa façon d’user des liens, sa façon d’être et je devine que ce qu’il passe dans ses cordes reflète une personnalité profonde avec laquelle je me sens une sorte de communauté d’âme. Et c’est presque miraculeux que le hasard l’ait placé sur ma route pour me donner ces premières expériences même si fatalement, cela laisse peu de chance aux autres derrière...
Je veux dire, je suis touchée par la méticulosité soignée de F.JD., j’apprécie la maîtrise technique de N. et j’adore le jeu kinky-provocant d’A.MoR. alors que je suis incapable de dire précisément ce que j’aime avec A.S. tant cela couvre de nombreux aspects allant de sa façon englobante de passer les cordes, à sa manière de maintenir mes membres pour les attacher, jusque dans sa façon de serrer à m’en laisser des marques ou encore sa manière de simplement tresser une corde en attendant le début de la soirée.
Il y a tant de choses qui le détachent des autres à mes yeux que je me dis qu’il y avait quelque part assez peu de chance de le rencontrer et c’est le genre de rencontre qui réconcilie avec la vie.
Si tôt l’emprisonnement de mes cheveux, le tissu passe sur mes yeux puis dans ma bouche. Forcément, je pense à J. et c’est la dernière bride de pensée rationnelle qui me reste.
Les muscles se bandent et ressentent la vérité de la contrainte dans les bras et c’est mon essentiel. Je bascule au moment où il me bascule sur sa cuisse.
Je ressens cette sensation de “bétail” qui m’avait si fortement impressionnée avec lui, la première fois. Et il m’entraîne dans une sorte de spirale où je flotte entre différents états sans savoir vraiment dans lequel je suis.
Hyper-vigilance aux liens quand il a le génie de les passer sur des endroits-clefs pour moi, typiquement les bras ou le pied en étrier, dérive dans les cordes quand ses mouvements sont moins chargés de sens symbolique pour moi, réceptivité à sa volonté pour tenter de faciliter les passages de cordes quand j’ai la sensation de pouvoir aider.
Comme dans ce souvenir si précis, il m’entraîne dans une succession de poses dont je ne saisis pas la finalité et qui me laisse totalement désarmée face à lui. Et c’est là que l’évidence s’impose, il n’y a qu’un seul autre homme avec qui, je ressens ce “mais qu’est-ce qu’il fait ?” presque constant - dans certains contextes spécifiques, s’entend - et cette interrogation redondante me place systématiquement dans une sorte de blanc mental qui génère toujours chez moi, un sentiment d’impuissance totale.
Et définitivement, j’aime cet encordeur.
Il finit par me rendre à moi-même et le stress de FLESH me rattrape pour passer le bondage au second plan. Sans parler du show des filles à gérer, des galères de son, d’électricité et de chauffage.
A un moment, je crois que je débarrasse des verres, je croise Antoine, et lui demande si il a besoin de quelque chose. Et là encore, il me prend au dépourvu en me répondant :
“Oui : t’attacher.”.
Cela n’est peut-être qu’une formule rhétorique mais cela me touche.
Et là encore, il y aurait beaucoup à dire. No way, je me rends de suite disponible, si il a besoin de m’attacher, ça tombe bien, moi j’ai toujours besoin d’être attachée.
Il commence par placer mes bras dans le dos puis il me maintient avec son anneau de suspension. Etre attaché à soi-même ou être attaché à quelque chose...
Moi j’ai toujours ma petite préférence sur le sujet. Le passage de nœuds me berce de manière hypnotique, le monde s’efface, la tension de la corde me berce.
Je dérive doucement quand il réveille ma vigilance en saisissant mes cheveux. Frisson.
Là aussi, il y aurait long à dire, le référentiel à Ténébreuse restant une évidence.
Je sens la corde passer dans mes cheveux pour revenir dans ma bouche et le ressenti des cordes impose l’image d’une coiffe de pony-girl dans mon esprit.
Étrange sensation de fierté comme celle de participer ,même de loin, à l’aboutissement de quelque chose de beau.
Et les images que je verrais après me confirmeront dans mon ressenti.
De nouveau, je me perds dans ses cordes puis finalement, il me tire à terre et continuer de jouer de moi en m’allongeant sur sa cuisse. Abandon, dérive, calme, plénitude.
Puis les tensions disparaissent, et je percute la réalité avec toute la violence que cela peut prendre parfois.
Je commence à ressentir des vagues de tremblements nerveux comme à chaque fois que c’est “trop fort”.
Je fuis la salle, la foule, le monde, la réalité en sortant tirer sur un joint qui amortit la chute en arrêtant mes tremblements.
Je regarde les petits brins de fibres de chanvre qui restent sur mes chaussettes et je trouve ça infiniment touchant, c’est comme avoir des marques, c’est garder une petite trace tangible d’une expérience forte.
La soirée tire à sa fin et Antoine propose un ultime jeu de corde mais aimerait trouver un coin calme, il propose le coin câlin et nous voilà parti.
