samedi 26 février 2011

FIP 43

Une FIP en pointillé, perplexes quand au changement de rythme, déçus du manque de transparence de la salle, nous arrivons sans vraiment savoir à quelle sauce on sera mangé.
Je sais que N. vient et qu'il souhaite m'attacher même si quelque part je ne sais pas bien comment me situer du fait de son annonce sur facebook.

Et encore cette question : que faut-il donc pour être un model shibari ? avoir moins de 30 ans ?
Interrogation centrale de la soirée qui se reposera quand A.S. arrivera avec A.
Finalement, les modifications de la salle jouent plutôt en notre faveur - enfin ! - surtout au niveau du son ; malgré tout I. a oublié mon bustier et mes jupes...

La soirée se poursuit en pointillé et j'ai presque envie de repartir, d'être le "illé" du "point".
Mais il y a FLESH et de véritables personnes motivées sur ce projet et Y. qui vient à sa première soirée fétiche. Mais, il y aura toujours un mais pour se servir d'excuse à l'espoir.
Je mets ma tenue de secours et en avant. G. me fait une remarque où il est question d'être un remix d'Alice aux pays des merveilles sous acid, H. me complimente comme chaque fois que je mets ce type de haut et L. s'exclame " à qui est ce ravissant petit cul" avant de me reconnaître.
D'accord la soirée ne part si mal.

N. arrive alors que je fume dehors en causant avec C., je lui fais la remarque qu'il est seul et il ne s'étonne pas que je parle d'une chose qui ne m'était pas spécialement adressée. ça ouvre une autre réflexion sur l'espace public et l'espace privé que je ne m'étais jamais vraiment posée en ces termes et qui est totalement out of topic dans ce report.
Assez rapidement, N. vient voir comment s'organiser face aux impératifs du line-up, je lui suis reconnaissante de sa prévenance et je retrouve le gentleman en lui c'est rassurant.
Lui aussi me parle de ma tenue et me remercie, gentleman, justement.

Il me propose un premier jeu de corde et prend contact avec moi à sa façon. Quelque part c'est comme avant, tout en étant différent, moins global et plus précis comme façon de faire, je mets ça sur le compte de sa formation en Thaïlande et il confirme en me signalant que maintenant il connait le nom des muscles qu'il touche.
Vague flash de mes cours d'anatomie, je n'ai jamais aimé l'anatomie même si c'était une des matières où les professeurs étaient les plus passionné. Le corps ne m'a jamais intéressé ce n'est que l'enveloppe/le véhicule, je préfère l'esprit, c'est un tort dont je connais parfaitement les limites mais c'est dans mes choix de vie.
N. commence à lier mes mains pour les positionner au dessus de ma tête. Une autre évidence s'impose. L'intention du bondage, jusque là sous l'influence de SL, j'en restais aux distinctions propres liées aux deux écoles : bondage moderne VS shibari et le fait d'isoler l'un ou l'autre suffisait à déterminer vaguement l'intention.
Mais il y a plus qu'une simple notion d'esthétique dans le bondage qu'il soit moderne ou non. Et cette façon de me lier les mains au dessus de la tête amène une dimension de punition évidente qui ne m'avait jamais frappée jusque là et donne une vision plus claire de son jeu de cordes.
Premier bondage depuis plusieurs semaines, j'essaye de m'abandonner mais il passe ses cordes sans prendre mes bras et cela reste ma condition sine qua none.
Je constate donc encore une fois, avec affliction, combien certains éléments - liés à mon propre vécu - restent essentiels chez moi. J'aimerais comprendre d'où cela peut venir, je sens bien que c'est à rapprocher d'autres souvenirs que ceux des menottes et chaque fois que j'essaye d'analyser ce fait, le seul souvenir qui s'impose c'est celui de J. en train de me ceinturer par derrière en immobilisant précisément mes bras, le soir où j'ai failli tuer ce mec au bar. Et chaque fois que je rappelle ce souvenir c'est surtout la rage aveugle qui m'habitait à ce moment qui me revient...
Finalement, les cordes de N. passent sur mes bras et le monde bascule dans une autre dimension où les cordes sont la seule réalité. La précision de son jeu de corde me submerge et me berce alors qu'il semble tisser un cocon pour moi. Il m'englobe dans son univers par vagues qui se calquent sur la régularité de son jeu de corde.
Encore ce rapprochement à l'hypnose.
Il reste extrêmement présent derrière les cordes ce qui amplifie l'impression que les cordes ne sont qu'un prolongement de lui-même, au-delà du simple outil.
Finalement, il commence à me bercer/balancer en m'appuyant contre lui et en utilisant mes mains liés au-dessus de ma tête comme centre d'équilibre. C'est étonnant d'être cette sorte de pendule, cela rappelle certains jeux où l'on tourne sur soi-même en appui dans une corde, c'est familier comme jeu, c'est rassurant, cela va avec le cocon qu'il a tissé, tout est logique et clair.
Si clair que je n'ai pas conscience que les choses s'arrêtent juste à un moment je suis contre lui et ses mouvements indiquent qu'il me délie.
J'aime ce qu'il y a entre lui et moi dans les cordes sans pourtant savoir le formaliser.

La soirée s'enchaîne sur FLESH avec l'arrivée de T., l'ampli n'est pas le même que l'autre fois, grande confusion et défaut de son. J'apprécie de voir les gens réagir au son même si je trouve odieux la façon dont certains s'imposent au milieu du set à la manière de "salut, je viens casser ton trip".
Plusieurs détails sont à revoir pour le prochain set mais nous, trois, on reste hautement satisfait de nos conneries et c'est quand même le but de l'histoire.

N. revient me proposer un jeu de cordes. Fab a pris une pause, le matériel est seul, d'un autre côté avec les shows la marge de manœuvre est faible. Je me dis que j'arriverais bien à jeter un œil dessus au moins au début. Grande erreur.
N. me passe presque d'emblée des cordes sur les bras. Je lutte sur moi-même et finalement dérive quand même c'est la lumière du spot que je reconnais du coin de l'œil qui me prouve que j'ai échoué tout en m'indiquant que cette fois, je peux décrocher.
N. commence à me lever une jambe en me laissant le temps de chercher mon équilibre, je suis contente d'avoir mis ses chaussures-là. Et je me demande si les encordeurs ont conscience de mon état second et de la difficulté que c'est de reprendre pied psychiquement pour pouvoir le faire physiquement aussi, c'est un peu comme si je devais retrouver mon équilibre en deux fois.
Et c'est peut-être cela aussi, être un modèle shibari : ne pas avoir à reprendre pied deux fois...
Et voilà que je me retrouve suspendue dans les airs d'une manière étonnante au fur et à mesure qu'il fait évoluer les liens.
Cordes par Yoroi (http://yoroi-shibari.net/)
Photo par Her-v
Cordes par Yoroi (http://yoroi-shibari.net/)
Photo par Her-v
A un moment, c'est comme si j'étais en apesanteur sur les cuisses, je sais c'est idiot à dire comme ça mais c'est la meilleure description qui me vient. Une autre façon de disposer de soi comme avec JD.
Je crois que mes mains finissent par être un effet limitant dans la suspension et qu'il voit mes petits mouvements pour lutter contre les picotements que je ressens.
Il me ramène au sol et entreprend de me détacher. J'ai vraiment apprécié ce moment de partage.
Et pour la première fois, je prends conscience qu'il a sans doute été attaché lui aussi pour connaître aussi bien les sensations qu'il donne et c'est une idée étonnante voire étrangère dans le ressenti que j'ai de lui.

La soirée se poursuit à un rythme effréné, tout le monde s'affaire quand à un moment je pars vider les mégots dans le fumoir. En passant devant A.S. qui attache la jeune fille venue avec A., il se lève et me hurle : "Toi, justement toi !".
Je bafouille confuse que je dois finir ce que j'ai commencé et il me dit de venir après.
Mais quand j'ai terminé il est toujours avec elle. J'observe de loin en attendant qu'il est fini. Quand il a terminé, je me présente devant lui en lui suggérant de se reposer deux minutes.
Mais non, il enchaîne sans même prendre le temps de me répondre en saisissant ma main d'autorité pour la placer dans mon dos, tellement lui quelque part.
Là, où N. place de la douceur et de la rondeur, A.S. met une impériosité sans discussion qui me désarme systématiquement.
Comme j'ai reconnu les passages de cordes doux et précis de N., je reconnais la façon de maintenir mes membres d'A.S.
Il y a ce jeu idiot d'adolescent où l'on doit se reconnaître dans le noir. Je n'aimais pas ce jeu, j'avais toujours peur de me tromper. Et pourtant, je crois que si je devais reconnaître des encordeurs par leur façon de passer leurs cordes, ça je crois que je pourrais le faire, du moins avec certains avec qui j'ai une sorte d'intimité.
No way, j'ai une sensation de reconnaissance quand ils passent leurs cordes, quelque chose d’intrinsèquement physique et presque viscéral qui est totalement nouveau pour moi.
Moi qui considère le corps comme une simple enveloppe, voilà qu'il serait plus que cela avec une sorte de connaissance propre.
A.S. part d'emblée à m'attacher avec sa nouvelle trouvaille - une sorte de tube en jersey de coton - qu'il utilise comme il avait utilisé son écharpe en larges bandes qu'il module avec de fines bandes en fonction du résultat qu'il escompte.
Il y a quelque chose de la momification dans ce qu'il fait et je m'attends - espère ? - presque à retrouver des sensations proches du saran wrap.
Sa manière de me maintenir le poignet haut dans le dos avant de le croiser avec l'autre me fait spontanément penser à SL et au bondage moderne. Mais A.S. me fait souvent penser au bondage moderne. Comme dans sa façon presque systématique de poser un bandeau ou un bâillon.
Il m'entraîne dans une succession de poses où je me perds moi-même.
Dont je ne retiens que quelques poses où il s'attarde à me maintenir la tête - je découvrirais sur la vidéo qu'il a joué avec mes cheveux et j'adore vraiment ce qu'il fait avec mes dreads, il me donnerait presque une raison de ne pas les raser. ça tient de l'acceptation globale de ce que je suis et c'est quelque chose que je reconnais rarement, mes choix capillaires ayant un sens social trop marqué.
Et dans sa manière de souvent prendre la tête dans l'immobilisation, je n'arrive pas à m'empêcher de rapprocher A.S. de Gord, sa façon de me manipuler à la manière d'une barbie géante, sa manière de placer mes membres comme il le souhaite exactement comme Fab doit le faire avec sa réplique 3D de moi tiennent définitivement de ma façon d'aborder la forniphilie.
Je reconnais aussi un hogtie dans les poses qu'il me fait prendre et c'est con mais je suis contente de savoir reconnaître quelques poses surtout quand on les fait sur moi.
A un autre moment, il me suspend les jambes en l'air et je repense encore à Gord qui utilise souvent ce genre de pose pour faire un fauteuil. Et alors que je crois que je ne m'étais jamais demandé si Gord était bondage moderne ou shibari, ben j'ai une réponse évidente qui s'impose à moi dans le jeu de cordes d'A.S.
Je dois aussi parler du passage de momification du visage parce que je sais que c'est un passage qui intéressera Fab ;-p qui connaît mes angoisses sur la respiration/l'étouffement. Pour aborder cet angle, il faut envisager plusieurs éléments dont le premier est la Confiance, celle que je suis capable de donner à celui qui m'attache. Je place une dimension SSC dans les jeux de cordes quand je viens mendier un jeu de cordes, j'accepte implicitement tout ce que l'encordeur souhaitera me faire comme il accepte implicitement de gérer ma sécurité, c'est le deal et si A.S. juge utile de placer des bandes sur mon visage - a fortiori nez et bouche - implicitement il accepte de gérer l'éventuelle panique que cela pourrait engendrer chez moi. Reste que l'étouffement m'effraye dans son ressenti, c'est ce souvenir de presque noyade en Italie qui alimente sans doute ma phobie et ce souvenir est précisément lié au ressenti physique du manque d'air, sensation qui se retrouve facilement avec du saran wrap sur le visage (nez/bouche) par exemple mais qui sera différente avec une étoffe où l'air peut passer.
No way, c'est plus de l'étonnement quand A.S. passe les bandes de tissu sur mon visage mais le même étonnement que lorsqu'il l'avait fait avec son écharpe, une sorte de "mais c'est pas vraiment attacher ça ?!" qu'une sensation de crainte.
Maintenant d'une autre façon, je pense que cela joue un rôle dans la distanciation que permet ce genre de "bandage" que ça soit dans la distanciation de l'attacheur - on en revient à la forniphilie - que dans la distanciation du modèle - isolée de tout.
En pour en finir vraiment sur ce thème, le jeu de nœuds avec A.S. m'a spontanément rapproché du souvenir du vacum bed. Et je note moi-même la contradiction de mon discours. Je parle de sensation de cocon avec N. mais je parle de vacum bed avec A.S... Et même si cela peut sembler subtile, franchement de mon point de vue, il y a des sensations absolument différentes dans les deux expériences et dans leurs intentions même.
Fin de digression, A.S. m'entraîne dans un tourbillon où j'ai parfois conscience de moi-même d'une manière suraiguë et d'autres fois totalement pas. Cela a quelque chose d’enivrant quelque part si on prend le temps d'y penser.