C’est sans compter sur le fait que l’éclairage n’est pas celui de d’habitude et qu’on n’y voit pratiquement rien, ni sur le fait que c’est la fin de soirée et que P. a abandonné le lieu aux rapaces de fin de soirée, ni même que le matelas ondule plus qu’un bateau au moindre mouvement des uns ou des autres.
Bref, finalement, on ne s’éternise pas et j’ai comme un vague sentiment d’inachevé.
La soirée se termine, N. termine de se montrer odieux; les clients tardent plus que d’habitude mais on est toujours plus nombreux et on gagne une heure sur le démontage.
A un moment, on cause tranquillement avec A.S., je vois des marques sur mes poignets et je lui avoue qu’il est le seul à savoir me laisser des marques.
Je dois m’illuminer quand je lui parle des marques qu’il m’avait faites la première fois, il répond que :
“c’est un beau compliment”.
Et c’est une belle réponse.
A.S. restera une sorte de petit poucet discret de ma soirée, il aura laissé de petites traces de son passage un peu partout, sur ma peau ou mes vêtements, jusque dans mes yeux où j’ai trouvé une fibre de chanvre en rentrant.
Définitivement et bien plus rationnellement que la première fois, il reste mon encordeur favori.
Coup au cœur.
Malgré l’énorme intimité développée avec N. qui donnent à nos jeux de cordes une complicité spontanée, je garde un souvenir ému d’A.S.
D’abord parce qu’il nous a donné notre première corde et que sans celle-là d’autres ne seraient pas venues s’y ajouter, ensuite parce que mo play-partenaire a bien accroché que lui et A.MoR. et surtout parce qu’il avait su généré des sensations profondément touchantes pour moi.
Je flotte sur un petit nuage de joie chantonnante et je brûle d’impatience de confronter mon premier ressenti à une nouvelle expérience.
Un peu comme après le premier acid, on se demande si ça fera vraiment pareil - entendre aussi bien - au deuxième.
Finalement avec tout le bordel à ramener, c’est plus simple de venir en voiture, donc on arrive en avance et on squatte chez H. en attendant.
Arrivée devant la salle, porte close, coup de fil habituel à B., tambourinage à la porte et finalement à la place de B. c’est A.S. qui arrive.
Tralala !
On installe tous ensemble et entre M., T., A.S., le nombre de mains supplémentaires se fait bien sentir et sans les galères de punaises et de son, on aurait sûrement pu se poser vraiment tranquillement avant le début.
Là-dessus, la fermeture de mon bustier décide de lâcher, Melle Ilo me dépanne d’une robe pour laquelle, je finirais bien par craquer.
Je reviens dans la salle, à un moment, N. se matérialise devant moi, mais il y a encore une galère à gérer et je dois partir bricoler un truc. Quand je reviens, j’ai l’impression que N. a monopolisé la place qu’A.S. s’était installée comme il l’avait déjà avec F.JD., malgré mon affection pour lui, c’est une attitude qui m’agace. Je proteste mais A.S. assure que tout va bien.
Enfin, la soirée finit par commencer. Assez rapidement, A.S. vient me proposer un jeu de cordes et cela m’arrange avec la programmation de FLESH sur la soirée, je ne serais pas aussi disponible que je peux l’être.
Il me regarde dans les yeux en retirant sa gigantesque écharpe tout en me disant :
“Les cordes, c’est pour les filles”.
Et sur le moment, je ne comprends pas bien à quoi il fait référence, je vois surtout cette incroyable écharpe qui n’en finit pas et qui donne une image similaire à celle des cheveux de Raiponce. Et il faudra que je regarde si l’analyse psychanalytique de ce conte parle de lien.
Puis il me prend les mains dans le dos avec ses gestes fermes et définitifs qui appartenaient au souvenir qu’il m’avait laissé. La réalité se confond avec la mémoire et prend un côté de dédoublement, réalité du souvenir renforcée par la réalité de la sensation. L’esprit s’embrouille lui-même alors qu’A.S. me laisse glisser au sol d’une manière que je comprendrais vraiment qu’en la voyant en photo.
Et logiquement, je compare mentalement les deux façons de mise au sol que j’ai pu côtoyer. Cette façon de me glisser au sol en m’appuyant contre lui de N. tout en accompagnant mon mouvement et celle d’A.S. où le lien physique devient autre chose comme une sorte de prolongement de lui-même.
C’est subtil mais tellement essentiel comme différence que j’aimerais vraiment mettre des mots corrects dessus.
Et je touche vraiment du doigt, ces longues conversations via forum sur les différentes approches et les deux grandes écoles même si je reste convaincue que c’est encore trop réducteur.
Une approche qui se centre principalement sur l’esthétique et sur le show, qu’il s’agisse de ses mouvements théâtralement exagérés, de sa tenue ou des postures qu’il donne.
Alors qu’effectivement, A.S. s’absorbe plus sur l’efficacité des liens.
Dans les deux cas, le résultat pourrait être le même, puisque finalement les deux ambitions se joignent dans le bondage, celui qui cherche l’esthétique aura quand même des passages de cordes contraignants et celui qui cherche la contrainte aura quand même une recherche esthétique.
Mais au final, le ressenti sera totalement différent.
Et d’une certaine manière assez simpliste, on peut aussi en tirer des conclusions pas complètement dénuée de sens. Celui qui cherche l’esthétique se centre sur lui-même et l’image qu’il donne pour compléter son tableau idéal du show alors que celui qui cherche la contrainte, se centre sur les limites des mouvements du modèle et donc sur le modèle.
Quelque part, l’un donne l’illusion de faire ce que l’autre fait réellement. Et si je tire le fil de ma pensée, les mots se mettent en place seuls. L’un est un artiste alors que l’autre est un artisan.
Et voilà que l’étymologie même des termes me renvoie à ma propre conviction. Artisan : celui qui met son art au service d’autrui. Bref, fin de digression.
II me place au sol en utilisant le lien comme le fil d’un marionnettiste et là encore, il y a beaucoup à dire. Depuis le temps, j’ai quand même eu l’occasion de largement me pencher sur mes affinités avec le BDSM, de tirer tous les fils des associations d’idées que cela créait et je pense avoir une idée assez claire et rationnelle de mon relationnel à ce type d’échange. Je connais les déclics en moi et j’en connais l’origine pour la plupart. Et ma révérence immodérée pour Gord et sa façon de développer la forniphilie n’est pas plus un mystère depuis longtemps. J’ai d’ailleurs beaucoup avancé sur nos propres projets personnels avec mon play-partenaire à ce propos. Finalement, nous étions tombé d’accord sur le terme “outil” plutôt qu’objet. Et l’on retrouve encore cette idée d’artisanat.
No way dans les mains d’A.S., je me sens objet, outil, pantin, marionnette.
Et sa façon de m’amener à terre est typiquement la meilleure illustration de ce que j’essaye de formaliser avec des mots. Dix milles idées s’entrecroisent dans la brume de l’esprit fatigué sans vraiment réussir à aboutir pour se formaliser mais tout en revient toujours à cette idée d’artisan et d’objet. Et cela ouvre encore dix milles voies d’interrogations.
Une fois au sol, il saisit mes cheveux pour les prendre dans le bondage. Je repense à notre conversation avant la soirée quand je lui parlais de F.JD. et de son essai de bondage avec des cheveux.
Et cela me confirme dans la certitude qu’un bondage s’interprète un peu comme un rêve comme je lui suis reconnaissante de s’attarder assez sur mes paroles pour en noter ce genre de détail.
C’est amusant quelque part de penser qu’A.S. est l’homme de mes premières fois en bondage. Mon premier bondage “à porter”, ma première véritable suspension - avec A.MoR. c’était différent, rien qu’avec l’encadrement de la porte qui me servait d’appui -, mes premiers véritables jeux de cordes et là encore, le premier à prendre mes cheveux dans ses liens.
Et c’est quelque part, une chance que ça soit lui. Je dois bien connaître une petite dizaine d’encordeurs maintenant, enfin une petite dizaine que je connais de manière assez proche pour me faire une idée de leur jeu de corde et c’est une évidence qui ne souffre pas de discussion. J’aime définitivement sa façon d’user des liens, sa façon d’être et je devine que ce qu’il passe dans ses cordes reflète une personnalité profonde avec laquelle je me sens une sorte de communauté d’âme. Et c’est presque miraculeux que le hasard l’ait placé sur ma route pour me donner ces premières expériences même si fatalement, cela laisse peu de chance aux autres derrière...
Je veux dire, je suis touchée par la méticulosité soignée de F.JD., j’apprécie la maîtrise technique de N. et j’adore le jeu kinky-provocant d’A.MoR. alors que je suis incapable de dire précisément ce que j’aime avec A.S. tant cela couvre de nombreux aspects allant de sa façon englobante de passer les cordes, à sa manière de maintenir mes membres pour les attacher, jusque dans sa façon de serrer à m’en laisser des marques ou encore sa manière de simplement tresser une corde en attendant le début de la soirée.
Il y a tant de choses qui le détachent des autres à mes yeux que je me dis qu’il y avait quelque part assez peu de chance de le rencontrer et c’est le genre de rencontre qui réconcilie avec la vie.
Si tôt l’emprisonnement de mes cheveux, le tissu passe sur mes yeux puis dans ma bouche. Forcément, je pense à J. et c’est la dernière bride de pensée rationnelle qui me reste.
Les muscles se bandent et ressentent la vérité de la contrainte dans les bras et c’est mon essentiel. Je bascule au moment où il me bascule sur sa cuisse.
Je ressens cette sensation de “bétail” qui m’avait si fortement impressionnée avec lui, la première fois. Et il m’entraîne dans une sorte de spirale où je flotte entre différents états sans savoir vraiment dans lequel je suis.