Et finalement, il arrache les bandes devant mon nez et ma bouche et je sens bien que c'est une sorte de levée de rideaux. Et même ce geste-là est impératif, quelque chose du prestidigitateur qui réveille l'hypnotisé.
Les liens tombent et le froid me gagne. Echange de gratitude mutuelle.
Je mets mon blouson en pensant à cette perle de soumise chez Khayyam Alamut : "ça tient chaud les cordes".

La soirée est presque finie. Il y a ce gars avec ce drôle de look qui se tient debout, A.S. avait dit qu'il le connaissait et je trouve pas ça juste si c'est un encordeur que personne ne soit allé le voir même si je trouve ses cordes vraiment bizarres.
Et puis, y'a aussi cette discussion avec SL qui me dit de ne pas juger sur les cordes et A. qui utilise des cordes d'alpinisme. Alors, je décide d'aller lui proposer un petit jeu de corde.
Il me dit quelque chose que je ne comprends pas bien quand il me répond :
"Moi, ce que j'aime faire c'est d'attacher les bras et de les suspendre à bout de bras".
J'acquiesce avec ma candeur naïve comme à chaque fois qu'il s'agit de cordes.
Sa corde est bizarre : épaisse et presque rigide, il peine à maintenir vraiment ses nœuds même si les figures qu'il fait sont d'un classique basique.
Il me parle, un peu comme JD la première fois, il commente ses passages de cordes et je ne sais pas bien si c'est à moi ou à lui qu'il parle vraiment.
Puis finalement, il place ses mains à deux endroits dans mon dos pour éprouver ses liens et me dit : "on y va !".
Et voilà qu'il me bascule sur sa cuisse et me soulève à bout de bras avant de me reposer.
Je suis stupéfaite, ce type tient de Conan pour moi maintenant.
Il me repose, teste encore deux points et me re-soulève de la même façon.
On continue de parler pendant qu'il me détache, il se présente comme geek et parle un peu comme pourrait le faire Sheldon. J'ai rencontré le Sheldon des cordes !
Il me parle même d'utiliser du câblage informatique comme cordes ou de cordes qui clignotent en s'alignant sur les battements du cœur. On échange nos coordonnées, voilà un individu à pouvoir étonnant hautement intéressant.

Et finalement, la soirée se termine, la salle est dans un état invraisemblable et nous aussi.
Le rangement sera un enfer qui me filera une sciatique qui me tient encore le lendemain.
Une soirée comme on les voudrait toutes.

 A qui de droit. Envoyé sans relecture après 8 heures de sommeil en 48 heures, en demandant l'indulgence du jury.

mardi 15 février 2011

Besoin de cordes

Quand à l'auto-bondage, c'est amusant de te lire formuler mon principal obstacle.
Eh oui, comment me laisser dériver dans des nœuds que je dois moi-même mettre en place et surtout comment me surveiller moi-même tout en dérivant... Vaste débat.

Cependant, j'ai du mal m'exprimer.
J'ai bien conscience que je ne retrouverais pas les mêmes sensations - et même cruellement conscience pour être honnête.
Mais j'ai Besoin d'expérimenter les cordes, j'ai Besoin d'éprouver les cordes, mais vraiment Besoin, quelque chose de profondément viscéral et de particulièrement nouveau pour moi.

A la vérité, je ne me suis jamais considérée comme une fétichiste.
J'aime le touché du latex autant dedans que dehors, j'aime sa façon de sculpter les formes mais je n'aime pas avoir à me tortiller pour y entrer, je n'aime pas être toute moite quand je le retire, je ne trouve pas son odeur particulièrement déplaisante ni même plaisante et du coup, ça me viendra pas à l'idée d'en mettre "juste comme ça". Juste parce que j'aime bien le latex mais je ne suis pas fétichiste.
Mais à force de trainer avec des fétichistes, on se renseigner, on écoute, on échange, on apprend et finalement, j'en étais arrivé à la conclusion que je n'étais pas de nature fétichiste. Et c'est pas grave, j'ai bien d'autres vices.
Et puis le bondage - avec des cordes - est entré dans ma vie "en vrai".
Et j'ai déjà un affect particulier au chanvre en plus dont il serait naïf de ne pas tenir compte.
La toute première fois que j'ai porté des cordes, elles n'étaient pas en chanvre. Et quelque part, je pense que c'est une chance qu'A.MoR. travaille la corde de sa façon toute personnelle parce que justement on était très loin du shibari. Et que ça m'aurait donné trop d'informations pour une première fois.
Ensuite, il y a eu la soirée avec A.S. qui m'a fait "survolé" les options des cordes en seule nuit avec des cordes de chanvre. Première étape.
Et enfin, ta façon de poser comme une sorte de cocon sur moi. Toutes ces étapes m'ont aidée à progresser dans la vision de ma relation aux cordes, chaque nouveau jeu de corde est une manière d'apprendre sur moi.
Et finalement, Fab a préparé ces propres cordes et c'est là que c'est posé l'évidence.
J'aime le contact, j'aime la douceur d'une corde bien préparée ou beaucoup utilisée, comme j'aime aussi la corde moins préparée avec encore quelques fibres accrochées dessus mais surtout j'aime l'odeur. Et si ça c'est pas typiquement du fétichiste, je veux bien être pendue - avec une corde en chanvre ;-) - sur le champs.
Et quand je dis "j'aime", je veux dire que la façon dont cette odeur me tourne la tête est tout sauf innocente.
Et c'est pour cela que j'ai Besoin de m'éprouver dans les cordes, Besoin de poursuivre ma recherche dans cette direction pour finir de démêler les nœuds quelque part.
Et si l'auto-bondage ne me permettra jamais d'atteindre ce "légendaire" lâché-prise, cela serait une sorte de substitut pour assouvir ce Besoin.

De toute façon quand Fab me passe ses nœuds, je ne suis pas beaucoup plus libre. Il commence, il faut encore guider ses passages de cordes, signaler une mise en place trop serrée, enfin bref, se surveiller pour l'aider et donc "ne pas vraiment profiter".
Mais cela fait parti du jeu et c'est une autre approche des cordes où j'apprends les passages de nœuds et où l'intimité me permet de passer mes mains sur les cordes - quand elles ne sont pas immobilisées - pour sentir les nœuds sur moi - action de la plus haute impudeur vue d'une certaine façon pour moi du moins.
Et puis, ça n'est qu'une vague idée face à un Besoin qui me tourne la tête, je me dis que c'est toujours mieux d'apprendre les nœuds que de sniffer les cordes, non ? :o)

[...]

J'ai "besoin" de ces images vidéos/fixes, je décroche vraiment très rapidement dans les cordes et si je n'ai pas ces images, quelque part, je ne sais pas ce qu'il s'est passé.
Et j'ai l'impression que cela n'est pas très respectueux pour l'autre d'avoir si peu conscience de son travail et aussi, égoïstement, j'ai l'impression de "rater" une partie du truc.
Et pour aller au bout de l'aveu, sans les photos, je n'aurais jamais su quel regard tu posais parfois sur moi en passant tes cordes et c'est un précieux réconfort que de connaître ce regard.

Extrait de correspondance.

samedi 22 janvier 2011

FIP 42

Tout commence vraiment avec un mail d’H. pour me prévenir de la présence de deux encordeurs : F.JD. et A.S.
Coup au cœur.
Malgré l’énorme intimité développée avec N. qui donnent à nos jeux de cordes une complicité spontanée, je garde un souvenir ému d’A.S.
D’abord parce qu’il nous a donné notre première corde et que sans celle-là d’autres ne seraient pas venues s’y ajouter, ensuite parce que mo play-partenaire a bien accroché que lui et A.MoR. et surtout parce qu’il avait su généré des sensations profondément touchantes pour moi.
Je flotte sur un petit nuage de joie chantonnante et je brûle d’impatience de confronter mon premier ressenti à une nouvelle expérience.
Un peu comme après le premier acid, on se demande si ça fera vraiment pareil - entendre aussi bien - au deuxième.
Finalement avec tout le bordel à ramener, c’est plus simple de venir en voiture, donc on arrive en avance et on squatte chez H. en attendant.
Arrivée devant la salle, porte close, coup de fil habituel à B., tambourinage à la porte et finalement à la place de B. c’est A.S. qui arrive.
Tralala !
On installe tous ensemble et entre M., T., A.S., le nombre de mains supplémentaires se fait bien sentir et sans les galères de punaises et de son, on aurait sûrement pu se poser vraiment tranquillement avant le début.

Là-dessus, la fermeture de mon bustier décide de lâcher, Melle Ilo me dépanne d’une robe pour laquelle, je finirais bien par craquer.
Je reviens dans la salle, à un moment, N. se matérialise devant moi, mais il y a encore une galère à gérer et je dois partir bricoler un truc. Quand je reviens, j’ai l’impression que N. a monopolisé la place qu’A.S. s’était installée comme il l’avait déjà avec F.JD., malgré mon affection pour lui, c’est une attitude qui m’agace. Je proteste mais A.S. assure que tout va bien.
Enfin, la soirée finit par commencer. Assez rapidement, A.S. vient me proposer un jeu de cordes et cela m’arrange avec la programmation de FLESH sur la soirée, je ne serais pas aussi disponible que je peux l’être.