Hyper-vigilance aux liens quand il a le génie de les passer sur des endroits-clefs pour moi, typiquement les bras ou le pied en étrier, dérive dans les cordes quand ses mouvements sont moins chargés de sens symbolique pour moi, réceptivité à sa volonté pour tenter de faciliter les passages de cordes quand j’ai la sensation de pouvoir aider.
Comme dans ce souvenir si précis, il m’entraîne dans une succession de poses dont je ne saisis pas la finalité et qui me laisse totalement désarmée face à lui. Et c’est là que l’évidence s’impose, il n’y a qu’un seul autre homme avec qui, je ressens ce “mais qu’est-ce qu’il fait ?” presque constant - dans certains contextes spécifiques, s’entend - et cette interrogation redondante me place systématiquement dans une sorte de blanc mental qui génère toujours chez moi, un sentiment d’impuissance totale.
Et définitivement, j’aime cet encordeur.
Il finit par me rendre à moi-même et le stress de FLESH me rattrape pour passer le bondage au second plan. Sans parler du show des filles à gérer, des galères de son, d’électricité et de chauffage.
A un moment, je crois que je débarrasse des verres, je croise Antoine, et lui demande si il a besoin de quelque chose. Et là encore, il me prend au dépourvu en me répondant :
“Oui : t’attacher.”.
Cela n’est peut-être qu’une formule rhétorique mais cela me touche.
Et là encore, il y aurait beaucoup à dire. No way, je me rends de suite disponible, si il a besoin de m’attacher, ça tombe bien, moi j’ai toujours besoin d’être attachée.
Il commence par placer mes bras dans le dos puis il me maintient avec son anneau de suspension. Etre attaché à soi-même ou être attaché à quelque chose...
![]() |
| Cordes : A.S. - photo : Kane JC Þórnwyrd |
Je dérive doucement quand il réveille ma vigilance en saisissant mes cheveux. Frisson.
Là aussi, il y aurait long à dire, le référentiel à Ténébreuse restant une évidence.
Je sens la corde passer dans mes cheveux pour revenir dans ma bouche et le ressenti des cordes impose l’image d’une coiffe de pony-girl dans mon esprit.
![]() |
| Cordes : A.S. - photo : Fab Crobard |
![]() |
| Cordes : A.S. - photo : Kane JC Þórnwyrd |
![]() |
| Cordes : A.S. - photo : Kane JC Þórnwyrd |
Je fuis la salle, la foule, le monde, la réalité en sortant tirer sur un joint qui amortit la chute en arrêtant mes tremblements.
Je regarde les petits brins de fibres de chanvre qui restent sur mes chaussettes et je trouve ça infiniment touchant, c’est comme avoir des marques, c’est garder une petite trace tangible d’une expérience forte.
La soirée tire à sa fin et Antoine propose un ultime jeu de corde mais aimerait trouver un coin calme, il propose le coin câlin et nous voilà parti.
C’est sans compter sur le fait que l’éclairage n’est pas celui de d’habitude et qu’on n’y voit pratiquement rien, ni sur le fait que c’est la fin de soirée et que P. a abandonné le lieu aux rapaces de fin de soirée, ni même que le matelas ondule plus qu’un bateau au moindre mouvement des uns ou des autres.
Bref, finalement, on ne s’éternise pas et j’ai comme un vague sentiment d’inachevé.
La soirée se termine, N. termine de se montrer odieux; les clients tardent plus que d’habitude mais on est toujours plus nombreux et on gagne une heure sur le démontage.
A un moment, on cause tranquillement avec A.S., je vois des marques sur mes poignets et je lui avoue qu’il est le seul à savoir me laisser des marques.
Je dois m’illuminer quand je lui parle des marques qu’il m’avait faites la première fois, il répond que :
“c’est un beau compliment”.
Et c’est une belle réponse.
A.S. restera une sorte de petit poucet discret de ma soirée, il aura laissé de petites traces de son passage un peu partout, sur ma peau ou mes vêtements, jusque dans mes yeux où j’ai trouvé une fibre de chanvre en rentrant.
Définitivement et bien plus rationnellement que la première fois, il reste mon encordeur favori.
samedi 28 août 2010
FIP 37
J'aime les jeux de contraintes et je ne le cache pas.
Explorer les limites de mes mouvements, prendre conscience de mon impuissance restent des sensations particulièrement gratifiantes de mon point de vue. Et même si mon play-partenaire pratique avec moi diverses formes de contraintes, le shibari n'appartient pas à la sphère habituelle de nos jeux. Mais ma nature gourmande et curieuse ne rate jamais une occasion de se prêter à d'autres jeux.
Alors évidement, quand je lis "espace shibari" dans la présentation de la FIP, je me sens hautement concernée d'autant qu'un des pratiquants pressenti est l'auteur de ma première suspension et je pose mentalement une sorte de réservation sur le shibari avec la mention "au moins une fois".
Je me fais connaître comme volontaire dès le début de la soirée et une fois, la première suspension mise en place, mon tour arrive. Prise de contact sur le sujet : oui j'ai déjà fait une suspension, non, jamais je n'aurais eu l'outrecuidance de demander quelque chose de précis puisque dans mon esprit, on m'accorde déjà une sorte de faveur en pratiquant du shibari sur/pour moi.
L'encordeur propose de me faire un shibari que je pourrais garder quelques heures. Stupéfaction, je pense que je n'y aurais jamais pensé seule, pas fautes d'avoir déjà vu ce genre de pratique mais surtout parce que j'y place une intention intime qui ne s'adapte pas forcément à l'esprit "soirée" - toujours, ce côté naïvement "romantique" chez moi...
J'accepte de suite et des cordes rouges se mettent en place pour m'enserrer en commençant par un sorte de noeud en collier avec cette dextérité propre aux manieurs de cordes, gestes précis effectués avec une certitude qui les rend impératifs et qui touche nécessairement quelque chose en moi. Sa manière d'ajuster les cordes sur mon corps est englobante et assez différente de ce que j'ai pu découvrir la première fois même si mon attitude reste la même, faciliter au mieux la tâche de celui qui accepte de me donner de son temps pour ce jeu.
Le laçage se termine, je ressens la contrainte mais mes mouvements ont gardés toute leur latitude, la sensation tient plus du corset que des cordes quelque part. L'essentiel du jeu de cordes est dans mon dos et l'encordeur me suggère d'aller voir le résultat dans un miroir puis de revenir quand je jugerais les cordes trop inconfortables.
Quelque part, j'espère bien les conserver l'essentiel de la soirée comptant sur mon endurance à porter du latex et donc à m'abstenir de fréquenter les toilettes - trop pénible d'ôter et de remettre le latex. Je me dirige vers un miroir traversant la salle avec les cordes plaquées sur moi, j'ai comme une sensation d'ivresse subtile où le monde tangue et j'espère que mon pas est plus assuré que je ne le suis.
Comme souvent dans ces cas-là, j'aimerais prendre du temps pour moi, toucher la contrainte et lui laisser prendre une sorte de vérité mais ma pudeur m'interdit encore ce genre de geste public où je place une grande notion d'intimité. Logiquement, le petit miroir des toilettes ne permet que mal d'apprécier les liens qui se croisent et se nouent dans mon dos. Je reviens vaguement déçue parce que quelque part, l'essentiel n'est pas de voir la contrainte mais de la ressentir.
Soudain, Master Of Rings semble
surgir du néant et me saisit la main pour aller nous exposer à la
lumière crue du studio photo. Il me place à ses pieds, la tête sur ses
genoux et là aussi, je bascule dans l'intime. J'ai, comme un instant
de panique quand je saisis le sens de ce qu'il me demande et même, si
c'est un jeu l'espace d'une photo, l'attitude qu'il me demande est
émotionnellement chargée d'un sens loin d'être neutre de mon point de
vue. J'obtempère avec une sensation picotante d'interdit.
Quelques poses photos, une vue centrée sur mon dos pour apprécier le
jeu de cordes et me voilà, rendue à moi-même avec la brutalité de la
réalité.
Le temps s'écoule doucement et j'oublie rapidement que je porte des cordes. Mais, la nature me rattrape et finalement, je dois me faire ôter les cordes pour soulager ma vessie.
J'ai du laisser paraître ma déception et spontanément, il est question d'un autre jeu de cordes une fois mes occupations terminées. Je reviens rapidement voir l'encordeur sans savoir ce qu'il va me faire et sans que la question ne m'effleure vraiment l'esprit.
Il
place mes bras en les pliant dans mon dos. Je crois que je devine
qu'il est question de suspension mais cela n'a pas vraiment
d'importance, les mouvements englobants de l'encordeur et la mise en
place des liens mobilisent toute mon attention pour comprendre ce que
l'on attend de moi et essayer d'anticiper les gestes pour les
faciliter. Les cordes m'enserrent les bras avec force, je devine que
la circulation sera rapidement coupées dans mes mains. La présence des
liens est sûre mais sans violence, c'est difficile de retranscrire
précisément cette sensation définitive d'immobilité alors que
paradoxalement nulle violence n'est faite ou ressentie pour aboutir à
ce résultat ; quand, dans l'inconscient collectif la privation de
liberté est souvent associée à cette idée de violence justement.
Puis c'est la sensation de suspension qui mobilise mon esprit. La
première fois j'étais coincée dans l'encadrement d'une porte qui
servait de support et mes bras étaient libres. Cette fois, je suis
totalement dépourvue d'appui et les cordes sont mon seul soutien.
Bizarrement, le fait d'explorer la suspension et les liens en me
contorsionnant me semble bien moins impudique à faire qu'avec mes
mains - et il y aurait sans doute beaucoup à dire sur ce sujet, issu
du tabou chrétien sur l'auto-satisfaction.