Il me regarde dans les yeux en retirant sa gigantesque écharpe tout en me disant :
“Les cordes, c’est pour les filles”.
Et sur le moment, je ne comprends pas bien à quoi il fait référence, je vois surtout cette incroyable écharpe qui n’en finit pas et qui donne une image similaire à celle des cheveux de Raiponce. Et il faudra que je regarde si l’analyse psychanalytique de ce conte parle de lien.
Puis il me prend les mains dans le dos avec ses gestes fermes et définitifs qui appartenaient au souvenir qu’il m’avait laissé. La réalité se confond avec la mémoire et prend un côté de dédoublement, réalité du souvenir renforcée par la réalité de la sensation. L’esprit s’embrouille lui-même alors qu’A.S. me laisse glisser au sol d’une manière que je comprendrais vraiment qu’en la voyant en photo.
Et logiquement, je compare mentalement les deux façons de mise au sol que j’ai pu côtoyer. Cette façon de me glisser au sol en m’appuyant contre lui de N. tout en accompagnant mon mouvement et celle d’A.S. où le lien physique devient autre chose comme une sorte de prolongement de lui-même.
C’est subtil mais tellement essentiel comme différence que j’aimerais vraiment mettre des mots corrects dessus.
Et je touche vraiment du doigt, ces longues conversations via forum sur les différentes approches et les deux grandes écoles même si je reste convaincue que c’est encore trop réducteur.
Une approche qui se centre principalement sur l’esthétique et sur le show, qu’il s’agisse de ses mouvements théâtralement exagérés, de sa tenue ou des postures qu’il donne.
Alors qu’effectivement, A.S. s’absorbe plus sur l’efficacité des liens.
Dans les deux cas, le résultat pourrait être le même, puisque finalement les deux ambitions se joignent dans le bondage, celui qui cherche l’esthétique aura quand même des passages de cordes contraignants et celui qui cherche la contrainte aura quand même une recherche esthétique.
Mais au final, le ressenti sera totalement différent.
Et d’une certaine manière assez simpliste, on peut aussi en tirer des conclusions pas complètement dénuée de sens. Celui qui cherche l’esthétique se centre sur lui-même et l’image qu’il donne pour compléter son tableau idéal du show alors que celui qui cherche la contrainte, se centre sur les limites des mouvements du modèle et donc sur le modèle.
Quelque part, l’un donne l’illusion de faire ce que l’autre fait réellement. Et si je tire le fil de ma pensée, les mots se mettent en place seuls. L’un est un artiste alors que l’autre est un artisan.
Et voilà que l’étymologie même des termes me renvoie à ma propre conviction. Artisan : celui qui met son art au service d’autrui. Bref, fin de digression.
 II me place au sol en utilisant le lien comme le fil d’un marionnettiste et là encore, il y a beaucoup à dire. Depuis le temps, j’ai quand même eu l’occasion de largement me pencher sur mes affinités avec le BDSM, de tirer tous les fils des associations d’idées que cela créait et je pense avoir une idée assez claire et rationnelle de mon relationnel à ce type d’échange. Je connais les déclics en moi et j’en connais l’origine pour la plupart. Et ma révérence immodérée pour Gord et sa façon de développer la forniphilie n’est pas plus un mystère depuis longtemps. J’ai d’ailleurs beaucoup avancé sur nos propres projets personnels avec mon play-partenaire à ce propos. Finalement, nous étions tombé d’accord sur le terme “outil” plutôt qu’objet. Et l’on retrouve encore cette idée d’artisanat.
No way dans les mains d’A.S., je me sens objet, outil, pantin, marionnette.
Et sa façon de m’amener à terre est typiquement la meilleure illustration de ce que j’essaye de formaliser avec des mots. Dix milles idées s’entrecroisent dans la brume de l’esprit fatigué sans vraiment réussir à aboutir pour se formaliser mais tout en revient toujours à cette idée d’artisan et d’objet. Et cela ouvre encore dix milles voies d’interrogations.
Une fois au sol, il saisit mes cheveux pour les prendre dans le bondage. Je repense à notre conversation avant la soirée quand je lui parlais de F.JD. et de son essai de bondage avec des cheveux.
Et cela me confirme dans la certitude qu’un bondage s’interprète un peu comme un rêve comme je lui suis reconnaissante de s’attarder assez sur mes paroles pour en noter ce genre de détail.
C’est amusant quelque part de penser qu’A.S. est l’homme de mes premières fois en bondage. Mon premier bondage “à porter”, ma première véritable suspension - avec A.MoR. c’était différent, rien qu’avec l’encadrement de la porte qui me servait d’appui -, mes premiers véritables jeux de cordes et là encore, le premier à prendre mes cheveux dans ses liens.
Et c’est quelque part, une chance que ça soit lui. Je dois bien connaître une petite dizaine d’encordeurs maintenant, enfin une petite dizaine que je connais de manière assez proche pour me faire une idée de leur jeu de corde et c’est une évidence qui ne souffre pas de discussion. J’aime définitivement sa façon d’user des liens, sa façon d’être et je devine que ce qu’il passe dans ses cordes reflète une personnalité profonde avec laquelle je me sens une sorte de communauté d’âme. Et c’est presque miraculeux que le hasard l’ait placé sur ma route pour me donner ces premières expériences même si fatalement, cela laisse peu de chance aux autres derrière...
Je veux dire, je suis touchée par la méticulosité soignée de F.JD., j’apprécie la maîtrise technique de N. et j’adore le jeu kinky-provocant d’A.MoR. alors que je suis incapable de dire précisément ce que j’aime avec A.S. tant cela couvre de nombreux aspects allant de sa façon englobante de passer les cordes, à sa manière de maintenir mes membres pour les attacher, jusque dans sa façon de serrer à m’en laisser des marques ou encore sa manière de simplement tresser une corde en attendant le début de la soirée.
Il y a tant de choses qui le détachent des autres à mes yeux que je me dis qu’il y avait quelque part assez peu de chance de le rencontrer et c’est le genre de rencontre qui réconcilie avec la vie.
Si tôt l’emprisonnement de mes cheveux, le tissu passe sur mes yeux puis dans ma bouche. Forcément, je pense à J. et c’est la dernière bride de pensée rationnelle qui me reste.
Les muscles se bandent et ressentent la vérité de la contrainte dans les bras et c’est mon essentiel. Je bascule au moment où il me bascule sur sa cuisse.
Je ressens cette sensation de “bétail” qui m’avait si fortement impressionnée avec lui, la première fois. Et il m’entraîne dans une sorte de spirale où je flotte entre différents états sans savoir vraiment dans lequel je suis.
Hyper-vigilance aux liens quand il a le génie de les passer sur des endroits-clefs pour moi, typiquement les bras ou le pied en étrier, dérive dans les cordes quand ses mouvements sont moins chargés de sens symbolique pour moi, réceptivité à sa volonté pour tenter de faciliter les passages de cordes quand j’ai la sensation de pouvoir aider.

Comme dans ce souvenir si précis, il m’entraîne dans une succession de poses dont je ne saisis pas la finalité et qui me laisse totalement désarmée face à lui. Et c’est là que l’évidence s’impose, il n’y a qu’un seul autre homme avec qui, je ressens ce “mais qu’est-ce qu’il fait ?” presque constant - dans certains contextes spécifiques, s’entend - et cette interrogation redondante me place systématiquement dans une sorte de blanc mental qui génère toujours chez moi, un sentiment d’impuissance totale.
Et définitivement, j’aime cet encordeur.

Il finit par me rendre à moi-même et le stress de FLESH me rattrape pour passer le bondage au second plan. Sans parler du show des filles à gérer, des galères de son, d’électricité et de chauffage.

A un moment, je crois que je débarrasse des verres, je croise Antoine, et lui demande si il a besoin de quelque chose. Et là encore, il me prend au dépourvu en me répondant :
“Oui : t’attacher.”.
Cela n’est peut-être qu’une formule rhétorique mais cela me touche.
Et là encore, il y aurait beaucoup à dire. No way, je me rends de suite disponible, si il a besoin de m’attacher, ça tombe bien, moi j’ai toujours besoin d’être attachée.

Il commence par placer mes bras dans le dos puis il me maintient avec son anneau de suspension. Etre attaché à soi-même ou être attaché à quelque chose...
Cordes : A.S. - photo : Kane JC Þórnwyrd
Moi j’ai toujours ma petite préférence sur le sujet. Le passage de nœuds me berce de manière hypnotique, le monde s’efface, la tension de la corde me berce.
Je dérive doucement quand il réveille ma vigilance en saisissant mes cheveux. Frisson.
Là aussi, il y aurait long à dire, le référentiel à Ténébreuse restant une évidence.
Je sens la corde passer dans mes cheveux pour revenir dans ma bouche et le ressenti des cordes impose l’image d’une coiffe de pony-girl dans mon esprit.
Cordes : A.S. - photo : Fab Crobard
Étrange sensation de fierté comme celle de participer ,même de loin, à l’aboutissement de quelque chose de beau. Et les images que je verrais après me confirmeront dans mon ressenti.
Cordes : A.S. - photo : Kane JC Þórnwyrd
De nouveau, je me perds dans ses cordes puis finalement, il me tire à terre et continuer de jouer de moi en m’allongeant sur sa cuisse. Abandon, dérive, calme, plénitude.
Cordes : A.S. - photo : Kane JC Þórnwyrd
Puis les tensions disparaissent, et je percute la réalité avec toute la violence que cela peut prendre parfois. Je commence à ressentir des vagues de tremblements nerveux comme à chaque fois que c’est “trop fort”.
Je fuis la salle, la foule, le monde, la réalité en sortant tirer sur un joint qui amortit la chute en arrêtant mes tremblements.
Je regarde les petits brins de fibres de chanvre qui restent sur mes chaussettes et je trouve ça infiniment touchant, c’est comme avoir des marques, c’est garder une petite trace tangible d’une expérience forte.

La soirée tire à sa fin et Antoine propose un ultime jeu de corde mais aimerait trouver un coin calme, il propose le coin câlin et nous voilà parti.
C’est sans compter sur le fait que l’éclairage n’est pas celui de d’habitude et qu’on n’y voit pratiquement rien, ni sur le fait que c’est la fin de soirée et que P. a abandonné le lieu aux rapaces de fin de soirée, ni même que le matelas ondule plus qu’un bateau au moindre mouvement des uns ou des autres.
Bref, finalement, on ne s’éternise pas et j’ai comme un vague sentiment d’inachevé.

La soirée se termine, N. termine de se montrer odieux; les clients tardent plus que d’habitude mais on est toujours plus nombreux et on gagne une heure sur le démontage.
A un moment, on cause tranquillement avec A.S., je vois des marques sur mes poignets et je lui avoue qu’il est le seul à savoir me laisser des marques.
Je dois m’illuminer quand je lui parle des marques qu’il m’avait faites la première fois, il répond que :
“c’est un beau compliment”.
Et c’est une belle réponse.

A.S. restera une sorte de petit poucet discret de ma soirée, il aura laissé de petites traces de son passage un peu partout, sur ma peau ou mes vêtements, jusque dans mes yeux où j’ai trouvé une fibre de chanvre en rentrant.
Définitivement et bien plus rationnellement que la première fois, il reste mon encordeur favori.

samedi 1 janvier 2011

Elektro-chok, janvier 2011

MP3 en mode aléatoire. est-ce que j'écoute du rap ? oui, justement c'est "entre deux" de sniper.
En fait, j'écoute de tout sauf de la country.
La rage c'est beau, et le rap est la dernière musique enragée à mon sens. Des années plutôt ils auraient été punk, aujourd'hui, ils sont rappeurs mais ils viennent du même monde, des même quartiers, des mêmes caves, des mêmes histoires de vie où la prison et la "drogue" sont du quotidien.
Une sorte de monde de paria où s'entassent les exclus d'un système où je n'ai jamais su trouver ma place.
Mais je divague sur la musique sans en venir là où je devais.
Autocensure et suppression de plusieurs lignes pour recentrage.

Je m'arrache rarement du temps pour moi-même, ça fait parti de mes choix de vie autant que c'est une conséquence de ce que je suis.
Mais quand je m'en arrache c'est parce que je ressens l'écho d'un esprit. Se frotter à une belle âme c'est s'enrichir aussi.
Si tu dis être coutumier de la solitude au point d'y avoir développer une sorte de tolérance, c'est quelque chose que je n'ai jamais appris à supporter. Le poids de l'indicible solitude à laquelle est désespérément prédestinée l'humanité est quelque chose que j'ai beau pratiquer depuis tant d'années mais je n'arrive pas à m'y faire, c'est toujours un constat qui m'oppresse la gorge, me tord le ventre et me donne envie de me lacérer jusqu'à ce que mort s'en suive.
Et parfois, il y a une rencontre, quelque chose qui passe d'emblée avec l'autre, une sorte d'entente tacite où les mots sont inutiles tant la sensation de connaissance de l'autre est évidente. Cela ne m'arrive pas souvent ces rencontres et ma vie fait qu'elles sont souvent appelée à ne pas se reproduire, ça n'ôte rien au respect qui s'instaure de fait entre nous mais ça ôte le plaisir de jouir d'une sorte de "communauté d'âme", une sorte de petit instant magique où ce sentiment de solitude s'estompe parce que justement, pour une fois, pour une minute, pour une seconde, on ne l'est plus par la simple présence réconfortante de l'autre, par son regard, par le ton de sa voix...

Et j'ai fait une autre de ces rencontres et c'est pour elle que je m'arrache du temps en ce premier janvier 2011.
Une vie chaotique comme la mienne, une douleur dévorante qui me renvoie ma propre image en miroir et la sensation que quelque part, je vole cette rencontre à la vie quand il ne sait pas bien où son chemin le mènera.
Rendez-vous Opéra Garnier, flashback, des millions d'années que je ne suis plus venue ici, j'avais 17 ans et un look dans le style dandy à la Georges Sand parce que ma sœur m'appelait Sand depuis que mon premier livre avait été édité.
J'avais de longs cheveux que je m'apprêtais à couper pour la première fois depuis que j'étais rentrée en france parce qu'à l'agence, ils conseillaient de me dégrader les cheveux pour affiner mon visage. J'avais dix millions de certitudes dont la seule qui me reste, aujourd'hui, est qu'on traîne nos morts accrochés à nos pieds toute notre vie.

Je cale le sac à dos sur une barrière et je mets mes gants.
Un regard appelle le mien, N. est là. On va où ? pas d'avis.
Paris est désert, errance dans la capitale pour se poser, des phrases qui se lâchent au fil des pas, une voûte où j'entrevois une sorte de parc, je passe la tête dans la suivante, un beau lieu tout calme, je propose de s'y poser deux minutes, le temps que je fume mon poison.
Quelques phrases, c'est difficile d'aller vers l'autre, difficile parce que dangereux sans doute, mais c'est toujours des instants magiques qui laissent plus l'idée d'un sentiment général, une sorte de douceur, un tâtonnement de l'esprit.
Et puis la marche reprend avec un sac de moins, finalement entre parole et pas, on arrive dans un petit bar tout tranquillement niché au chaud, je ne sais pas bien où. Le lieu et l'intimité deviennent plus propices aux confidences, on décrit des grandes lignes, on pose des décors, toujours encore un peu en surface pour tenir dans un condensé mais avec déjà un pied dans le personnel.
Oser quelques questions timides pour faire des jonctions entre différents éléments, donner un peu de soi en réponse, éviter discrètement les sujets à tiroirs sur lesquels un condensé ne suffirait pas.
Le temps défile, un chocolat chaud, deux et c'est fini.

La vie m'a rattrapée.
N. propose de me raccompagner, on essaye de tricher comme on peut pour voler un peu plus de temps... Et finalement, c'est la foule du métro qui terminera de casser la bulle.
Gare de l'est, Fab monte pile dans notre wagon... hasard, karma, destin, évidence pour moi.
Fin de trajet dans l'éternel foule de 18h, trajet de filou dans les petites rues pour arriver à la salle. J'avais essayé d'en faire un tableau objectif à N., mais personne n'arrive jamais à vraiment imager la saleté repoussante de cette salle.
Flottement, finalement B. et M. sortent des loges alors que Y. arrive en cherchant S.
Si Y. est "déjà" là, c'est un signe évident de retard de notre part. Faut monter/installer/câbler.
N. nous quitte. Sur un coup de tête, je lui ai proposé de venir à la soirée, il a repéré les points d'attache dans la salle et expliqué ses intentions à Y.

Je suis un petit nuage et je trouve que la soirée ne commence pas assez vite. Pendant le repas, Y. revient quand même sur cette histoire de shibari en expliquant qu'il avait déjà eu des plaintes suite à un soumis en laisse dans la soirée.
Débauche d'arguments de ma part relayée par Fab en insistant sur le côté "non explicitement sexuel" de la chose. P. s'en mêle en disant qu'il faudra vérifier toutes les cartes d'identité à l'entrée... Puis finalement, il dit que c'est bête qu'on l'aurait mis sur le fly : ouf, gagné !
Et quand je vois l'image du bondage que peuvent avoir des personnes qui prétendent fréquenter une certaine alternative, je me dis que je devrais quand même essayer de comprendre comment le lambda perçoit la chose.
 Le début de la soirée est terriblement laborieux, froid et pénible. Le temps s'éternise en minute, plus longue les unes que les autres.
Finalement, il est enfin/déjà une heure de matin. N. avait prévenu qu'il faisait sa cendrillon à une heure du matin. C'est mort...
Heureusement, M. est passé et il fait le clown comme à son habitude en racontant des choses affreusement hilarantes, la soirée ne sera pas complètement perdue.

Et à un moment, dans un flash éblouissant de B., N. se matérialise devant moi.
Coup au cœur et stupéfaction.
J'aime bien ce côté "magique" qu'il a d'apparaître dans des moments improbables et j'imagine que lui s'amuse de cette surprise incrédule qui s'empare chaque fois de moi.
La musique beugle à un niveau sonore absolument anti-convivial, difficile d'échanger dans ces circonstances.
Malgré tout, je sais qu'il sera question de cordes et je n'ai qu'à ronger mon frein en attendant. Tellement focalisée sur ma propre envie, j'occulte la réalité de la soirée.
Et celle-ci me percute de plein fouet quand il devient vraiment question de cordes.
La foule, les flash, le son...
N. me dit de venir le rejoindre d'ici une minute... dire ça à une impatiente comme moi, compter le temps... Je jette la minute à l'infini et m'avance pour le rejoindre.
La foule, les flash, le son.
Quelques secondes, je me dis que c'est typiquement un plan d'arraché.
Puis N. "entre en contact" avec moi, la bulle commence à se former, comme un doux amortissement d'abord. J'ai la sensation que plus nous aurons l'occasion de nous découvrir, plus cette sensation gagnera en force et en rapidité de mise en place.
Et il me prend les mains pour les placer en face en face devant moi.
Déroutant. Il n'a jamais fait ce geste-là avec moi.
Instantanément, j'ai un flash de l'après-midi quand je lui expliquais que je différenciais les cordes des autres accessoires de bondage et qu'il avait ajouté "menotte" à mon listing.
Est-ce qu'un bondage peut s'interpréter comme un rêve ? pourquoi pas dans la mesure, où il laisse son "instinct" le guider pour encorder sans chercher à faire des figures imposés.
La situation m’interpelle assez pour que j'en garde les yeux ouverts, je le vois faire ses passages de cordes, cela aussi c'est imprégné d'une douceur ronde.
Logiquement, le fait de regarder le jeux de cordes m'aide à focaliser mon esprit dessus et la contrainte qui prend progressivement possession de moi me ferme les yeux et place le monde en sourdine.
Je dérive doucement au rythme des passages de cordes mobilisant mon esprit sur le moindre ressenti.
Ses mouvements pour me manipuler sont plus impérieux que les autres fois, et c'est forcément quelque chose qui résonne en écho en moi, comme cette petite tape sur la cuisse pour me faire comprendre de l'écarter plus.
Et cela donne nécessairement un souvenir plus charnel à l'expérience de mon point de vue.
Devant cette sorte de rappel à l'ordre, j'essaye de rester encore plus attentive au ressenti pour me plier aux exigences et comme souvent, la focalisation sur un objet précis aide à mieux décrocher.
Et c'est un autre ressenti qui me raccroche à la réalité, un millier de frôlements d'ailes de papillons jouent de moi, de mes sensations, de mon orientation. J'ai la sensation d'onduler avec mon corps pour suivre les caresses alors que je sais pertinemment que je suis pratiquement incapable de bouger.
Étonnant de constater combien dans l'immobilité un frémissement de muscles puisse sembler prendre une telle ampleur, par relativité sans doute.
De nouveau, la focalisation sur un objet précis joue son rôle et je perds la notion du temps et du lieu. Puis à un moment, les liens se font moins présents sans vraiment savoir comment ni pourquoi.
Le monde me revient dans toute la laideur des caves, que je préfère continuer de fermer les yeux pour mieux continuer de profiter.
Une voix fuse en référence au SM sortie tout droit d'un individu trop enivré et trop connu de moi pour qu'une parole aimable ne m'échappe. N. termine de me détacher, la bulle s'efface progressivement et la réalité prend corps.
Et je n'en apprécie que plus fort la sorte de magie qu'il y a entre lui et moi pour avoir réussi à faire abstraction de tout ce bruit, cette foule, ces flash.