Une fois, bien ressentie ma contrainte, je me laisse à dériver en elle. Je crois que l'encordeur me demande si j'ai besoin de quelque chose, je crois qu'il parle de bander mes yeux mais je ne sais même pas si je réponds tant je suis absorbée par les liens. Il déplace quelque chose dans la suspension et la tension de mes bras se relâche un peu. Malgré tout, je ressens des picotements typiques dans mes mains et je les remue doucement pour stimuler la circulation sanguine. Le manieur de cordes perçoit mon mouvement et touche ma main d'un geste de papillon.
Puis il commence à me délier et je m'en veux pour cette main froide qu'il a frôlée et qui a signifié la fin de la suspension. Les liens tombent à mes pieds, je suis vaguement étourdie, voilà c'est terminé. L'empreinte des cordes apparaît sur mes bras, j'aime passer mon doigt dessus et ressentir le dessin de la corde dans ma chair, cela correspond tellement à la sensation englobante que j'ai ressenti que tout semble tenir d'une certaine logique.
Je tremble du contrecoup nerveux comme souvent après la contrainte chez moi, preuve de la charge émotionnelle que je place dans des instants comme celui-là.
La soirée se poursuit et tire à sa fin, le manieur de corde me signifie qu'il va bientôt ranger. Je laisse paraître ma déception de gourmande jamais rassasiée et il me propose un dernier jeu. Comme si le sort voulait s'amuser de moi, c'est le moment où il est le plus sollicité de la soirée. Je suis déçue mais je m'estime déjà chanceuse d'avoir bénéficié de ses cordes par deux fois. Je m'amuse avec la barre de contrainte suspendue en me balançant avec, je crois que je parle avec quelqu'un. Quand mes deux bras sont saisis et tiré en arrière.
Je reconnais instantanément la façon de me toucher avant même que les cordes ne m'effleurent. Cette certitude qui ne souffre aucune discussion dans le mouvement, ces gestes englobants qui laissent présager la corde avant même qu'elle ne soit en place.
Et dans sa manière de faire, je devine que chaque encordeur a sa façon de procéder et que certaines me conviendront mieux que d'autres, la sienne particulièrement...
Il essaye de me suspendre avec la barre de contrainte mais les chaînes ne répondent pas comme il le souhaite, la barre tourne trop près de ma tête alors il tire sur les liens déjà placé sur moi et m'emmène vers ses anneaux de suspension. Il me parle peu, tout passe dans le geste, générant une sorte d’hyper-vigilance à l'autre pour répondre au mieux de ses désirs. Il continue de placer ses liens sur moi et finalement, tire sur la corde pour me signifier de m'allonger à ses pieds.
Déstabilisant cette laisse qu'il a fait de ses liens pour me manier dans le sens qu'il souhaite, déstabilisant d'être aux pieds d'un autre pour la deuxième fois de la soirée...
Je suis allongée sur les cordes du précédent shibari qu'il a effectué, je sens les cordes entre moi et le sol, tout en sentant aussi les cordes qu'il place sur moi. Les liens se mettent en place, toujours avec cette sensation englobante qui me submerge.
De temps en temps, je sens qu'il tire sur une corde sous moi et j'essaye de faciliter la récupération de la chose en me soulevant dans le peu de latitude de mouvement qu'il me reste. Il termine de m'attacher, me laisse profiter de la position quelques instants et recommence à manipuler les cordes, sans doute pour me libérer.
Mais en fait, il me maintient toujours et enchaîne une autre position. La succession de positions me laisse stupéfaite un instant puis je m'abandonne au jeu. Il place un bandeau sur mes yeux et quelque part, je lui suis gré de me permettre de fermer les yeux en toute intimité.
Cela décuple ma sensibilité à l'autre, je sens presque le déplacement d'air de ses mouvements avant qu'il ne les exécute, toujours avec cette précision nette propre aux manieurs de cordes qui me touche tant.
Je devine qu'il se penche vers mon oreille, il me demande si il continue. J'acquiesce sans une hésitation, la plénitude de mon immobilité ne souffre aucune transigeance.
Il dénoue de nouveau certains liens et me place assise, toujours sans un mot, juste en utilisant la corde comme moyen de me faire passer ses souhaits.
Et le symbolisme de son jeu de corde m'apparaît clairement, la corde sert de lien entre nous bien plus que de liens sur moi quelque part. La relation dans laquelle cela nous place est presque troublante et prend une dimension sensuelle que j'essayais d'occulter jusque là.
J'abdique et je me laisse aller à l'englobement de ses mouvements et de ses liens.
Il me demande encore si je souhaite qu'il arrête, je ressaisis la réalité une minute, le temps de lui faire passer que non.
Et, je me laisse à dériver dans la succession de liens et de nœuds. Puis finalement, les liens s'ôtent sans en générer de nouveaux. Je suis toujours assise, les liens tombent, le bandeau aussi.
J'ouvre les yeux et percute le monde avec violence. Je crois que je me frotte les yeux comme on se réveille pour reprendre contact avec la réalité.
Je devine que je remercie mon encordeur d'un soir avec la certitude de ne pas savoir faire passer ne serait-ce que la moitié de ma gratitude dans de simples mots.