La soirée se poursuit, des paroles se volent encore, comme un petit chemin vers l'autre qui se construit. Et N. s'en va. Je le raccompagne.
J'aimerais lui dire que j'aimerais le revoir mais je ne dis rien, sa vie est assez compliquée comme ça et quelque part, je pense qu'il le sait.
 Et si il est un enseignement à tirer de cette expérience, c'est cette évidence que je crois que N. avait déjà essayé de me faire passer.
A savoir que nos jeux de cordes auraient maintenant besoin d'une intimité qu'un lieu public même adapté ne peut plus leur offrir.

samedi 18 décembre 2010

FIP 41

Drôle de soirée qui s'annonce. N. a prévenu depuis des lustres qu'il ne serait pas là et JP fête son anniversaire, autant dire que, outre le plaisir de voir l'équipe (et encore V. est notée absente), j'aimerais être partout sauf là ce soir-là, enfin partout... à Bordeaux surtout.
Et puis surprise le vendredi soir, je trouve un mail de JD qui se propose de venir le lendemain à la FIP comme nous en avions parlé lors de notre première rencontre.
Je me dis que j'aurais au moins un jeu de cordes ce soir-là et c'est presque un soulagement, j'ai encore tellement de questions en moi sur le sujet et je me rappelle combien j'avais apprécié sa pédagogie.
La météo annonce l'apocalypse ou quelque chose d'approchant, l'installation de la soirée est laborieuse et le chauffage faiblard, ça part dans une ambiance stressé dont je m'échappe en m'accrochant à mes espoirs de nœuds.
Je préviens C. à la porte mais quand 22 h s'affiche, je pars me changer avec un sérieux bémol.
Quand je ressors avec ma "tenue de noël", le photographe de l'expo me lance un regard qui résonne comme un sifflement dans mon esprit et j'ai juste envie d'aller me cacher. C'est presque à ce moment-là que JD arrive, il regarde comment il peut se placer dans la salle - et je me félicite qu'on revoit la scénographie de la salle pour janvier, parce qu'avec les shows ça devient vite compliqué de trouver de la place à tout le monde, alors que la salle est grande...
Finalement, il s'installe aux mêmes endroits que d'habitude parce qu'en l'état, il n'y en pas d'autres.

H. annonce l'ouverture quand JD est encore sur l'escabeau, ça devient tendu, je vois bien H. retenir des paroles virulentes sous la pression mais le simple fait que les mots ne franchissent pas ses lèvres en dit long sur l'expression que doit lui renvoyer mon visage : quelque chose comme "touche pas à mes jeux de cordes".
Finalement, JC, G-Ro et JD testent les points de suspensions et je pars ranger l'escabeau dans le noir avec la flotte qui tombe du plafond...
Je remonte l'esprit un peu ailleurs, comme un début de soirée, quand tout est lancé, un espèce de petit blanc mental de soulagement. J'arrive en haut de l'escalier, je vois JD et installé par terre pour sortir son matériel, il y a N.
Minute d'incrédulité, butée de l'esprit sur sa propre conviction - N. avait dit qu'il ne viendrait pas - et la réalité de ce qu'il perçoit - N. est là. Dix mille pensées se bousculent lors de la fraction de seconde qui remet les processus mentaux en route, dont la première est d'être ennuyée de n'avoir plus de place vraiment adéquate à N. J'essaye d'être prévenante au mieux et encore une fois, je regrette V., gérer la vidéo, les verres vides, les mégots et être attentive avec les encordeurs présents, ça va m'occuper toute la soirée.

N. me propose un premier jeu de nœuds, toujours cette même façon de "prendre contact", une sorte d'effleurement de soi en face à face.
Une remarque sur mes mains, une question sur mon dos, je parle du faux mouvement qui me tétanise le trapèze depuis 3 jours, il me retourne et commence à palper mon dos.
Sa voix me glisse à l'oreille : "tu me fais, un petit peu confiance ?".
Mon être lâche un assentiment révolté par le restrictif "un petit peu" tout en s'étonnant de la question et il m'enserre dans ses bras en me décollant du sol. Je sens les clacs nets de 3 vertèbres dorsales qui se remettent en place. Je n'ai plus vu d'ostéopathe depuis au moins 15 ans mais je reconnaîtrais entre mille, ce soulagement instantané.
Et lui de lâcher un tranquille : "ça, c'est fait !" alors que ça fait bien 8 ans que je me plains de ces vertèbres.
J'en suis encore stupéfiante qu'il me passe déjà ses cordes. J'ai l'impression qu'elles sont plus petites que la dernière fois, je lui fais la remarque et il se moque de moi en me disant qu'elles s'usent.
Y. passe et commence à me parler, je trouve l'attitude irrespectueuse pour N. qui m'attache pendant ce temps-là et abrège la chose à la politesse élémentaire tout en complimentant la magnifique tenue de S.L., qui ne manque pas de se matérialiser devant moi pour cueillir elle-même le compliment. Fît de mondanité, me voilà enfin rendue aux cordes.
Je retrouve cette sensation de cocon propre aux passages de cordes de N. dans mon esprit.
Mes yeux se ferment seuls mais le placement dans la salle à côté d'un point de passage, crée une proximité avec la réalité qui la rend présente par vagues. Le son est différent, plus fort, trop présent, la foule aussi dont je ressens presque les mouvements autour de moi et dont j'entends les éclats de voix. N. me met un bandeau et malgré toutes les revendications du "bondage moderne" que j'ai pu lire ces derniers temps sur cet accessoire, je pressens qu'il visait plus à me préserver de ces échos extérieurs qu'autre chose.
Je dérive doucement dans les cordes, je ressens sa proximité et surtout à un moment, je ressens son absence. Un espèce de creux au ventre injustifié quand je sais qu'il ne doit jamais me quitter des yeux bien longtemps dans ces moments-là mais toujours une vague sensation de "manque".
Puis de nouveau, je ressens sa présence, l'abandon reflue et m'emporte, la réalité s'efface et je perds comme conscience de moi-même.
Et soudain, c'est comme si je me retrouvais en équilibre sur une jambe d'un coup. L'esprit perd pied, la sensation me rappelle vaguement celle de la narcose à l'azote, cet instant où le cerveau part en roue libre sans plus trouver ni d'envers, ni d'endroit à la réalité - et encore dans l'eau, il suffit de suivre les bulles pour s'y retrouver.
Finalement, j'entends la voix de N. comme un couperet : "dur l'équilibre, c'est pas pour toi, ça".
Cela me fait l'effet d'une sentence irrévocable, je voudrais plaider ma cause, dire que j'étais trop perdue en moi-même pour savoir trouver mon équilibre les yeux bandés mais c'est trop tard, les liens s'en vont.
Il me regarde dans les yeux et me dit que ça n'est pas grave.
Non, c'est pas grave mais je me sens nulle quand même...
Puis je me laisse le temps de me poser dans la réalité, c'est ma nouvelle résolution de cordes depuis mes discussions via mail avec SL : arrêter de voler mes instants de cordes et les vivre tranquillement sans culpabilité.

La soirée se poursuit, je sors fumer et j'y croise parfois, N. avec qui on échange quelques phrases.
Il réclame mes mots, c'est tellement inhabituel et tellement adéquate au moment où il est question de rééditer les bouquins en février.
J'ai l'impression qu'il y a des cordes partout à la FIP ce soir, je mange avec mes yeux.
Même A. est passé avec sa nouvelle partenaire et ses cordes.
La soirée est à l'exact opposé de ce qu'elle s'annonçait et ça me va très bien.
Je croise F. qui s'étonne que je ne sois pas dans des cordes et je rougirais presque de l'aveu que constitue sa remarque si je ne lui pardonnais pas tout depuis qu'il a pris La photo.

 Et alors, que la soirée me semble tirer sur sa fin, JD vient me proposer un jeu de cordes.
Il propose une suspension et je me dis que j'en profiterais sûrement mieux que dans un corset en latex comme la dernière fois. Il me place les mains dans le dos comme la première fois, je retrouve aussi avec une certaine familiarité sa façon de passer les cordes, comme une dessinant le passage des cordes avant et cette façon de passer son doigt pour déplisser la peau.
Il y a quelque chose de très attentionné dans sa façon de faire, de réconfortant en fait.
Évidement, je décroche à vitesse grand V avec "ma" combinaison gagnante : mains entravées + cordes sur les bras.
Je dois me faire violence pour conserver un minimum de réceptivité à l'extérieur pour essayer de faciliter ses passages de cordes ou garder mon équilibre pour la suspension proprement dite. J'ai la sensation qu'il a tissé une toile d'araignée sur mon buste et j'en ressens encore la pression juste au-dessus du sternum au moment de coucher ses mots.
Enfin, il m'arrache à la gravité et mes jambes sont liées dans une position équivalente à la dernière fois, qui me permet aisément de retrouver des repères familiers et les mouvements qu'il m'avait expliqué. Cette fois, pas de jupe en latex pour contrarier la mise en place d'une corde sur mes hanches, pas de sensation désagréable dans le bras gauche non plus, juste un inconfort dans la cheville où la corde me scie un peu.
Il place ses cordes et termine de m'immobiliser pour devenir maître de mes balancements.
Encore une étrange façon de disposer ou plutôt de non-disposer de soi.
Souvenirs enfantins et réconfortants de balançoire.
Le temps se suspend et seul compte vraiment ce doux balancement qui me berce d'une façon ludique et joyeuse. Et c'est des réflexions à poursuivre pour moi même, c'est évident que l'essentiel de notre histoire se lie dans notre enfance mais je réfute certaines analyses trop simplistes sur mon intérêt pour les cordes, même si sur ce point précis, je reconnais que l'affect fort que j'ai pour l'objet "balançoire" n'est pas étranger au fait que j'apprécie les suspensions de JD.
Il touche régulièrement mes membres pour s'assurer de la circulation.
A un moment, son attitude change du tout au tout, alors qu'il était surtout question de s'amuser de la suspension, il entreprend de me libérer.
Ma cheville me fait toujours souffrir et quelque part, je pense que c'est à cause de cela qu'il me détache. En fait, c'est ma main gauche qui le contrarie, elle a pris une couleur déplaisante selon lui.
Sur le coup, je ne comprends pas bien mais finalement je ressens les picotements stridents et chauds de la circulation qui reprend possession de ma main et c'est tout l'art de l'encordeur que de savoir pour moi.


Et pour tenir ma résolution, je sors fumer une "clope" tranquillement pour me laisser revenir dans la réalité.

Les gens sont de plus en plus nombreux à partir, la fin de soirée est proche.
N. me propose un ultime jeux de cordes en me disant que nous avons une sorte de tradition : il commence toujours par moi, il finit toujours par moi.
Coup au coeur de bonheur quand je croyais avoir gagné tous les jeux de cordes que je pouvais espérer.
Il propose de m'attacher par terre et cherche un endroit adéquate.
C'est T. qui nous libérera un peu de place sur le studio-photo.

Au dernier jeux de cordes, A.S. m'avait aussi attachée par terre mais A.S. est tellement éloigné de N. que je ne doute pas une minute que l'expérience soit différente.
En préambule, il me dit que si il sent que je suis fatiguée des cordes, il arrêtera.
Et quelque part en moi, je m'indigne : être fatiguée des cordes ? c'est seulement possible ?
Il commence par lier mes bras sur l'arrière puis me laisse glisser contre lui pour me mettre à terre.
Sa façon d'amortir ma descente au sol a quelque chose de chevaleresque. Puis il me lie les jambes en passant une de ses cordes sur mon pied droit de la façon dont Fab avait placé les siennes, jeudi, à la manière d'un étrier. Vertige. .Et il faudra aussi que je m'attarde à cela.
Y'a-t-il des endroits précis où placer les cordes pour que l'autre décroche ou est-ce simplement lié à cet autre ? auquel, cas si je comprends assez bien en quoi la combinaison mains entravées + cordes sur les bras fonctionne aussi bien chez moi, je ne comprends pas bien en quoi cette référence à des étriers me touche...
No way, le fait d'être allongée est de toute façon un facteur "aggravant" puisque même les élémentaires "efforts" de maintien visant à se tenir simplement droit n'y sont plus nécessaires.
Je dérive dans l'immobilité sécurisante des cordes avec la satisfaction de ne plus m'appartenir.
Quand je ressens un frôlement sur ma nuque. Mon référentiel fort à Ténébreuse me renvoie à l'intimité du geste. J'aimerais être un chat et faire ma nuque "ronde" comme pour mieux recevoir la caresse.
L'univers se résume à ses doigts qui courent dans ma nuque et c'est comme si le monde devenait la douceur de ce geste.
Le temps se paralyse et je ne sais pas bien comment mais à un moment, je suis assise par terre dans la pénombre à côté de Nicolas, je remets mes chaussures.

Le reste n'est rien de plus que la fin d'une soirée et son rangement.
Avec seulement, ces mots de N. qui touchent un écho en moi quand il me dit : "écris-moi".

samedi 27 novembre 2010

FIP 40

La Mano à fond dans les oreilles.
Parce que la personne à qui s'adresse le plus ce report - après mon autre moi-même - a parlé de ce groupe avec une sorte de ferveur dans la voix qui laisse entendre que c'est quelque chose d'important et que ça colle avec l'âge supposé. Et c'est Soledad que j'ai choisi dans le choix de la première page de Youtube. La Mano Negra, les années 1990... une décennie où j'étais trop occupée à passer à côté de ma vie ou simplement de la vie.
Pourtant, la Mano c'est bien le seul groupe qui aura réussi à me faire dresser une oreille attentive sur ces années-là. Certainement à cause de l'usage de l'espagnol, ma première langue au bac et peut-être aussi parce que les chansons reflétait une certaine réalité de ma vie de l'époque.

Fin de digression, c'est la Mano qui rythme mes mots et c'est étonnant pour un souvenir que j'habillerais plus facilement d'Heavenly Voices.

 Une soirée qui s'est placée dans ma vie comme un point d'étape.
Ces sortes de dates butoir sur lesquels on s'accroche pour continuer d'avancer quand on voudrait simplement s'effondrer. J'ai besoin de jalonner ma vie de ces dates qui donnent un sens à l’empilement des jours, ça me rassure dans un quotidien qui n'a, pourtant rien de quotidien.

H. a vu Nicolas au Cabaret Rouge, il s'est proposé pour jouer de ses nœuds à la FIP et il me l'a confirmé dans un mail rapide. Je sais que j'aurais au moins un jeu de cordes et il me suffit de rôtir tranquillement sur la grille de l'impatience. La mise en place gagne en rapidité à chaque soirée malgré les nouveaux inévitables imprévus et autres impondérables.
Finalement, il nous reste 1h30 avant la soirée quand le plus gros est fait et qu'on peut se poser.

Nicolas arrive à peu près à ce moment-là. Il salue l'assemblée et s'approche de moi, échange de regard, comme une impression de connexion, quelque chose de la reconnaissance à l'autre. Je regarde avec lui comment il peut s'installer, je propose d'aider mais je ne suis d'aucune aide. Je pense que je reprécise encore combien je suis volontaire pour tous jeux de cordes et finalement, je m'éclipse. Je ne sais pas m'imposer. Tout est finalement en place à temps et la soirée se lance.

Les débuts de soirée sont toujours pénibles, le son n'est pas assez fort pour se mettre dedans, la foule éparse jette des regards inquisiteurs à la salle, c'est comme un flottement de transition un peu brouillon.

Nicolas vient me proposer un jeu du corde, arguant, à raison, que l'absence de public du début de soirée est propice. C'est totalement différent de toutes les autres fois, puisque c'est la première fois que je pratique avec quelqu'un avec qui j'ai déjà joué. Mes doutes sur ma latitude d'action ont été balayé par une discussion avec qui de droit. Ma confiance de la première fois est devenue une certitude.
Il prend mes mains, constate de lui-même qu'elles sont froides malgré mes mitaines en laine - tout se paye, c'est mon tribut au LSD, et c'est pas si cher payé. Il prend la mesure de mon état de fatigue/nerf en massant mes épaules, il parle de scoliose à propos de mon dos, je dis juste que c'est compliqué, il répond qu'il ne veut pas savoir et c'est plus simple - même si je sais facilement résumer des choses qui ne le devraient pas.
Il prend ma main et commence son jeu de corde en me maintenant la main droite en l'air avec son point de suspension et ramène mon autre main sur mon buste. J'apprécie de retrouver sa façon de passer les cordes : j'aime ses mouvements doux, assurés et dépourvus de toute hésitation perceptible.
C'est comme un doux ronronnement rassurant qui facilite ma dérive, il y a comme une rythmique dans ses mouvements que je ne retrouvais pas dans les passages successifs et appliqués de F.JD. pour arriver à placer ses cordes très exactement à l'endroit où il l'avait prévu. Et toujours ces rapprochements avec l'auto-hypnose qui me semblent d'une évidence incontournable.
Et là, encore, jusqu'où le bondage emprunte les codes du BDSM ? là où le BDSM parle de subspace qu'en dit le bondage...
Avec le recul, je constate aussi que les jeux de contrainte n'amènent pas les mêmes processus mentaux. Là où je cherchais à comprendre la finalité sur un défi quitte à en brouiller les premiers instants ; ici, je sais que la finalité est la contrainte et qu'importe le moyen, puisque je connais le résultat. Et je ne suis pas encore habituée à l'idée de la passivité physique et psychique qu'induit chez moi ce genre de jeux, sans pourtant de sentiment de renoncement. Mes bras sont maintenant contraints et il continue de placer des cordes sur moi sans que je comprenne vraiment toutes les subtilités de son oeuvre - quelque part, je m'en veux, j'ai l'impression que ce n'est peut-être pas respectueux de son travail des cordes que d'y prêter si peu d'attention - avec les yeux du moins.
Cordes : Yoroi (http://yoroi-shibari.net/) - Photo : Paradoxal Studio ( http://www.paradoxal-studio.com/ )
Comme toujours, il y a cette micro-fraction de seconde où le corps se bande pour éprouver les cordes comme dans un mouvement réflexe et tout de suite derrière un intense relâchement que je n'ai l'impression d'éprouver que dans les cordes. La réalité passe à un autre niveau pour se résumer au bruit et à la sensation de frottement des cordes.
La dérive me fait parfois perdre l'équilibre mais on dirait qu'il y a comme un niveau de conscience en sourdine qui attrape la corde de la main droite pour se rétablir, le geste s'effectue avec un naturel déconcertant, c'est une évidence, alors que c'est une première fois et que je n'ai même pas le niveau de conscience nécessaire, quelque chose de l'ordre de la mécanique pure, c'est le corps qui se prend en charge lui-même, tellement différent de ce que je suis, déroutant.
Cordes : Yoroi (http://yoroi-shibari.net/) - Photo : Paradoxal Studio ( http://www.paradoxal-studio.com/ )
Il place ses cordes, déplace d'autres cordes, change certaines positions, j'ai l'impression de retrouver le dernier jeu de cordes avec A.S. qui m'avait si profondément troublée. Instinctivement, j'ai appuyé ma tête sur mon bras, je dodeline au rythme de la corde sans effort. Son jeu de corde remonte et il passe une corde en travers de mes yeux clos.
Tout cela paraît logique quelque part, j'ai l'impression d'être recouverte littéralement de la tête aux pieds d'un cocon de cordes et rien d'autres n'a vraiment d'importance. Puis les cordes se dénouent, sans se renouer, le froid me saisit.

Cordes : Yoroi (http://yoroi-shibari.net/) - Photo : Paradoxal Studio ( http://www.paradoxal-studio.com/ )
Une pensée furtive me rappelle les perles de soumises de Khayyam's Alamut : "C'est vrai que ça tient chaud, les cordes, en fin de compte".
Je voudrais du calme, je voudrais de l'intimité, je voudrais une bulle, peut-être même que je voudrais pleurer, je ne sais pas. L'esprit se réveille dans une espèce de brume et se cogne à la réalité en générant des actes désordonnés et sans suite logique.
Finalement, je me pose sur une chaise mais cela n'est pas suffisant pour amortir la confrontation brutale avec la réalité. J'ai comme un sentiment intense de vide qui me donne l'impression d'avoir été nulle, de ne pas lui avoir fait passer ma reconnaissance...

 La soirée reprend son cour et je descends vider les cendriers. En passant à proximité d'un groupe, une voix masculine m’interpelle d'un ton appréciateur " mais c'est notre modèle shibari !". Et si le ton n'avait pas été si conquérant, je lui aurais peut-être répondu qu'il faisait erreur, que je n'étais pas modèle, loin s'en fallait, grande débutante que je suis.
 Mais sa tonalité d'acheteur de foire aux bestiaux se butte à l'amazone libre en moi et j'ignore ce qui n'est pourtant qu'une sorte de prélude à ce qui restera le thème de la soirée : "mon lâcher-prise".

Puis à un moment, Nicolas revient me voir et me propose de faire une suspension ensemble.
Coup au cœur.
 La soirée se poursuit dans le froid et il est bien occupé par diverses demandes de nœuds.
Pourtant, à un moment, il se matérialise devant moi. Je le suis.
Il parle de suspension de côté et me demande de retirer mes chaussures. Il commence d’emblée par lier mes membres supérieures.
La fatigue m'aide à décrocher encore plus vite et le reste est flou.
J'essaye pourtant de maintenir un semblant de vigilance en me rappelant que la mise en place de la suspension proprement dite est quelque chose de rapide. Il place ses cordes sur ma cuisse gauche, me la lève, fait quelques mouvements qui tiennent presque de la magie pour moi et me voilà suspendue. Il me fait comprendre de maintenir mon autre jambe au niveau de la première pour passer ses cordes. Mon buste et mes membres supérieurs me servent d'appui, je retrouve quelque chose de proche de la suspension avec F.JD. : une autre façon de disposer de soi.
J'essaye de bouger mes jambes comme il me l'avait appris mais ma latitude de mouvement est différente même si mon ressenti dans l'espace est assez proche. Je me laisse re-dériver dans la contrainte bercée par ses mouvements et ses passages de cordes, le temps s'efface.
C'est la fatigue des cervicales qui me rattrape et sonne le glas de ma suspension.
Encore une fois, je m'en veux de si peu de résistance, même si il me dit que ce genre de suspension est a priori plus difficilement supporté en occident.
On échange encore quelques propos de discussion non abouties où l'on se remercie mutuellement, chacun expliquant à l'autre combien il a surtout la sensation de prendre.
Et si j'ai une conscience aiguë du temps qu'il m'accorde, de l'attention qu'il me porte pendant les jeux de cordes, je ne vois pas en quoi lui, il pourrait bien me "prendre" quelque chose...