De cette deuxième expérience de shibari, je retiendrais ses mouvements englobants qui m'ont particulièrement touchée, cette emprise imposée dans le geste avant même la corde et qui rend la corde à son état d'outil en sublimant la précision technique de l'exécuteur.
Mais mon report serait incomplet si je ne parlais pas aussi des marques laissées par la corde, que ce soit le relief du lien dans ma chair quelques temps après ou des rougeurs que je porte encore le surlendemain qui donnent une continuité à une expérience grandement satisfaisante de mon point de vue.
Merci à qui de droit.
Explorer les limites de mes mouvements, prendre conscience de mon impuissance restent des sensations particulièrement gratifiantes de mon point de vue. Et même si mon play-partenaire pratique avec moi diverses formes de contraintes, le shibari n'appartient pas à la sphère habituelle de nos jeux. Mais ma nature gourmande et curieuse ne rate jamais une occasion de se prêter à d'autres jeux.
Alors évidement, quand je lis "espace shibari" dans la présentation de la FIP, je me sens hautement concernée d'autant qu'un des pratiquants pressenti est l'auteur de ma première suspension et je pose mentalement une sorte de réservation sur le shibari avec la mention "au moins une fois".
Je me fais connaître comme volontaire dès le début de la soirée et une fois, la première suspension mise en place, mon tour arrive. Prise de contact sur le sujet : oui j'ai déjà fait une suspension, non, jamais je n'aurais eu l'outrecuidance de demander quelque chose de précis puisque dans mon esprit, on m'accorde déjà une sorte de faveur en pratiquant du shibari sur/pour moi.
L'encordeur propose de me faire un shibari que je pourrais garder quelques heures. Stupéfaction, je pense que je n'y aurais jamais pensé seule, pas fautes d'avoir déjà vu ce genre de pratique mais surtout parce que j'y place une intention intime qui ne s'adapte pas forcément à l'esprit "soirée" - toujours, ce côté naïvement "romantique" chez moi...
J'accepte de suite et des cordes rouges se mettent en place pour m'enserrer en commençant par un sorte de noeud en collier avec cette dextérité propre aux manieurs de cordes, gestes précis effectués avec une certitude qui les rend impératifs et qui touche nécessairement quelque chose en moi. Sa manière d'ajuster les cordes sur mon corps est englobante et assez différente de ce que j'ai pu découvrir la première fois même si mon attitude reste la même, faciliter au mieux la tâche de celui qui accepte de me donner de son temps pour ce jeu.
Le laçage se termine, je ressens la contrainte mais mes mouvements ont gardés toute leur latitude, la sensation tient plus du corset que des cordes quelque part. L'essentiel du jeu de cordes est dans mon dos et l'encordeur me suggère d'aller voir le résultat dans un miroir puis de revenir quand je jugerais les cordes trop inconfortables.
Quelque part, j'espère bien les conserver l'essentiel de la soirée comptant sur mon endurance à porter du latex et donc à m'abstenir de fréquenter les toilettes - trop pénible d'ôter et de remettre le latex. Je me dirige vers un miroir traversant la salle avec les cordes plaquées sur moi, j'ai comme une sensation d'ivresse subtile où le monde tangue et j'espère que mon pas est plus assuré que je ne le suis.
Comme souvent dans ces cas-là, j'aimerais prendre du temps pour moi, toucher la contrainte et lui laisser prendre une sorte de vérité mais ma pudeur m'interdit encore ce genre de geste public où je place une grande notion d'intimité. Logiquement, le petit miroir des toilettes ne permet que mal d'apprécier les liens qui se croisent et se nouent dans mon dos. Je reviens vaguement déçue parce que quelque part, l'essentiel n'est pas de voir la contrainte mais de la ressentir.
![]() |
| Cordes par A.S. - Photo par Her-v |
Le temps s'écoule doucement et j'oublie rapidement que je porte des cordes. Mais, la nature me rattrape et finalement, je dois me faire ôter les cordes pour soulager ma vessie.
J'ai du laisser paraître ma déception et spontanément, il est question d'un autre jeu de cordes une fois mes occupations terminées. Je reviens rapidement voir l'encordeur sans savoir ce qu'il va me faire et sans que la question ne m'effleure vraiment l'esprit.
![]() |
| Cordes par A.S. - Photo par Dick Laurent (http://www.dicklaurent.net/) |
![]() |
| Cordes par A.S. - Photo par Dick Laurent (http://www.dicklaurent.net/) |
Une fois, bien ressentie ma contrainte, je me laisse à dériver en elle. Je crois que l'encordeur me demande si j'ai besoin de quelque chose, je crois qu'il parle de bander mes yeux mais je ne sais même pas si je réponds tant je suis absorbée par les liens. Il déplace quelque chose dans la suspension et la tension de mes bras se relâche un peu. Malgré tout, je ressens des picotements typiques dans mes mains et je les remue doucement pour stimuler la circulation sanguine. Le manieur de cordes perçoit mon mouvement et touche ma main d'un geste de papillon.