Je le quitte à grand regret avec ce même goût d'inachevé que la première fois et c'est sans doute plus à mettre sur le compte de mon éternelle soif de contrainte. Plus tard dans la soirée, V. revient me voir, elle me parle encore de l'attitude que j'ai dans la contrainte, j'essaye encore de lui faire comprendre que je n'y vois rien d'exceptionnel outre le talent de l'attacheur.
Elle part dans une de ces phrases-vérités en expliquant que ce que je renvois est si fort que cela rend l'acte beau et plaisant à regarder pour le public - plus plaisant qu'avec d'autres volontaires selon elle. Et même si le pincement au cœur que je ressens quand elle m'explique me permet de deviner qu'elle a raison, c'est trop loin de la réalité que j'ai de moi-même pour que je puisse comprendre.
Puis c'est F., le motard, qui m'aborde sur la piste de danse pour me dire que ma façon de m'abandonner dans les cordes est quelque chose qu'il a apprécié.
Et là encore, je ne sais pas bien quoi répondre...
En fin de soirée, c'est T. qui vient me voir en me disant qu'il a fait des photos et qu'on voit bien comment je m'abandonne, rejoint par N. qui explique presque que c'était si captivant qu'elle a préféré regarder plutôt que de photographier.
Encore, une fois, je déments et en accorde tout le bénéfice aux jeux de cordes de Nicolas vers lequel ils se tournent par réflexe et il répond simplement : "non c'est elle" en me désignant du menton.

Et je crois qu'il sera là mon plus grand défi avec les cordes : comprendre.

samedi 30 octobre 2010

FIP 39

Lendemain de soirée et souvenirs à épingler.

Une soirée où j'arrive maussade, heureuse de retrouver l'équipe mais déçue par le fait que nul manieur de corde ne se soit annoncé. Et je sais bien que c'est pourtant ma meilleure option d'étancher ma soif de découvrir, d'explorer et d'apprendre les jeux de cordes.
Mon play-partenaire est encore "niveau grand débutant" et apprend plus de moi que je n'apprends de lui. Je devine par trop ses hésitations pour me détacher complètement de moi-même même si je profite du confort indiscutable de l'intimité et que ces moments-là sont toujours générateurs d'introspection.

 La soirée s'égraine, deux manieurs de cordes sont finalement présents, je les repère à leur petite mallette. C'est un couple. Elle semble débuter, je connais même les passages de cordes qu'elle met en place et il reprend ses nœuds en vérifiant la tension des cordes qu'elle place. C'est idiot et peut-être snob mais c'est la corde synthétique qu'elle place sur un travesti pour réaliser une sorte de corset qui m'arrêtera dans mon frémissement d'élan pour quémander un jeu de nœuds.

 Et c'est un autre manieur de corde qui attirera mon attention. Plaçant typiquement de quoi mettre en place une suspension, je le regarde s'affairer d'un œil curieux. Puis finalement, il commence à attacher d'abord un homme puis une femme. Sa façon de jouer avec la suspension me rappelle un ami avec qui je n'ai pas pu jouer à cause d'un vilain rhume mal tombé et m'interpelle forcément.
Pourtant, ça serait bien la première fois que j'irais quémander des nœuds auprès d'un inconnu total et je ne sais pas bien si j'en serais vraiment capable. Mais mon regard dérive trop facilement sur les cordes et voilà que M. se matérialise devant moi, cet espèce de grand dingue envers qui j'ai une confiance infaillible - concernant certains sujets, du moins.
Quelque part, je n'attends qu'un assentiment quelque peu favorable et tout compte c'est presque un concert d'éloge que je reçois en guise de présentation. Et ça me servira de "courage" pour aller finalement le voir.
 Il me répond qu'il veut bien m'accorder un peu de son temps pour un jeu de cordes mais désire une légitime pause avant de repartir à faire des nœuds.
Qu'importe toutes les pauses du monde, si je suis sur le carnet de bal.

Il disparaît puis finit par réapparaître avec un petit signe de tête. Je le suis et il me désigne ses cordes en m'expliquant qu'il désire les ranger. Je m'assieds à côté de lui, je ne sais jamais si j'ai le droit ou non d'aider à ranger des cordes. Dans le doute, je m'abstiens mais je reste avec lui, après tout ces cordes ils les préparent un peu pour moi quelque part. Je remarque qu'il a une façon toute particulière de les ranger avec une espèce de boucle au début.
Et puis, il me demande ce que je souhaite. Deux fois qu'on me pose cette question, deux fois que je ne sais pas quoi y répondre. Je suggère que du moment qu'il est question de cordes, je suis pratiquement prête à tout. Il me parle de ma condition physique et je voudrais un joker pour ne plus répondre à celle-là, comment résumer ça en une phrase courte et concise...
Il me parle d'une suspension avec un final où il est question de nouer mes jambes dans son dos en tenant mes abdos. Cela ne me parait pas surréaliste mais c'est tellement difficile pour moi d'être positive sur moi-même.
Et puis, zut, mes choix de vie sont trop décalés, je ne sais pas si je suis sportive, mais je sais que je peux me battre et avoir le dessus donc forcément que mes abdos doivent pas être trop mous.
Dix milles réponses possibles flashent en une minute et je crois que je réponds simplement "oui" car c'est encore le plus clair.
 Il commence à placer ses cordes sur moi, bras croisés dans le dos... Touchée.
Il me dit que la façon dont je place mes poignets est la bonne. C'est le premier à me le dire, ça, aussi, ça me touche.
Il place ses cordes de cette façon englobante que j'ai découverte avec A.S. mais sans les serrer et c'est complètement différent. Il y a ce côté englobant de la mise en place de la corde qui est simplement enivrant de mon point de vue, avec la tension de la contrainte vraiment présente mais avec une sorte de subtilité là où A.S. avait un côté plus "brut" (ou "brute" d'ailleurs, sans sens péjoratif aucun).
Étrange et déroutant comme toute nouvelle découverte. Une main furtive passe entre mes seins et sa voix explique aussitôt qu'il vérifie que le placement des cordes n'appuie pas sur le sternum. Il continue de placer ses cordes et j'essaye au mieux d'en faciliter l'oeuvre.
Puis il me demande de m'agenouiller, toujours de façon très pédagogique en m'expliquant le pourquoi de sa demande et j'apprécie qu'il en prenne le soin même si quelque part cela n'a pas d'importance. Si j'accepte de porter ses cordes, je m'en remets totalement à lui. Mon rôle ne consiste plus alors qu'à le prévenir en cas de fourmillement, coupure de circulation et autres inconforts trop présents. Mais c'est sans doute ma propre vision de ce genre de jeux. Il me prend la cuisse et place les cordes.

Je commence à comprendre la position et je sens déjà la suspension dans mon buste. Et je réalise, soudain, que tout va finalement aller très vite comme ma première suspension avec A.MoR.
Je crois qu'il me faudra encore quelques expériences du genre pour ne plus être surprise quand finalement la suspension en elle-même se met en place. Le fait d'avoir les bras contraints me coupe trop vite de la réalité, quelque part pour que j'analyse en temps réel ce qu'il se passe. Il prend ma cheville et me dit de me laisser aller dans la suspension en pliant vers l'avant, avec un bustier en latex...
Une fois, dans la suspension, il me berce doucement et m'explique les mouvements que je peux faire et leurs effets. Les cordes deviennent le centre de mon univers et je m'amuse avec d'une manière qui m'étonne moi-même.

C'est une autre façon de disposer de son corps et c'est une belle découverte qu'il m'offre là. Les cordes me sciaient la cuisse quand il terminait ses nœuds mais finalement une fois le poids réparti c'est quelque chose de totalement accessoire. L'esprit associe différentes images au souvenir de la sensation, dont une scène de ménage avec un fourreau à bras de la "house of Gord" qu'il décrypte d'une autre façon. Même si je voue une sorte de culte aux créations de Gord et que j'admire sa façon d'explorer la forniphilie, il y a toujours une sorte de bémol en moi qui modère mon enthousiasme avec la réalité de ma façon d'être. Et cette femme en catsuit, fourreau à bras et ballet-boots en train d'épousseter avec un bâillon se terminant en plumeau faisait quelque part parti du surréalisme de Gord. Mais maintenant que j'ai moi-même expérimenté cette immobilité fixe des membres inférieur alors que les jambes restent libres, je vois la scène d'une manière différente et j'en comprends mieux le sens pour la protagoniste.

Disposer de soi-même autrement mobilise l'esprit en le focalisant sur un élément précis : auto-hypnose et autres états modifiés de conscience. Je passe parfois à côté d'évidences...
Une autre image apparaît aussi c'est celle d'A. dans les cordes d'A. Mon propre jeu dans les cordes étant évidement à 100 lieues de sa maîtrise, la similitude des deux jeux est pourtant évidente même si ses bras étaient libres.
Et c'est une direction des jeux de cordes par laquelle je ne m'étais pas sentie particulièrement attirée jusque là et dont je devine mieux la dimension. Cela me ramène à un rapport exclusif avec la corde que j'associe à celui d'A.S., une même façon de vivre la chose pourtant chacun d'un côté de la corde.
Et le simple fait qu'une corde bien placée puisse suffire à effacer la réalité de mon univers devrait m'interroger sur ce type de relationnel dont je saisissais mal la tangibilité avant de l'expérimenter. Il arrête les balancements et essaye de placer une autre corde sur mes hanches mais ma tenue ne l'aide pas, j'essaye de me placer dans les cordes pour faciliter son oeuvre.

La morsure des cordes redevient présente, surtout dans le bras gauche sur lequel je m'appuie. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis dans les cordes mais j'ai l'impression que c'est à peine une poignée de minutes. Mobiliser la volonté pour effacer la douleur quand des fourmillements persistants poussent sur mes lèvres les mots de la fin. Il me ré-explique le final dont il m'avait parlé.
Les fourmillements s'arrêtent comme d'un seul coup et j'ai la sensation étrange et douloureuse que mon bras "se vide". Mon bras mobilise tout mon esprit alors que j'essaie d'exécuter au mieux ce que l'on attends de moi.
Puis, à un moment, il touche une corde et alors que mes poignets sont toujours solidaires, je sens mon bras reprendre vie avec une sorte de vague de picotements chauds. Autour de moi, le monde recommence à palpiter.

C'est la fin de soirée, il faut ranger et je suis assise sur l'estrade avec encore quelques cordes sur moi. Je voudrais m'allonger là où je suis sans bouger, je voudrais fumer, je voudrais prendre le temps de revenir, je voudrais, enfin, j'aurais voulu...
J'essaye d'échanger des paroles rationnelles avec lui et de lui faire passer ma gratitude puis l'esprit bascule dans une autre forme d'automatisme et je vais ranger tractée par la force de l'habitude. Avec pourtant une nette sensation d'inachevée que j'avais déjà perçue en sourdine avec N. et je me demande à quel point le bondage reprend les rituels du BDSM et si l'aftercare y a sa place, logiquement oui dans une optique affichée d'état modifié de conscience.
 Il y a comme une sorte de magnétisme qui me ramène par vagues vers l'encordeur, pour échanger quelques phrases trop superficielles pour se justifier.