![]() |
| Cordes par A.S. - Photo par Dick Laurent (http://www.dicklaurent.net/) |
Je tremble du contrecoup nerveux comme souvent après la contrainte chez moi, preuve de la charge émotionnelle que je place dans des instants comme celui-là.
La soirée se poursuit et tire à sa fin, le manieur de corde me signifie qu'il va bientôt ranger. Je laisse paraître ma déception de gourmande jamais rassasiée et il me propose un dernier jeu. Comme si le sort voulait s'amuser de moi, c'est le moment où il est le plus sollicité de la soirée. Je suis déçue mais je m'estime déjà chanceuse d'avoir bénéficié de ses cordes par deux fois. Je m'amuse avec la barre de contrainte suspendue en me balançant avec, je crois que je parle avec quelqu'un. Quand mes deux bras sont saisis et tiré en arrière.
Je reconnais instantanément la façon de me toucher avant même que les cordes ne m'effleurent. Cette certitude qui ne souffre aucune discussion dans le mouvement, ces gestes englobants qui laissent présager la corde avant même qu'elle ne soit en place.
Et dans sa manière de faire, je devine que chaque encordeur a sa façon de procéder et que certaines me conviendront mieux que d'autres, la sienne particulièrement...
Il essaye de me suspendre avec la barre de contrainte mais les chaînes ne répondent pas comme il le souhaite, la barre tourne trop près de ma tête alors il tire sur les liens déjà placé sur moi et m'emmène vers ses anneaux de suspension. Il me parle peu, tout passe dans le geste, générant une sorte d’hyper-vigilance à l'autre pour répondre au mieux de ses désirs. Il continue de placer ses liens sur moi et finalement, tire sur la corde pour me signifier de m'allonger à ses pieds.
Déstabilisant cette laisse qu'il a fait de ses liens pour me manier dans le sens qu'il souhaite, déstabilisant d'être aux pieds d'un autre pour la deuxième fois de la soirée...
Je suis allongée sur les cordes du précédent shibari qu'il a effectué, je sens les cordes entre moi et le sol, tout en sentant aussi les cordes qu'il place sur moi. Les liens se mettent en place, toujours avec cette sensation englobante qui me submerge.
De temps en temps, je sens qu'il tire sur une corde sous moi et j'essaye de faciliter la récupération de la chose en me soulevant dans le peu de latitude de mouvement qu'il me reste. Il termine de m'attacher, me laisse profiter de la position quelques instants et recommence à manipuler les cordes, sans doute pour me libérer.
Mais en fait, il me maintient toujours et enchaîne une autre position. La succession de positions me laisse stupéfaite un instant puis je m'abandonne au jeu. Il place un bandeau sur mes yeux et quelque part, je lui suis gré de me permettre de fermer les yeux en toute intimité.
Cela décuple ma sensibilité à l'autre, je sens presque le déplacement d'air de ses mouvements avant qu'il ne les exécute, toujours avec cette précision nette propre aux manieurs de cordes qui me touche tant.
Je devine qu'il se penche vers mon oreille, il me demande si il continue. J'acquiesce sans une hésitation, la plénitude de mon immobilité ne souffre aucune transigeance.
Il dénoue de nouveau certains liens et me place assise, toujours sans un mot, juste en utilisant la corde comme moyen de me faire passer ses souhaits.
Et le symbolisme de son jeu de corde m'apparaît clairement, la corde sert de lien entre nous bien plus que de liens sur moi quelque part. La relation dans laquelle cela nous place est presque troublante et prend une dimension sensuelle que j'essayais d'occulter jusque là.
J'abdique et je me laisse aller à l'englobement de ses mouvements et de ses liens.
Il me demande encore si je souhaite qu'il arrête, je ressaisis la réalité une minute, le temps de lui faire passer que non.
Et, je me laisse à dériver dans la succession de liens et de nœuds. Puis finalement, les liens s'ôtent sans en générer de nouveaux. Je suis toujours assise, les liens tombent, le bandeau aussi.
J'ouvre les yeux et percute le monde avec violence. Je crois que je me frotte les yeux comme on se réveille pour reprendre contact avec la réalité.
Je devine que je remercie mon encordeur d'un soir avec la certitude de ne pas savoir faire passer ne serait-ce que la moitié de ma gratitude dans de simples mots.
De cette deuxième expérience de shibari, je retiendrais ses mouvements englobants qui m'ont particulièrement touchée, cette emprise imposée dans le geste avant même la corde et qui rend la corde à son état d'outil en sublimant la précision technique de l'exécuteur.
Mais mon report serait incomplet si je ne parlais pas aussi des marques laissées par la corde, que ce soit le relief du lien dans ma chair quelques temps après ou des rougeurs que je porte encore le surlendemain qui donnent une continuité à une expérience grandement satisfaisante de mon point de vue.
Merci à qui de droit.
Inscription à :
Articles (Atom)