A un de ces moments, il me parle des marques que je porte encore, je passe ma main dessus, on sent le dessin de la trame de la corde : j'adore. Quelque part, ces marques qui m'enserrent les épaules comme le ferait un bras réconfortant prolongent l'expérience dans le sens d'un aftercare.
J'espère intérieurement qu'elles seront encore présentes le lendemain au moins.

samedi 18 septembre 2010

FIP 38

Une soirée qui s'annonce sous les meilleures augures avec un bustier que Mlle Ilo me réserve et plusieurs amis qui doivent passer, même si je suis vaguement déçue que nul encordeur ne soit présent.
Mais un forgeron est annoncé et doit nous montrer plusieurs de ses créations dont un pilori métallique qui me titillait.
La soirée se prépare tranquillement, chacun commence à prendre ses marques dans la nouvelle salle et avec un bon coup de boost, finalement, tout est prêt presque en avance.

La soirée commence doucement quand un homme entre dans la salle avec une sorte de baluchon qui m'apparaît de suite comme évident quand à son contenu. Pourtant aucun de mes encordeurs précédents n'utilisaient ce genre de chose pour transporter leurs cordes mais c'est pour moi comme évidence, c'est un encordeur.
Je surveille du regard ce qu'il fait, il parle avec G-Ro puis quelque chose finit par me convaincre que j'ai bien raison, peut-être la façon de bouger - ça mériterait réflexion.
Évidement, je me positionne rapidement sur les rangs des volontaires, pour ces choses-là, il n'y a jamais personne pour commencer et quand ça se lance, il n'y a plus moyen de s'y faire une place. Il prend ses marques et vient finalement me proposer un jeu de corde.

Frison d'anticipation de la contrainte. Il me parle un peu pour savoir où je me situe avec les cordes. Difficile à dire, j'en rêve depuis 2 ou 3 ans avec la certitude que c'est un jeu que j'aimerais mais je n'ai pu pratiquer réellement que deux fois avec deux encordeurs différents. Qu'importe, en fait, je crois que l'essentiel du message à faire passer c'est que j'aime la contrainte.
Il me propose de m'attacher sur le fauteuil-roulant et d'emblée, je sens un écho chez cet encordeur.
Le fauteuil - "mon" fauteuil, quelque part - je l'adore, j'avais tant espéré qu'il inspire A.S. lors de nos jeux de cordes. J'accepte. Mais plutôt que de prendre ses cordes, il prend mes mains.
C'est le premier encordeur à prendre mes mains avant de m'attacher, ce sera donc le seul à savoir que mes mains sont pratiquement toujours froides parce que j'aime trop le LSD dont une des propriétés est d'altérer définitivement la micro-circulation périphérique.
Cela me touche qu'il ait pris cette précaution avant de m'attacher, cela me permet d'espérer une contrainte moins limitée par mes mains continuellement froides et qui m'avaient presque fait culpabiliser lors de ma dernière suspension. Il touche aussi mon dos et me fait lever les bras en les pliant, sans doute pour mesurer l'amplitude de mes mouvements. Je préfère éviter le sujet vaste et épineux de mon dos et acquiesce quand il me parle de contractures.
Je prends place dans le fauteuil, il lie d'abord mes pieds. Cela me laisse une liberté que je ne ressens pas d'habitude. Quelque part, inconsciemment je crois que pour moi, la contrainte ne prend réalité que lorsqu'elle existe sur mes bras ou mes avant-bras. La contrainte des pieds ou des jambes d'autant plus en étant assise reste assez anodine. Du coup, on se parle pendant qu'il m'attache.
C'est très étrange, normalement, je n'ose émettre un son pour ne pas déranger celui qui me donne de son temps pour un jeu de nœuds mais il y a comme une lascivité dans ses mouvements qui crée une sorte d'intimité plus proche que la corde entre nous qui m'autorise à poser quelques questions ou simplement à donner une impression.
J'aime la façon dont il passe ses cordes avec un mouvement particulier pour éviter que la fin de la corde ne cingle quand elle passe, ce mouvement existe avec une sorte de maladresse nonchalante chez A.MoR. et n'existe pratiquement pas dans l'impérativité des mouvements d'A.S.
Encore une fois, je prends conscience de l'importance de l'homme derrière les cordes. Finalement, il me prend la main droite et la place sur mon torse, je connais ce mouvement, j'aime cette contrainte, je dérive dans quelque chose de familier et tout devient plus facile.
Je pense que c'est à ce moment-là que j'ai dû fermer les yeux. Il termine de m'attacher et je peux prendre conscience de ma position "asymétrique", je me rappelle avoir lu quelque chose là-dessus quand je lisais beaucoup sur le web à propos des cordes, il me semble que cela en disait long sur la maîtrise de celui qui utilisait les cordes mais je ne suis plus sûre et ça n'a pas beaucoup d'importance en ce moment précis.
A un moment, il me met un bandeau sur les yeux, je ne sais plus si il me demande avant, je sais juste que comme toujours j'apprécie de pouvoir garder mes yeux fermés dans l'intimité du bandeau. Je me laisse aller dans la contrainte avec un monde réel lointain qui émet parfois quelques bruits déroutants. Et c'est un effleurement sur ma peau, la conscience s'éveille et se focalise sur la sensation, un frôlement de papillon qui glisse et me captive. C'est déroutant et inhabituel. La sensation s'envole et c'est un souffle que je sens maintenant.
Étourdissement devant l'évidence : sensation play.
Cordes : Yoroi (http://yoroi-shibari.net/) - Photo : Paradoxal Studio ( http://www.paradoxal-studio.com/ )
C'est difficile d'aimer le sensation play avec quelqu'un qui ne vient pas spontanément vers ses jeux-là. Malgré différentes initiations, mon play partenaire ne va pas naturellement vers ces jeux-là, il apprécie si l'occasion se présente mais il ne la provoque pas. Sensation play.
Autre pensée fugitive d'une lecture sur les jeux de cordes " que faire de votre partenaire attachée ?" Le sensation play était présenté comme une option possible.
Retour sur la sensation qui ouvre d'autres dilemmes en moi : jusqu'où ai-je latitude de réagir, relent de pudeur face à un jeu que je considère comme hautement intime. Toujours cette vague submergeante de la contrainte qui me dérive en moi et balaie tout questionnement.
Pourtant, parallèlement c'est un peu comme si la contrainte n'existait plus, l'essentiel de moi-même se focalise sur les sensations caressantes qui me survolent en me frôlant. Il joue comme je peux jouer moi-même ; c'est étonnant d'être placée de l'autre côté d'un jeu qu'on ne connaît que d'un versant. C'est assez paradoxal, de constater combien la contrainte peut s'évanouir pour faire place à d'autres jeux qui ne prennent toute leur dimension que par l'existence de la contrainte.
Cordes : Yoroi (http://yoroi-shibari.net/) - Photo : Paradoxal Studio ( http://www.paradoxal-studio.com/ )
Finalement, je crois qu'il me parle de sa voix caressante pour me signaler qu'il va me libérer, je crois que tout cela est tellement loin de moi à ce moment précis que je ne comprends vraiment de quoi il est question que lorsque je sens les cordes s'agiter et se délier sous ses doigts. La réalité reprend corps à mesure qu'il me délie. C'est toujours difficile d'abandonner les cordes, il y a comme un renoncement là-dedans.
Le contact avec le monde est toujours froid et anguleux mais pas cette fois, il s'attarde encore avec moi et me masse à différents endroits, c'est comme une bulle qui amortit ma chute. C'est étrange, déroutant et terriblement touchant.
Finalement, je le quitte en essayant de faire passer deux notions qui me semblent fondamentales : ma gratitude et mon espoir d'un nouveau jeu. A mesure que je réinvestie ma propre réalité, je réalise que les cordes n'ont pratiquement pas laissé de marques. Je le regrette vaguement parce que j'aime les marques, en général ; elles sont comme le prolongement d'une expérience, une sorte de continuité dans la réalité qui lui donne une sorte de substance.
Pourtant, en même temps, j'apprécie la maîtrise qui permet d'imposer une telle contrainte solide et ferme sans pourtant laisser de marques.

 La soirée se passe et il est très accaparé. Comme toujours dans ces cas-là, j'ai du mal à me mettre en avant, malgré mon désir, quand je me considère déjà comme une privilégiée puisque j'ai déjà été attachée. Mais en fait, c'est lui qui vient me proposer une suspension.
J'accepte avec plaisir quand V. se rappelle à son souvenir - il doit y avoir un karma avec ça pour que ça arrive pour la seconde fois dans le même genre de contexte... La suspension de V. se fait et à peine, descendue, elle file me chercher. Je lui dis que j'aimerais lui laisser le temps de ranger ses cordes et peut-être de boire un verre d'eau comme il désirait le faire avant.
Et je crois qu'il me fait signe, je m'avance et V. revient avec un verre d'eau, il la remercie et elle précise que l'initiative vient de moi - vague montée de rose aux joues. Il commence à installer ses cordes mais T. dont il monopolise l'espace studio-photo demande à reprendre la place.

On se déplace, il reprend rapidement ses marques et installe un autre point de suspension. Il commence de suite par prendre mes bras en arrière. L'esprit docile part en routine : mains/bras contraints = yeux clos = dérive dans la contrainte.
Ce deuxième passage par ses cordes me donne une lecture plus générale de sa façon de procéder. A.S. utilise la corde comme lien avec son partenaire et tout passe exclusivement par elle, un lien impérieux. Nicolas utilise la corde comme une passerelle qui lierait plutôt nos empathies mutuelles. Je n'ai pas assez jouer aux cordes avec A.MoR. pour avoir une lecture plus globale de son jeu de cordes mais l'évidence des différences de ressenti en fonction du partenaire m'impose de deviner que son lien est encore différent.
Étant debout et plus libre de mes mouvements qu'assise, j'essaye de faciliter le passage de cordes mais sa voix calme intervient et me demande de me détendre. Je me laisse aller dans les cordes.
Puis il m'assoit sur le radiateur et lève une première jambe, la fixe et place la deuxième. La suspension est en place mais le radiateur est inconfortable et j'ai peur d'abîmer le leggings que m'a prêté Mlle Ilo. La suspension s'achève rapidement avec un goût d'inachevé.

Il m'appuie contre lui avec la douceur d'une plume quand il me détache les bras, toujours cette sensation de bulle qui me touche infiniment.
La séparation a quelque chose de douloureux tant elle revêt pour moi une sensation de regret.
A peine, matérialisée dans la réalité, V. se jette sur moi pour me dire : "c'est extraordinaire comme on voyait vraiment ton "lâché-prise"". Un moment, je pense vaguement lui répondre. Lui dire qu'il suffit de me lier les bras - lier, pas seulement entraver - les bras pour obtenir ce genre de résultat chez moi mais elle est déjà repartie. Et il serait sans doute intéressant de s'attarder sur le processus mental qui fait que la sensation de contrainte dans les bras m'ôte toutes velléités de rébellion voir même induit chez moi un état d'une passivité assez déroutante.

 La soirée se termine, Nicolas revient vers moi, il me donne ses coordonnées et me dit que "ça passe bien avec moi" de sa voix encordante.
J'essaie de faire passer combien moi aussi j'ai apprécié l'expérience et espère une occasion de la poursuivre. Cette troisième confrontation aux jeux de cordes est finalement celle qui est la plus proche de ce que j'avais pu imaginer lors de ces années à seulement penser aux jeux de nœuds.
Et le fait que j'ai déjà eu d'autres expériences des jeux de liens avec des ressentis totalement différents la rend d'autant plus irréelle, quelque part.